Comme dans plusieurs villes du Canada, une manifestation a eu lieu à Trois-Rivières samedi pour la liberté d'expression et pour dénoncer la Charia.

Manifestation pour la «liberté d'expression»

Entourés de membres du groupe de la section québécoise des Soldiers of Odin, un mouvement fondé en Finlande par un suprémaciste blanc en réponse à l'arrivée massive de réfugiés en Europe, plusieurs dizaines de manifestants ont marché samedi dans les rues de Trois-Rivières pour dénoncer entre autres la motion 103 contre l'islamophobie, jugée comme une entrave à la liberté d'expression.
Le rassemblement qui a eu lieu dans plusieurs villes canadiennes était organisé par la Coalition canadienne des citoyens inquiets (Canadian Coalition of Concerned Citizens - CCCC) et visait principalement à dénoncer cette motion 103 contre l'islamophobie déposée à la Chambre des communes par la députée libérale de Mississauga-Erin Mills, en Ontario, Iqra Khalid. Ce texte de la motion appelle le gouvernement à «reconnaître qu'il faille endiguer le climat de haine et de peur qui s'installe dans la population» et «condamner l'islamophobie et toutes les formes de racisme et de discrimination religieuse systémique».
Josée Rivard fait des vidéos sur Facebook depuis deux ans où elle critique le gouvernement et elle était de la marche à Trois-Rivières. Elle s'affiche également comme partisane de La Meute et des Soldats d'Odin. Elle soutient que la motion 103 est une atteinte à la liberté d'expression. «Ma liberté d'expression c'est ma seule arme contre le mal qui nous est fait actuellement. Je défends la démocratie», a-t-elle déclaré en entrevue lors de la manifestation de Trois-Rivières. «Quand nos aînés, nos pionniers, sont dans la misère noire, on tente de nous faire passer des lois [la motion 103 n'est toutefois pas une loi] contre la liberté d'expression.»
De plus, Josée Rivard accuse les médias de ne pas «supporter le peuple». «Vendredi, Radio-Canada a parlé de notre manifestation en nous qualifiant de l'extrême droite. [...] Ça n'existe pas ça au Canada. Ça fait trop longtemps qu'il y a des immigrants ici pour qu'il y ait du racisme. Le racisme qui est créé, c'est par des journalistes qui poussent la chose, poussés par nos gouvernements et les lobbyistes. Mais là, les gens ont les yeux ouverts», a-t-elle ajouté. «La motion 103 va nous détruire. Il n'y a pas de place pour empêcher la critique, pas dans un pays démocratique.»
Lorsque les manifestants sont passés devant les bureaux de Radio-Canada Mauricie, certains se sont approchés de la vitrine pour crier: «fake news».
Se défendant d'être racistes, quelques manifestants ont alors dit qu'ils pouvaient critiquer l'islam, parce que «l'islam n'est pas une race». 
Par ailleurs, des tracts signés par Denis Jeannotte ont été distribués aux passants du centre-ville. Il affirme que les récentes menaces envers des étudiants musulmans à l'université Concordia - un homme a d'ailleurs été arrêté en lien avec cette histoire - sont «un canular». Inspiré par la théorie du complot, il soutient que ce canular orchestré par les élites politiques a pour but de détruire les libertés individuelles.  
Islamophobie: les deux camps s'observent en chiens de faïence
Si à Trois-Rivières, la manifestation s'est déroulée dans le calme, l'ambiance était tendue dans le Vieux-Montréal, samedi midi, alors que plus de 200 manifestants de différentes factions se sont réunis au même endroit pour contester - ou appuyer - une initiative du gouvernement libéral à Ottawa visant à condamner l'islamophobie au Canada.
«Nous aussi, on haït les racistes», scandaient les manifestants opposés la motion libérale, alors que les contre-manifestants leur répondaient: «Tout le monde déteste les racistes».
Là aussi, les manifestants dénonçaient la motion 103. «C'est une entrave à la liberté d'expression. Ça n'a pas sa place ici, cette (motion)-là», a soutenu Sébastien Poirier de PÉGIDA Québec, un mouvement anti-immigration, qui a qualifié ses opposants «d'anarchistes».
«Je suis ici contre le fascisme et le suprémacisme blanc. On ne veut pas qu'il y ait des gens dans nos quartiers qui soient activement violents envers des immigrants, des personnes de couleur», a affirmé une contre-manifestante, Lauren, qui étudie à l'université Concordia.
Vers 11 h 30, les manifestants des deux camps étaient réunis devant l'hôtel de ville, mais le rassemblement a rapidement dégénéré. Des bombes fumigènes ont été lancées et une bataille a même éclaté entre deux militants. Les policiers, qui étaient très nombreux sur place, sont alors intervenus pour séparer les deux groupes, qui sont restés l'un devant l'autre pendant une trentaine de minutes.
Des rassemblements de la CCCC se déroulaient en parallèle dans plusieurs villes canadiennes, de Vancouver, à Calgary, en passant par Toronto. 
Avec La Presse canadienne