Marie-Anne Lacombe célèbre ses 106 ans.

Marie-Anne Lacombe fête ses 106 ans: «J’aime la vie»

Louiseville — Elle a vu le jour à un moment où la plupart des gens n’avaient ni l’électricité, ni l’eau courante dans leur maison et encore moins le téléphone. Elle a connu la Première puis la Seconde Guerre mondiale. Sa famille a été la première à avoir la télévision, à Saint-Édouard-de-Maskinongé. Elle a assisté, sans vraiment d’intérêt, à l’arrivée d’Internet.

Marie-Anne Lacombe, une dame enjouée et ricaneuse qui vit encore dans la même maison depuis 72 ans, à Louiseville, en compagnie de son fils, souligne son 106e anniversaire.

Vive d’esprit, cette aînée toute menue et encore très coquette accepte avec joie la demande d’entrevue du Nouvelliste et suggère elle-même l’heure et la journée.

Ses oreilles entendent encore bien. Elle est alerte. Elle lit les journaux chaque jour et suit les nouvelles à la télévision. Bien évidemment, elle a des opinions sur l’actualité.

Elle se dirige vers un fauteuil avec sa marchette et prend place.

«Là, je m’assois, mais je ne me suis pas assise de l’avant-midi», tient-elle à préciser. Cette autonomie remarquable est une fierté pour elle. Ça s’entend dans sa voix.

«Je ne veux pas aller en résidence», indique-t-elle. «J’ai peur de m’ennuyer.»

Elle cuisine encore des tartes et des gâteaux. «Parfois, je fais un roast-beef», précise-t-elle.

Elle fait encore un peu de ménage, d’époussetage et de lavage.

«Ici, je connais du monde. Je connais mes voisins. J’ai des locataires qui sont là depuis 40 ans. C’est comme de la parenté.»

«J’aime les gens et nous avons souvent de la visite», dit-elle.

Parmi ses 12 frères et sœurs, il ne reste qu’elle et la plus jeune.

Q: Comment arrivez-vous à rester en forme, à 106 ans?

R: «J’ai travaillé et je ne me suis pas occupée de moi-même beaucoup. J’ai eu sept enfants. Mon mari est mort assez jeune et il a fallu que je m’occupe de mes enfants. La plus vieille de mes filles a 80 ans et mon plus vieux en a 82 et il est encore coiffeur. Il vient me coiffer la fin de semaine.»

Q: Quel est le secret de votre éternelle jeunesse?

R: «J’ai fait une vie ordinaire. J’ai eu de bons enfants et je n’ai eu de difficultés avec ni l’un, ni l’autre. Je suis sortie beaucoup. J’ai voyagé à travers tout ça. Ça aide à se changer les idées. Ça me reposait de la maison.»

Q: Que faites-vous pour vous changer les idées?

R: «J’allais à l’Âge d’or, mais là, je n’y vais plus. Je n’aime pas la salle où ils sont. C’est humide. J’ai peur d’attraper la grippe. Alors je fais de petits ouvrages encore à la maison. J’en fais beaucoup. Il faut que je bouge.»

Q: Regardez-vous la télévision et les nouvelles?

R: «Oui. Je prends le temps de me reposer. J’aime bien écouter les nouvelles. Je lis les journaux, les magazines.»

Q: Vous entendez parler des personnes âgées dans les centres d’accueil, comment vous sentez-vous face à ça?

R: «Je n’y pense pas tellement. Je me dis, j’y penserai quand ce sera le temps. Je ne suis pas pour me casser la tête avec ça! Je ne m’en fais pas avec la vie. Ça va bien et si un jour ça ne va pas bien, le lendemain, ça ira bien.»

Q: Combien d’enfants avez-vous eus?

R; «Je me suis mariée à 23 ans et j’ai eu 7 enfants. Je ne voulais pas me marier jeune. Je voulais profiter de la vie un peu.»

Q: Quand vous étiez enfant, il n’y avait pas de téléphone ni d’électricité dans votre maison. Que faisiez-vous?

R: «Il fallait aller téléphoner au village. On avait des machines à laver, mais il fallait brasser la machine. C’est mes frères qui faisaient ça. C’était difficile. Il fallait vider l’eau. Il y avait une chaudière et on jetait ça dehors. On allait chercher l’eau dans un puits. Imaginez-vous, une famille comme on était. Ce n’était pas drôle.»

Q: Vos parents avaient-ils des animaux?

R: «Ils avaient un cheval, une vache et des poules. Mon père, Wilfrid Lacombe avait un moulin à scie et il bâtissait des maisons. Au village de Saint-Édouard, il en a bâti beaucoup.»

Q: Que pensez-vous d’Internet?

R: «Je pense que ce n’est pas une très bonne affaire. C’était plus simple avant. Je ne m’occupe pas de ça. Je suis trop âgée. On m’a offert d’avoir un ordinateur.»

Q: Avez-vous une alimentation particulière qui vous garde en santé?

R: «Je n’ai jamais fait d’abus dans rien. Ça a peut-être aidé. Je n’ai jamais fumé. Je n’ai pas fait de sport, mais j’ai toujours été occupée.

Q: Est-ce plus difficile de vivre de nos jours que dans votre temps?

R: «Ce n’est pas plus difficile, mais on dirait qu’en ce moment, ils ont de la misère à s’organiser. Ils ne sont pas toujours d’accord. Il y en a qui démissionnent. Ils vont s’arranger avec leurs affaires. Moi, je ne me suis jamais chicanée avec personne, ni frère ni soeur.»

Q: Vous aimez la vie?

R: «Ça ne me tente pas de mourir. J’aime la vie, belle ou pas belle. Ça ne va pas bien aujourd’hui, ça ira bien demain. C’est mon genre. Je ne m’en fais avec rien.»