La vice-présidente de la FIQ, Jacynthe Bruneau, soutient que le manque d’effectif infirmier dans les établissements de santé de la région est devenu monnaie courante.
La vice-présidente de la FIQ, Jacynthe Bruneau, soutient que le manque d’effectif infirmier dans les établissements de santé de la région est devenu monnaie courante.

Manque de personnel infirmier : «La situation est devenue pire qu’avant la pandémie»

Amélie Houle
Amélie Houle
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Alors que Québec vient à peine de dévoiler son plan d’action pour affronter une seconde vague de COVID-19 et que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) affirmait pas plus tard que mercredi que ce nouveau plan lui donnait encore plus de vent dans les voiles pour la suite, le Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ) estime pour sa part être plus inquiet que jamais à l’aube d’une seconde vague en raison du manque criant de personnel infirmer qui semble être devenu monnaie courante dans les établissements de la région.

En effet, autant du côté de la Mauricie que du Centre-du-Québec, le manque d’effectifs infirmiers est pire que jamais, estime la FIQ.

«La situation est aussi critique en Mauricie qu’au Centre-du-Québec. Qu’on pense à Maskinongé, à Louiseville, mais aussi à Victoriaville ou à Drummondville, la situation est atroce et elle est généralisée partout dans la région. C’est pourquoi avec le plan du gouvernement qui souhaite enrayer la mobilité des infirmiers et infirmières, on est très inquiet pour nos équipes en raison notamment du non-réalisme d’une application aussi rapide, dans l’état actuel du réseau de la santé», avoue la vice-présidente de la FIQ, Jacynthe Bruneau.

D’ailleurs, au CHSLD Laflèche de Shawinigan qui est devenu le symbole de la pandémie dans la région, la situation semble s’être empirée au cours des dernières semaines, à un point tel que les professionnels en soins travaillent quasi quotidiennement en sous-effectifs.

«C’est très critique au CHSLD Laflèche actuellement. Par exemple, pour cette semaine, la planification montre qu’il manque beaucoup d’infirmières et d’infirmières auxiliaires, environ 3 ou 4 par jour. Et pour la journée de vendredi, c’est encore pire. De plus, certaines journées, il n’y a aucune infirmière pour le quart de soir et de nuit, alors que le ministère exige la présence d’une infirmière en CHSLD 24 h sur 24 h. Mais ce n’est pas respecté au CIUSSS MCQ, en raison du manque de personnel criant. En plus, il arrive régulièrement qu’une infirmière soit seule pour les cinq étages. L’employeur fait un calcul de ratio pour l’entièreté de l’établissement, sans considérer qu’il y a plusieurs étages. Et cette situation de manque de personnel n’a rien à voir avec la COVID-19», déplore Jacynthe Bruneau.

Une infirmière qui souhaite garder l’anonymat par crainte de représailles a également tenu à dénoncer la situation au cours des derniers jours.

Le problème de manque de personnel infirmier semble s’être empiré au cours des dernières semaines au CHSLD Laflèche.

«Présentement, la situation est devenue pire qu’avant la pandémie. Il y a un gros manque d’infirmières et il n’est pas rare qu’elles doivent être responsables de trois étages le soir ou de deux étages le jour et nous avons même été jusqu’à ce qu’il y ait qu’une seule infirmière pour toute la bâtisse. Nous sommes à nouveau épuisées, et la deuxième vague n’a pas eu lieu. C’est dangereux d’avoir aussi peu d’infirmières pour le nombre de patients qui s’élève à 96. Tous sont au courant, mais il ne se passe rien.»

CIUSSS MCQ

Du côté du CIUSSS MCQ, on estime être bien au fait de la situation décriée par le syndicat et par les employés.

«Sans surprise, le manque de personnel infirmier dans nos installations est connu depuis le début des vacances. C’est une situation qui n’est pas idéale et qui est exigeante pour nos employés, ça on le sait et on en est conscient, mais on a des démarches qui s’activent en continu pour s’assurer d’améliorer leur quotidien. Mais on tient à dire que c’est toujours une situation qui est viable pour la sécurité des résidents», a fait savoir Valérie Provencher, agente d’information au CIUSSS MCQ.

Des actions réclamées rapidement

Afin de pallier la situation qu’elle juge critique, la FIQ réclame des actions concrètes et rapides de la part du CIUSSS MCQ. L’ajout de postes à temps complet qui est réclamé depuis déjà plusieurs mois est évidemment du nombre.

«Ce qu’on réclame, c’est encore et toujours d’afficher des postes à temps complet qui tardent, parce qu’encore aujourd’hui, il s’affiche des postes à quatre jours par deux semaines ou six jours par deux semaines. On dit que les gens délaissent les postes à temps complet puisqu’ils veulent une meilleure qualité de vie, mais si on affiche du temps complet, les gens vont les prendre. On ne se pose pas la question pour les ingénieurs quand on les engage. On ne les engage pas à temps partiel, ça ne nous passerait pas par la tête, donc ce qu’on dit, c’est ‘‘offrez des postes attractifs à temps complet pour les infirmières sur un même département’’.»

La décentralisation du service de la liste de rappel, la mise en place rapide d’un comité de travail paritaire de gestion de la main-d’œuvre, le fait d’avoir une meilleure rapidité d’action et le fait de mettre de l’avant des ratios professionnelles-patients sécuritaires sont également des pistes de solution proposées par la FIQ dans ce dossier.

Du côté du CIUSSS MCQ, on mentionne tout mettre en œuvre au quotidien afin de trouver des solutions à ce problème.

«Beaucoup de mesures ont été prises pour trouver des solutions. On sollicite notamment notre personnel pour travailler en dehors de leurs disponibilités, on réorganise les tâches, on offre sur une base volontaire le temps supplémentaire et en dernier recours, on fait appel au temps supplémentaire obligatoire. Mais il faut savoir qu’on mobilise également tous nos gestionnaires pour s’assurer qu’on fait une gestion de proximité au sein des équipes, afin qu’elles se sentent épaulées sur le terrain. Pour ce faire, on a donc ajouté des postes d’encadrement. Et bien entendu, pour notre partenaire syndical, on est toujours en discussion avec eux et on est ouvert aux pistes de solution nouvelles», précise Valérie Provencher.