Carol Fillion, le PDG du CIUSSS de la Mauricie-Centre-du-Québec, a évoqué le recours à l’arrêté ministériel pour contraindre le personnel à certaines mesures.
Carol Fillion, le PDG du CIUSSS de la Mauricie-Centre-du-Québec, a évoqué le recours à l’arrêté ministériel pour contraindre le personnel à certaines mesures.

Manque de personnel en milieu hospitalier: la direction du CIUSSS brandit le recours à l’arrêté ministériel

Sébastien Lacroix
Sébastien Lacroix
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Bien qu’on observe une tendance à la baisse du nombre de cas déclarés de COVID-19 au cours des derniers jours, le milieu hospitalier de la région est près du point de rupture. Si bien que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Mauricie et du Centre-du-Québec prévoit avoir recours à un arrêté ministériel pour assurer un nombre d’employés suffisant pour le maintien des services.

C’est que le nombre élevé de cas que la région a connu il y a 10 à 15 jours se fait de plus en plus sentir en milieu hospitalier. Si bien qu’une nouvelle unité de débordement a été ouverte à Drummondville, jeudi, pour les patients du Centre-du-Québec.

Au CHAUR de Trois-Rivières, on comptait 38 personnes hospitalisées dans la région, alors que le nombre de lits disponibles se situe à 40. On compte également neuf personnes qui occupent les 12 places aux soins intensifs. L’unité de débordement de Drummondville a permis d’ajouter 16 lits et deux places en soins intensifs dans la région.

La situation s’explique également par le fait que la pandémie a obligé le retrait de plusieurs membres du personnel. «On a dû retirer plus de 200 personnes, dont 140 infirmières ou infirmières auxiliaires pour leur permettre de vivre une grossesse sécuritaire», a indiqué le président-directeur-général du CIUSSS, Carol Fillion.

Un appel urgent a été lancé, vendredi, aux infirmières, infirmières auxiliaires et préposés aux bénéficiaires afin de venir en renfort à l’unité de soins intensifs et aux unités de médecine-chirurgie du CHAUR, au 3e étage de l’École nationale de police du Québec (ENPQ) et à l’unité de débordement de Drummondville. D’autres services et titres d’emplois pourraient également être visés, peut-on lire dans une note de service.

Avec en main une banque d’employés intéressés à prêter main-forte, le CIUSSS espère ainsi être en mesure de mieux répartir son personnel selon les besoins qui se feront sentir au cours des prochaines semaines.

S’ils sont en nombre insuffisant, le CIUSSS pourrait imposer le déplacement de personnel d’un service à un autre en vertu de l’arrêté ministériel. Une façon de faire que la direction espère être en mesure de délaisser le plus rapidement possible.

Avant d’en arriver là, le CIUSSS de la Mauricie-Centre-du-Québec a envisagé toutes les options et plusieurs appels au volontariat ont déjà été effectués auprès du personnel. «Les demandes concernent l’augmentation de leur disponibilité. La possibilité de combler davantage de fins de semaine. L’annulation, le report ou la réduction de certains congés sans solde», énumère Christine Laliberté.

«Du côté des ressources humaines, nous avons aussi fait du rehaussement de postes à temps complet, embauché des aides de service, offerts de la formation accélérée pour les préposés aux bénéficiaires et réembauché plusieurs retraités», a-t-elle ajouté lors du point de presse hebdomadaire, vendredi après-midi.

Objectif: moins 50 cas par jour

Le nombre de cas déclarés dans la région affiche une tendance à la baisse depuis une semaine. Vendredi, on en rapportait 37 en Mauricie et 16 au Centre-du-Québec, pour un total régional de 53.

Dans la région, la Santé publique rapporte 88 éclosions, dont 51 en milieux de travail, 26 dans les milieux scolaires, quatre dans les milieux de soin et sept dans les ressources d’hébergement pour personnes âgées (RPA-RI).

Ces éclosions seraient toutefois plus faciles à contrôler. «Elles touchent de plus petits milieux. Les mesures de contrôle sont déployées et ce sont des milieux qui sont peu propices, dans certains cas, à une transmission plus accrue du virus», a soutenu la directrice régionale de santé publique, Dre Marie-Josée Godi.

L’augmentation des éclosions dans les RPA-RI préoccupe toutefois le CIUSSS, puisque ces personnes sont plus susceptibles d’être malades de la COVID-19 et risquent ainsi de créer une pression supplémentaire sur le réseau de la santé.

L’objectif de la Santé publique est donc de ramener le nombre de cas sous la barre des 50 cas journaliers au cours des prochaines semaines pour s’assurer de passer Noël en toute sécurité.

«Le cadeau» fait par le gouvernement Legault est toutefois conditionnel à ce que la situation soit stable, a rappelé la directrice régionale de santé publique. «Si dans les deux prochaines semaines, le nombre de cas se rapproche de 110 ou 120 (en Mauricie-Centre-du-Québec), ce serait très risqué de rouvrir les partys de Noël», a-t-elle indiqué.