La conseillère Mariannick Mercure n’a pas présenté d’excuses, et estime que c’est plutôt aux «grands pollueurs et à leurs serviteurs politiques» de se justifier.
La conseillère Mariannick Mercure n’a pas présenté d’excuses, et estime que c’est plutôt aux «grands pollueurs et à leurs serviteurs politiques» de se justifier.

Mariannick Mercure: «Je n’ai pas à me justifier pour mon action»

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Si quelqu’un espérait de la conseillère municipale des Forges, Mariannick Mercure, qu’elle s’excuse à la suite de l’altercation verbale qu’elle a initiée avec le candidat conservateur Yves Lévesque lors de la Marche pour le climat vendredi dernier, il sera déçu. Mme Mercure n’a non seulement présenté aucune excuse mardi soir, à l’occasion du conseil municipal, elle a plutôt martelé qu’elle était justifiée d’agir de la sorte. Et alors que certains ont été jusqu’à réclamer sa démission sur les réseaux sociaux, Mme Mercure se dit aujourd’hui convaincue que ce sont les politiciens qui ne mettent pas le combat pour l’urgence climatique au cœur de leurs actions qui devraient avoir honte.

«Je n’ai pas à me justifier pour mon action, somme toute banale. Non, la vérité, c’est que les justifications devraient venir des politiciens qui sont en train de foutre en l’air l’avenir de nos jeunes. Comment osent-ils regarder la jeunesse en face? Ce sont bien eux qui ont un énorme problème éthique», a indiqué la conseillère municipale qui s’est exprimée lors de la séance publique du conseil municipal.

Mme Mercure avait été rappelée à l’ordre mardi matin par le maire Jean Lamarche dans une lettre ouverte, qui lui reprochait notamment d’avoir manqué à son code d’éthique d’élue municipale. Un reproche qui était aussi adressé à son collègue Denis Roy.

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«Je ne devrais pas non plus être plus polie et plus sage envers les grands pollueurs et leurs serviteurs politiques. Mon éthique, elle me commande de prendre sur moi la responsabilité et de dire: ‘‘Ça suffit’’», a-t-elle ajouté.

L’ambiance était lourde lors de son intervention, alors que le maire Jean Lamarche a dû lui demander par trois fois de conclure son intervention. Lui lançant un regard dur, elle a remercié le maire de lui permettre de finir de s’exprimer.

Dans la salle publique du conseil de ville, plusieurs partisans de la conseillère municipale étaient présents, et brandissaient des bannières sur lesquelles on pouvait lire «Urgence climatique: agissez!» et «Merci Mariannick». Ils ont par ailleurs chaudement applaudi l’arrivée de la conseillère dans la salle, quelques minutes avant le début de la rencontre.

Denis Roy

De son côté, le conseiller municipal Denis Roy, qui a lui aussi été sermonné dans cette lettre ouverte du maire Lamarche pour avoir participé à l’événement en filmant la scène, a tenu à présenter ses excuses à certaines personnes, mais certainement pas à Yves Lévesque ni aux conservateurs.

«Je ne m’excuserai pas à ceux qui acceptent, encouragent ou profitent de l’hypocrisie, puisque c’est ce qui m’a fait poser mon geste de la semaine dernière», a-t-il indiqué.

Il a cependant présenté des excuses à ceux qui «accordent une grande importance au décorum qu’ils croient essentiel qu’un élu respecte en tout temps», de même qu’à son collègue François Bélisle qui s’est retrouvé malgré lui impliqué dans l’incident en étant filmé durant l’intervention de Mme Mercure.

Des citoyens se sont présentés avec des bannières pour démontrer leur appui à la conseillère Mariannick Mercure.

Il s’est finalement excusé «à tous les gens qui ont marché avec conviction pour la justice climatique et qui auraient préféré que le spotlight soit davantage sur le succès de la manifestation plutôt que sur notre stunt», a-t-il ajouté, avant de mentionner qu’il tournait maintenant la page sur cet événement.

Le maire Jean Lamarche a lui aussi mentionné qu’il souhaitait que l’on puisse passer à autre chose. S’étant expliqué en privé avec les deux élus au cours de la journée de mardi, le premier magistrat a indiqué qu’il ne s’agissait ni plus ni moins qu’un seul épisode dans la longue fréquentation du conseil municipal, et qu’il entendait maintenir l’harmonie autour de la table du conseil.

Réactions partagées

De nombreux citoyens s’étaient par ailleurs déplacés mardi soir à la séance publique du conseil municipal, autant pour donner leur appui à l’intervention de Mariannick Mercure que pour la dénoncer.

«Les gens qui n’ont pas l’intention de modifier leur façon de gouverner et qui vont à l’encontre de la science méritent d’être fustigés et chassés des événements comme ceux-là», a déclaré Jean-François Pruneau.

Valérie Deschamps a pour sa part dénoncé que la lettre ouverte du maire Jean Lamarche ne faisait aucunement mention du discours principal, et ce, même si la Ville a signé la Déclaration d’urgence climatique il y a quelques mois. Rosalie Lefebvre a de son côté questionné le maire sur ses réelles intentions de publier cette lettre quatre jours après les événements, et demandé si le fait qu’Yves Lévesque l’avait publiquement appuyé lors de sa campagne à la mairie ait pu motiver sa lettre, ce que le premier magistrat a balayé du revers de la main.

Christiane Bernier s’est quant à elle questionnée sur l’ampleur qu’aurait prise cet événement si les rôles avaient été inversés. «M. Lévesque est connu pour sa façon agressive de s’adresser aux gens qui ne sont pas de son avis. Si Mme Mercure avait été un homme, en parlerait-on autant aujourd’hui», a-t-elle demandé.

De l’autre côté, Claude Morand et René Blier ont déploré que l’intervention de la conseillère municipale n’ait pas été faite dans le but de chercher la discussion et en respect de l’autre. «Jamais je n’ai eu à affronter les gens en voulant les boxer. J’ai toujours cherché à encourager la discussion. J’y ai vu une agression. J’endosse la guerre pour ramener le climat à son état normal, mais j’estime que ça doit se faire avec plus de décorum et d’ouverture», signale M. Blier.

Stéphane Gendron s’est adressé au conseil comme «papa d’une fille de onze ans», et a expliqué que sa fille l’avait beaucoup questionné après cet incident, à savoir «pourquoi la madame criait». Il a exigé des excuses de la conseillère municipale, des excuses qui ne sont pas venues.

«Si j’avais crié comme ça après quelqu’un, probablement que je me serais ramassé avec des accusations. Je veux qu’elle s’excuse, par respect pour la fonction qu’elle occupe», a-t-il lancé.

Par ailleurs, certains citoyens, dont Frédéric Cossette et Emmanuel Protz, ont également dénoncé la violence et le harcèlement avec lesquels la conseillère municipale a eu à composer depuis vendredi dernier sur les réseaux sociaux.