Chantal Légaré, président du Syndicat de l’enseignement de la Mauricie.

Manque d’effectifs en enseignement: «On a peur à l’épuisement»

Shawinigan — Le manque d’effectifs en enseignement fait partie de la problématique soulignée par différents syndicats dans le cadre de leur négociation nationale qui s’amorce en mars. «On est en pénurie d’enseignants et plus particulièrement de suppléants», indique la présidente du Syndicat de l’enseignement de la Mauricie, Chantal Légaré. «Depuis un an ou deux, on ne trouve pas ça normal. C’est vraiment problématique. L’année dernière, c’était criant. Cette année aussi», dit-elle.

À la Commission scolaire de l’Énergie, ils sont une centaine pour 1275 enseignant(e)s, présentement, alors qu’ils ont déjà été deux, voire trois fois plus nombreux, précise le directeur général de la Commission scolaire de l’Énergie, Denis Lemaire.

«Au niveau des banques de suppléance, c’est vrai qu’on a de moins en moins d’enseignants légalement qualifiés», dit-il. «Il faut qu’on ait des stratégies pour qu’il y ait le moins d’absences en même temps», dit-il. «C’est partout comme ça au Québec» et c’est comme ça pour tous les corps d’emplois, ajoute M. Lemaire.

Pour l’instant, tous les postes d’enseignants qualifiés sont comblés, dans sa commission scolaire, alors que dans certaines grosses commissions scolaires, il peut y avoir jusqu’à 40 postes non comblés, dit-il.

Chantal Légaré parle malgré tout d’une situation «assez alarmante», selon elle, parce que les écoles se tournent vers les enseignants qualifiés pour faire du dépannage. Cette pratique alourdit évidemment leur tâche. «On a peur à l’épuisement», confie Mme Légaré.

Des enseignants ont récemment signalé à leur Syndicat qu’ils font beaucoup de suppléance et n’ont donc pas beaucoup de périodes où ils peuvent travailler et s’avancer dans leurs choses. Ils sont obligés de faire de la suppléance», dit-elle.

Denis Lemaire explique que dans chaque école, il y a une liste de dépannage et cela fait partie de la convention collective, précise-t-il. Malgré tout, la Commission scolaire, pour combler les manques, a un oeil sur les finissants en éducation dont le stage pourrait être à plein temps et rémunéré et même du côté des retraités, dit-il.

La baisse d’effectifs dans la banque de suppléance est multifactorielle, explique le directeur général. Tout d’abord, beaucoup d’enseignants de la génération des baby-boomers s’en vont à la retraite. Il y a aussi le fait que «l’éducation a été malmenée et décriée», souligne-t-il. «Il y a eu de jeunes enseignants qui ont quitté. C’est assez généralisé», dit-il. Dans l’ensemble, la situation «peut devenir dramatique», reconnaît M. Lemaire, mais ce n’est rien de comparable, assure-t-il, «avec l’île de Montréal».

Claudia Cousin, présidente du Syndicat de l’enseignement des Vieilles-Forges.

Il y a eu moins de finissants en éducation depuis une dizaine d’années, «on a eu un creux», rappelle-t-il, quoique la situation a tendance à se rétablir. Des statistiques fournies par l’UQTR indiquent d’ailleurs que le nombre total de diplômés en enseignement préscolaire, primaire et secondaire ne cesse d’augmenter. Ils sont passés de 251, en 2014 à 431 en 2018, signale l’Université.

Du côté du Syndicat de l’Enseignement des Vieilles-Forges, la présidente, Claudia Cousin, parle d’une situation «semi-problématique».

«Là où c’est plus difficile, c’est du côté de la suppléance à la journée», explique-t-elle.

«Il y a des disciplines où il n’y a plus personne dans la liste de priorité parce que tout le monde travaille et que même dans la liste de suppléance, il y a moins de noms. C’est le cas dans tout ce qui est du domaine des arts (arts plastiques et musique). Il y a moins de gens qui font leur baccalauréat dans ces disciplines-là, donc il y a moins de monde au bout de la séquence», fait valoir Mme Cousin.

Du côté de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, on confirme que les postes et les contrats sont actuellement comblés par les listes de priorités. Donc, «nos besoins se situent particulièrement au niveau de la suppléance», indique la coordonnatrice du service des communications, Anne-Marie Bellerose. Les matières les plus touchées sont l’adaptation scolaire, la musique, les arts plastiques, arts dramatiques, français et anglais.

En octobre, la Fédération des syndicats de l’enseignement CSQ et l’Association provinciale des enseignant(e)s du Québec ont fait part de leurs préoccupations au gouvernement. On parle notamment d’une perte d’autonomie professionnelle, de tâches de plus en plus lourdes qui impliquent entre autres que l’enseignant doit créer plusieurs plans d’intervention en fonction des besoins spéciaux de certains élèves dans une même classe.

«La tâche des enseignantes et des enseignants ne cesse de se complexifier et de s’alourdir», indique le document. Cela «amplifie les problèmes d’attraction et de rétention», peut-on y lire, ce que confirme Mme Cousin.

Cette dernière s’inquiète beaucoup, également, de l’effet qu’aura le projet de loi 40 sur l’abolition des commissions scolaires telles qu’elles sont présentement et prévoit des impacts négatifs sur ses membres. Même chose du côté de Chantal Légaré. «On perd la parité au conseil d’établissement», déplore-t-elle.

Denis Lemaire, directeur général de la Commission scolaire de l’Énergie.

La Commission scolaire de la Riveraine n’échappe pas au phénomène. «Actuellement, tous nos postes d’enseignants sont comblés, mais nous aurons des besoins en janvier pour le secondaire, notamment en univers social, en français et en adaptation scolaire. Pour ce qui est de la suppléance, nous sommes toujours à la recherche de suppléants pour bonifier nos banques de candidatures dans la majorité des champs d’enseignement», indique Émilie Guay, secrétaire générale et responsable du transport scolaire.