Marie-Louise Tardif

Marie-Louise Tardif se retire du Parc de l’Île Melville

SHAWINIGAN — La Coalition avenir Québec a annoncé, en milieu de matinée mercredi, que Marie-Louise Tardif cassait immédiatement son lien d’emploi avec le Parc de l’Île Melville, où elle assumait la fonction de présidente et directrice générale jusqu’à son élection, le 1er octobre. À l’invitation de son ex-conseil d’administration, la députée de Laviolette - Saint-Maurice continuait d’être rémunérée pendant environ trois mois, le temps que la relève soit bien rodée.

Mardi, une demande d’enquête du député libéral de Vimont à la commissaire à l’éthique et à la déontologie a toutefois contrecarré cette période de transition. Quelques heures plus tard, la CAQ répliquait en mentionnant que Mme Tardif quittait immédiatement ses fonctions au Parc de l’Île Melville.

Dès son élection, la nouvelle députée affirme s’être informée au bureau de la commissaire à l’éthique et à la déontologie de la possibilité de combiner, pendant quelques semaines, son travail d’élue avec une tâche d’accompagnement auprès des deux personnes embauchées pour la remplacer au Parc de l’Île Melville. Visiblement, elle avait obtenu une réponse positive. 

Mme Tardif avait d’ailleurs confié au Nouvelliste, le 7 novembre, qu’elle pouvait assumer les deux postes, dans le cadre de l’annonce de l’embauche de Michel Lefebvre et de Guylaine Boisvert à la direction du parc. L’histoire a rebondi au 106,9 Mauricie en début de semaine et dans l’esprit des libéraux, elle suscitait suffisamment de questionnements pour formuler une demande d’enquête à la commissaire à l’éthique et à la déontologie, Me Ariane Mignolet.

La députée n’a pas voulu accorder d’entrevue mercredi. Toutefois, elle a écrit un long commentaire sur sa page Facebook «Marie-Louise Tardif - Coalition avenir Québec» en matinée, pour donner sa version des faits. Le message a été rapidement retiré, mais l’Hebdo du Saint-Maurice l’a publié intégralement sur son site web.

Mme Tardif saisit mal que sa volonté d’assurer une saine transition au Parc de l’Île Melville puisse être interprétée comme un possible conflit d’intérêts.

«Tout employeur rêverait d’avoir un employé qui quitte en faisant une transition et en formant le suivant... à vous de juger, mais ce sont les faits réels, le reste demeure de la spéculation et des médisances», écrivait-elle. 

«Dommage, je croyais venir en politique pour construire et non pour me faire démolir.»

Le président du conseil d’administration du Parc de l’Île Melville, Gilles Lamarche, déplore évidemment la tournure des événements.

«Ce départ arrive un peu trop vite», commente-t-il. «On comptait sur Marie-Louise, au moins jusqu’à la fin décembre, pour assurer une transition harmonieuse.»

«C’est surprenant», enchaîne
M. Lamarche. «Ça nous attriste et ça nous choque, car Marie-Louise avait vérifié avec les services juridiques de l’Assemblée nationale si elle pouvait continuer à travailler au Parc de l’Île Melville. Nous sommes très surpris de ce qui se passe.»

Mme Tardif pourra toujours prodiguer quelques conseils à son ex-employeur, mais sans être rémunérée. M. Lamarche croit fermement que la montagne accouchera d’une souris dans quelques semaines.

«La commissaire à l’éthique fera son enquête et nous sommes convaincus qu’elle arrivera aux mêmes conclusions que nous.»

Matériel de bureau

La plainte du PLQ porte également sur la disposition de l’ameublement de l’ancien bureau de la députée de Laviolette, Julie Boulet, dans le secteur Grand-Mère. Ces articles, quelques chaises, classeurs et bureaux, sont actuellement entreposés au Parc de l’Île Melville.

