Le manque de personnel était particulièrement criant la semaine dernière, au CHSLD Saint-Joseph de Trois-Rivières.
Le manque de personnel était particulièrement criant la semaine dernière, au CHSLD Saint-Joseph de Trois-Rivières.

Manque criant de personnel au CHSLD Saint-Joseph

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Malgré l'embauche de plus de 300 préposés aux bénéficiaires formés cet été, il semble que le manque est toujours criant pour cette profession au CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Ce manque s'est fait particulièrement sentir la semaine dernière au CHSLD Saint-Joseph, à Trois-Rivières, selon une dame dont le père y est hébergé.

Selon cette personne, qui préfère demeurer anonyme par crainte de représailles, les résidents n'ont pas été habillés de la semaine, demeurant en jaquette. Sa mère a par ailleurs dû aider un membre du personnel à mettre son mari au lit, jeudi dernier, malgré son âge avancé. L'usager a dû souper dans son lit, puisqu'il a été couché... à 15h45.

«Ma mère trouve ça épouvantable. Je me mets à sa place, de voir son mari comme ça... elle va vouloir le sortir de là. Mais elle ne peut plus s'en occuper, et nous non plus», se désole la dame, qui a contacté Le Nouvelliste pour dénoncer la situation.

Selon ce qu'elle rapporte, le personnel lui aurait dit être débordé, manquant d'effectifs. Elle ne blâme d'ailleurs pas les employés, qui font selon elle tout ce qu'ils peuvent dans les circonstances. Elle appréhende cependant les conséquences de cette pénurie si la COVID-19 venait à frapper dans ce CHSLD.

«Je n'ai pas la conscience tranquille. Si la COVID rentre sur l'étage, j'ai tellement peur que mon père meure dans des conditions atroces, déshydraté parce je ne pense pas qu'ils leur donnent de l'eau régulièrement, ils n'ont pas le temps. Je préférerais presque qu'ils lui offrent l'aide médicale à mourir plutôt qu'il parte dans des conditions atroces, comme tous les autres, ce printemps», s'attriste-t-elle.

Les nouveaux préposés encore en formation

La situation dénoncée au CHSLD Saint-Joseph serait assez représentative de celle vécue dans les autres établissements du même type de la région. Selon Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers CSN Mauricie et Centre-du-Québec (SPPSAM-CSN), ce manque est en partie dû au fait que les renforts promis ne sont pas encore arrivés.

«Les nouveaux préposés ne sont pas encore sur le plancher. Le CIUSSS avait annoncé qu'avant de commencer à travailler, ils suivraient plusieurs formations à l'interne pour être sûr qu'ils soient bien outillés, puisque leur formation a été très rapide. Mais le résultat est qu'on pensait avoir de l'aide après leur journée d'intégration, le 15 septembre, mais ce n'est pas le cas», indique-t-il.

M. Bastarache ajoute ne pas savoir quand les nouveaux préposés arriveront enfin dans les établissements de la région.

Un autre facteur explique selon lui pourquoi le manque de main-d'oeuvre actuel est particulièrement criant.

«Le gouvernement a donné les pouvoirs de son arrêté ministériel au CIUSSS et celui-ci l'a utilisé pour obliger l'ensemble des salariés à travailler à temps plein. Des gens n'ont pas pu prendre de vacances non plus. Ça a occasionné plusieurs départs en maladie ou des démissions. Les gens ont été pressés comme des citrons pendant la première vague et au lieu de respecter leur disponibilité, on les a forcés après la première vague à travailler à temps complet contre leur gré», dénonce M. Bastarache.

Le président du SPPSAM-CSN dit ne pas savoir de quel ordre est le nombre de congés pour maladie ou de démissions.

«J'espère que ce n'est pas un trop gros taux. Plusieurs de mes amis, de mes collègues ont démissionné et se sont réorientés. Mais je ne sais pas à quelle échelle on est», conclut-il.

«Tous les soins ont été offerts», jure le CIUSSS

Le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec reconnaît pour sa part que le personnel était en sous-effectifs lors de la semaine du 21 septembre.

«Nous avons eu des difficultés à combler tous les quarts de travail au CHSLD Saint-Joseph. Nous sommes très conscients que le manque de personnel impacte les services offerts aux résidents et nous mettons énormément d’énergie afin d’améliorer la situation dans les meilleurs délais», indique Geneviève Jauron, chef de service aux communications externes du CIUSSS.

Mme Jauron ajoute que «plusieurs intervenants ont accepté du temps supplémentaire et des changements à l’horaire pour s’assurer qu’il n’y ait pas de bris de service pour les résidents». Elle reconnaît que des résidents sont parfois demeurés en vêtements de nuit au cours de la semaine, par choix ou par manque de personnel.

«Cette situation est exceptionnelle et nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour ne pas qu'elle se reproduise. Nous sommes confiants que l’arrivée des 7 nouveaux préposés aux bénéficiaires au CHSLD St-Joseph nous permettra de résorber ces situations», ajoute-t-elle.

Quant à la conjointe de l'usager qui a dû aider à mettre celui-ci au lit, Mme Jauron indique que cette situation n'a pas été rapportée au CIUSSS.

«Habituellement, l’installation au lit des résidents n’est pas le rôle des proches, à moins que ceux-ci souhaitent être impliqués dans les services offerts aux résidents. Lorsque c’est le cas, une formation leur est offerte par des ergothérapeutes ou des physiothérapeutes pour s'assurer que la manoeuvre soit sécuritaire», précise-t-elle.