La manifestation s’est tenue près du bureau de comté de la ministre Sonia LeBel.
La manifestation s’est tenue près du bureau de comté de la ministre Sonia LeBel.

Manifestation des cégeps de la région: «Les profs aussi sont essoufflés»

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Les syndicats de l’enseignement du milieu collégial demandent au gouvernement plus de financement pour permettre l’embauche de plus d’enseignants. Une manifestation d’enseignants des Cégep de Trois-Rivières et de Shawinigan a été organisée vendredi après-midi devant le bureau de comté de la ministre Sonia LeBel afin de lui demander de porter le message à son gouvernement.

«Les profs aussi sont essoufflés», a laissé tomber d’entrée de jeu le président du Syndicat des professeurs et professeures du Cégep de Trois-Rivières, Jean Fournier. «Les profs en ont ras le bol d’être constamment sollicités et de ne pas avoir le temps.»

Les 50 millions $ promis cet automne par Québec, sont «nettement insuffisants pour des budgets globaux, dans les collèges, de 2 milliards $», dit-il. «Ce n’est pas juste une question d’argent, c’est une question de dignité. Le contexte COVID ajoute une tonne de contraintes», dit-il.

Vincent Roy, président du Syndicat des enseignants et enseignantes du Cégep de Shawinigan, rappelle qu’en ce moment, «beaucoup d’enseignement se fait à distance et ça modifie en profondeur le lien pédagogique qu’on a avec les étudiants, particulièrement à Shawinigan où l’on va passer en zone rouge à partir de lundi prochain. Une bascule devra être faite vers l’enseignement à distance, ce qui va encore plus créer une surcharge de travail», dit-il.

Un sondage réalisé auprès de plus de 2400 enseignants de niveau collégial a démontré qu’un mois avant même le début de la rentrée, il y avait déjà surcharge de travail «et beaucoup de détresse psychologique aussi», signale M. Roy. «On anticipe que les problématiques vont aller en s’empirant dans les prochaines semaines», dit-il.

Bref, le milieu de l’enseignement collégial a besoin «d’un peu d’oxygène pour cet hiver pour faire en sorte qu’on puisse mieux faire notre travail, c’est-à-dire avoir un peu moins d’étudiants à encadrer et peut-être un peu moins d’heures de cours pour aider les étudiants à réussir le mieux possible dans le contexte très difficile qu’on vit actuellement», résume M. Roy qui parle même «d’urgence».

Jean Fournier, président du Syndicat des professeures et des professeurs du Cégep de Trois-Rivières.

Jean Fournier reconnaît qu’au collégial, il y a un défi de recrutement d’enseignants, «mais à mesure qu’il y aura des tâches disponibles, il est clair qu’il y aura des candidats, ce qu’on appelle des profs précaires qui obtiendraient une charge pour venir enseigner en soins infirmiers, en génie civil ou en littérature, par exemple.

Ce dernier estime que cela donnerait l’occasion à de plus jeunes professeurs de venir enseigner et pour qui «de toute façon, il n’y aurait pas eu de possibilité d’emploi. Si l’on reçoit un financement additionnel provenant de Québec pour janvier, afin de soulager la pression ressentie par les profs qui, actuellement, sont dans leur classe virtuelle ou en supervision de stage ou en laboratoire, tout le monde va être heureux», analyse-t-il.

Jean Fournier explique que les étudiants sont plus nerveux que d’habitude. «Il faut plus de temps pour répondre à la quantité d’interpellations que nous adressent les étudiants. Je suis profs et je reçois quantité d’interpellations que je ne suis pas habitué de recevoir. Les profs nous disent qu’ils travaillent le soir et les fins de semaines plus qu’ils ne l’on jamais fait. On est habitué de travailler le soir et les fins de semaines», dit-il, mais pas dans les proportions actuelles, explique le président.

Les défis sont nombreux. Il faut tenter de trouver des façons d’intéresser une classe «qui est à des kilomètres de là où je suis. On n’est pas habitué de faire ça», plaide-t-il.

«Chacun est chez lui, dans sa réalité, avec des difficultés à se brancher», dit-il. Des étudiants manquent donc des bouts de cours. «Et nos étudiants qui sont atteints de COVID, on ne les pénalise pas, bien entendu. C’est plein de sens, mais c’est quoi l’impact? Il faut leur faire des micro-enseignements», dit-il.

Jean Fournier constate que beaucoup d’étudiants sont tellement anxieux qu’il oublient des choses ou comprennent mal certains enseignements. Il y a des étudiants qui ne sont pas là, qui n’ont pas compris, qui sont mal branchés ou qui nous ont oubliés et il y a toutes sortes de dynamiques chez eux. Certains profs, dit-il, ont 100 ou 125 étudiants.

Vincent Roy, président du Syndicat des enseignantes et des enseignants du Cégep de Shawinigan.

Bref, les enseignants du Cégep sont épuisés et demandent du soutien. «C’est essoufflant ce rythme-là», souligne Jean Fournier.