Le PLQ rappelle que ces biens appartiennent à l’Assemblée nationale. Dans son message Facebook, Mme Tardif expliquait que ces meubles n’intéressaient plus l’institution. À la suite de cette réponse, elle avait demandé à des employés du Parc de l’Île Melville d’entreposer ces articles en attendant de les donner à des organismes sans but lucratif. Elle citait spécifiquement le Centre Roland-Bertrand comme éventuel bénéficiaire.

Le directeur général de cet organisme, Frédéric Trudelle, confirme que le Parc de l’Île Melville est entré en contact avec un membre de son équipe, au cours de la dernière semaine,
pour un don de meubles. Mais personne n’était en mesure de les cueillir rapidement.

Dans son communiqué publié mercredi, la CAQ indique que ces meubles seront remis «au plus vite» à l’Assemblée nationale. 

«On va lui retourner si elle veut les ravoir», laisse tomber
M. Lamarche. «Nous ne garderons pas ces meubles pendant six mois. Si personne n’en veut, nous les retournerons à l’Assemblée nationale et ils en disposeront comme ils veulent.» 

Enfin, même si Mme Tardif se retire du Parc de l’Île Melville et remet les fameux meubles, l’enquête de la commissaire à l’éthique et à la déontologie se poursuit, confirme son porte-parole, Pierre-Luc Turgeon. Selon lui, la commissaire n’est astreinte à
aucun délai avant de remettre son rapport à l’Assemblée nationale, bien qu’elle doive «agir avec diligence».

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Michel Nadeau flaire la manœuvre politique

Le directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques, Michel Nadeau, observe que les partis d’opposition braquent les projecteurs de l’éthique sur la
Coalition avenir Québec depuis quelques jours. Il serait toutefois étonné que la députée de Laviolette - Saint-Maurice soit blâmée par Me Mignolet.

Le cas de Marie-Louise Tardif peut soulever certaines «ambiguïtés», concède l’expert. 

«Quand vous êtes élu, la population s’attend à ce que vous donniez la plus grosse partie de votre temps à vos activités de député», mentionne M. Nadeau. «C’est un travail à temps plein. Idéalement, les députés ne devraient pas avoir d’autres revenus, pour ne pas qu’il y ait d’ambiguïté.»

«Dans ce cas, je ne crois pas qu’il y ait de mauvaise intention», poursuit-il. «La CAQ a fait élire un nombre record de députés sans expérience parlementaire. Il peut se produire de petits faux pas.»

Mme Tardif a-t-elle commis un impair?

«Qu’elle agisse pour le bien-être de l’organisation, je n’en prends pas ombrage», opine M. Nadeau. «La relève, c’est un grand problème pour un conseil d’administration quand le directeur général s’en va. Il faut avoir quelqu’un qui explique comment ça fonctionne. Je ne trouve pas qu’il y ait abus de la part de Mme Tardif.»

Quant à l’entreposage des meubles du bureau de l’ex-députée de Laviolette, M. Nadeau répète que la représentante de la CAQ n’était visiblement animée d’aucune mauvaise intention. 

«Dans ces situations, il faut être très prudent», rappelle-t-il. «Les médias doivent utiliser leur jugement pour estimer si Mme Tardif a vraiment une volonté de s’enrichir elle-même, un membre de sa famille ou une organisation de son comté.»

M. Nadeau établit un lien entre cette demande d’enquête et celle soumise par le Parti québécois au sujet du député de Terrebonne, Pierre Fitzgibbon, en raison de ses intérêts dans l’entreprise Héroux-Devtek, fournisseur de pièces pour Bombardier. Le ministre de l’Économie et de l’Innovation venait de déclarer que le gouvernement pourrait être disposé à venir à nouveau au secours du géant de l’aéronautique.

«J’ai hâte de voir ce que va dire la commissaire à l’éthique, mais selon moi, il n’y a pas de quoi fouetter un chat», avance-t-il. «On cherche, on cherche... Les libéraux ont été visés dans des questions de conflits d’intérêts, notamment sous le règne de M. (Jean) Charest. Maintenant, on essaie de dire que la CAQ, c’est du pareil au même. C’est de bonne guerre, mais je pense qu’il faut utiliser notre jugement.»