L’infirmière auxiliaire qui a accepté de se confier au <em>Nouvelliste</em> déplore le fait que le CIUSSS MCQ ne cesse de créer des postes, mais en laissent d’autre vacants, n’aidant en rien la situation sur le plancher des CHSLD.
L’infirmière auxiliaire qui a accepté de se confier au <em>Nouvelliste</em> déplore le fait que le CIUSSS MCQ ne cesse de créer des postes, mais en laissent d’autre vacants, n’aidant en rien la situation sur le plancher des CHSLD.

Manque de personnel au centre Avellin-Dalcourt: «Ça saute de partout»

Pierrick Pichette
Le Nouvelliste
Louiseville — «Sur le plancher, je vois des filles pleurer, parce qu’elles sont tannées, épuisées. Ça saute de partout.» Si l’on se fie à ces propos tenus par une infirmière auxiliaire du centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) Avellin-Dalcourt de Louiseville, la situation y est critique actuellement.

Depuis le mois de juin, les quarts de temps supplémentaire obligatoire se multiplient pour les salariés de l’établissement, qui doivent, semble-t-il, fréquemment se débrouiller à court d’infirmières ou de préposés.

«Ça fait au moins trois ans qu’on roule régulièrement sur le temps supplémentaire obligatoire. Par contre, depuis le mois de juin, on n’a jamais vu une situation pareille à Louiseville. L’été a toujours représenté une période critique pour nous, mais habituellement, on avait les remplacements de vacances qui étaient donnés puisque les postes étaient comblés», a raconté une salariée du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ).

Par ailleurs, certaines de ces infirmières ou préposées, qui n’en peuvent plus, songeraient même à changer littéralement de branche dans l’espoir d’obtenir de meilleures conditions de travail. Si ces projets venaient à se matérialiser pour ces employées, le problème ne serait qu’amplifié au sein de ce milieu d’hébergement.

«Personnellement, j’en viens à craindre que ce centre finisse par fermer. S’il n’y a plus d’employés pour travailler, que vont-ils faire? Si ça devait arriver, de nombreux usagers des services originaires de milieux ruraux devraient être déplacés dans d’autres endroits contre leur gré», soutient celle dont les dires ont été corroborés en totalité par la présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ), Nathalie Perron.

Il serait d’ailleurs d’autant plus difficile pour les salariés du CHSLD Avellin-Dalcourt d’oeuvrer en allant à l’encontre des principes mêmes de leur emploi, qui consiste à offrir une qualité de vie à l’ensemble des bénéficiaires. Les travailleurs seraient «régulièrement confrontés à leurs valeurs éthiques et professionnelles».

«En ce moment, ce qui est grave, c’est que l’employeur ne tient pas compte des ratios de professionnels à respecter sur le plancher. Dans une garderie, on octroierait des amendes si les ratios n’étaient pas respectés de la sorte, alors qu’ici, ce n’est pas grave de couper des services. Il y a des gens qui paient pour être hébergés ici. Il va falloir que le Québec fasse quelque chose», a-t-elle ajouté.

Par ailleurs, avant de sortir publiquement pour faire état de cette problématique, les infirmières et préposés du CHSLD auraient tenté à de nombreuses reprises d’alerter le CIUSSS MCQ dans l’espoir de faire bouger les choses. Or, même après que le président-directeur général de l’organisation, Carol Fillion, se soit rendu sur les lieux pour entendre les doléances des employés, la situation n’aurait que très peu évolué.

«On a lancé des appels à l’aide, puis M. Fillion est venu sur place afin d’écouter le cri du coeur des salariés. Tout a été dit à ce moment. Par la suite, le CIUSSS nous a uniquement assuré qu’il tenterait de combler les besoins la fin de semaine dernière», a indiqué l’employée de l’établissement louisevillois.

«Cependant, à certains moments de la fin de semaine, on regardait l’horaire pour constater qu’il n’y avait aucune infirmière. Ils en ont donc pris une de nuit pour la mettre de jour, mais on crée de cette façon un trou de nuit. Il manque encore quatre infirmières auxiliaires, qui sont les plus qualifiées pour donner de la médication. C’est inquiétant.»

De son côté, l’administration du CIUSSS MCQ affirme travailler activement afin d’améliorer le sort des travailleurs de cet établissement.

«La situation de la main-d’oeuvre est une préoccupation constante. La COVID-19 a accentué nos défis en ce sens, notamment en raison des nombreux retraits préventifs d’employés. Cette situation a aussi touché le centre multiservices Avellin-Dalcourt. Nous mettons tout en oeuvre pour combler les manques de ressources et travaillons de façon continue avec nos partenaires syndicaux pour trouver les meilleures solutions dans ce contexte particulier.»

Trois-Rivières au détriment des régions

Aux dires de l’infirmière auxiliaire de l’endroit, qui a choisi de préserver son anonymat, la fusion des différents établissements de santé en un seul et même réseau, le CIUSSS, a énormément nui aux régions plus petites, qui voient les besoins des grands centres primer sur les leurs.

«Avec les derniers affichages de postes en CIUSSS, on observe un exode des salariés qui se déplacent vers Trois-Rivières. Avant, ça allait surtout mal dans les grands centres, mais la situation était stabilisée en région. Maintenant, comme l’organisation partage le problème entre ses établissements, le problème fait rage partout. De plus, étant donnée la grandeur de Trois-Rivières, les établissements qui s’y trouvent voient leurs besoins comblés avant les autres», témoigne la dame avant de souligner que la pandémie n’a pas manqué d’amplifier cette problématique.

De nouveaux préposés, mais des infirmières délaissées

Le mardi 28 juillet dernier, pas moins de 358 préposés aux bénéficiaires débarquaient au sein des 27 CHSLD de la région dans le dessein d’offrir du renfort au personnel déjà en place. Une mesure que le directeur des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques du CIUSSS MCQ, Me Louis Brunelle, avait qualifiée de «meilleure nouvelle depuis la création du réseau de santé régional».

Qu’à cela ne tienne, l’infirmière auxiliaire qui est entrée en contact avec Le Nouvelliste ne croit pas que cette aide viendra combler d’un seul coup tous les besoins de main-d’oeuvre du CHSLD Avellin-Dalcourt, particulièrement en frais d’infirmières.

«On a fait de très beaux programmes pour les préposés, mais il va falloir que le Québec fasse quelque chose pour les professionnels en soin. Encore récemment, le CIUSSS affirmait qu’il manquait entre 500 et 1000 infirmières. C’est beaucoup de trous non comblés dans des endroits où des services devraient être offerts à la population. On se repose sur le personnel déjà en place, mais celui-ci est épuisé présentement», a exprimé la travailleuse.

En plus de cette sortie médiatique, les employés du CHSLD Avellin-Dalcourt de Louiseville devraient interpeller de nouveau le CIUSSS MCQ lors d’une rencontre tenue mardi matin. Ils aimeraient également contacter des acteurs importants du réseau de santé provincial et accentuer leurs actions concrètes.