Les brigadiers ont manifesté, mercredi après-midi, devant la gare Champflour, à Trois-Rivières. On voit à l'avant-plan, la présidente du Syndicat, Suzanne Pelletier.

Manifestation des brigadiers: «On ne veut pas perdre notre vie»

Trois-Rivières — «Faites attention à vous autres!» Ces mots n’ont pas été lancés en l’air par la présidente du Syndicat des brigadiers de la Ville de Trois-Rivières, Suzanne Pelletier, à ses membres, à la fin d’une manifestation, mercredi après-midi, à la gare Champflour, à Trois-Rivières. Ils ont tout leur sens pour ces hommes et femmes qui ont été durement ébranlés après que deux d’entre eux eurent été grièvement blessés dans deux accidents survenus en moins d’un an.

Une trentaine de brigadiers se sont réunis avant une réunion de santé et de sécurité du travail pour démontrer leur solidarité et pour indiquer clairement qu’il est temps que la sécurité devienne une priorité. «Ça fait longtemps qu’on demande des actions vis-à-vis les brigadiers, et aujourd’hui, on veut manifester fort pour faire comprendre aux gens qu’on est sérieux. Les automobilistes ne nous respectent pas, et on veut avoir plus de mesures de sécurité», martèle Mme Pelletier. «Les brigadiers nous disent qu’il faut vraiment que la Ville prenne des actions pour nous protéger et protéger les enfants», ajoute-t-elle.

Respect est un mot qui est revenu dans toutes les conversations lors de ce rassemblement. «Les automobilistes ne nous respectent pas du tout. Avoir peur, ça fait partie de notre travail, mais on ne veut pas perdre notre vie», souligne la présidente.

Il en va de la sécurité des brigadiers, mais aussi de celle des enfants, fait-elle valoir. «Les enfants sont traumatisés quand ils voient les autos qui nous dépassent. C’est la sécurité des enfants en premier, mais les automobilistes ne font pas attention.»

Parmi les manifestants, il y avait Denise Bolduc qui a été gravement blessée après avoir été happée par une voiture en janvier dernier. Elle garde des séquelles de l’accident et ne pourra pas retourner au travail. Elle doit notamment utiliser une canne pour marcher dehors ou emprunter des escaliers. 

«Je veux être solidaire à mes compagnes et compagnons de travail. Il faut que tout le monde s’assemble pour améliorer la sécurité. Il faut que les gens prennent conscience que c’est très important», lance-t-elle.

En plus de l’accident de Mme Bolduc, Robert Durand a aussi subi des blessures très importantes, vendredi dernier, face à l’école Notre-Dame-du-Rosaire, après avoir été happé par un véhicule. Ces événements ont ébranlé les brigadiers. «On est secoué. J’aurais pu être à sa place. Ça remet les choses en perspective», confie Serge Dumas. «Ça nous touche. Ça nous rappelle qu’on n’est pas à l’épreuve de ça», renchérit Suzanne Pigeon. «Ce n’est pas rassurant. Il faut être très prudent», ajoute Yves Desrochers.

Trois-Rivières compte 51 brigadiers permanents et 24 temporaires. Malheureusement, plusieurs d’entre eux sont des témoins privilégiés de comportements carrément irrespectueux ou même dangereux d’automobilistes. «Je suis sur le coin de la rue, et je les vois en train de regarder leur cellulaire. Les gens ne sont pas vigilants. Ils sont impatients surtout le soir. Ils ne nous respectent pas», mentionne Mme Pigeon. «On n’aurait pas assez de la journée pour tout raconter ce qu’on voit. Il y a même des gens avec leurs enfants assis en arrière qui ne se comportent pas de façon sécuritaire», raconte M. Desrochers.

Denise Bolduc qui a été happée par une voiture en janvier dernier tenait à venir appuyer ses anciens collègues de travail.

Certains brigadiers ont même eu droit à un doigt d’honneur ou à des insultes. «On est en plein milieu de la rue avec notre pancarte, les enfants viennent pour traverser, et les gens passent. Ils n’arrêtent pas. Ils disent qu’ils ne nous ont pas vus. On se fait dire: ‘‘Ôte-toi de d’là, t’as pas d’affaire là, qu’est-ce que tu fais dans la rue’’. Il y a un gros, gros manque de respect», déplore Mme Pelletier. «Il y a une auto qui m’a déjà pratiquement passé sur les pieds. Depuis ce temps-là, je travaille avec des bottes à cap d’acier», raconte Léo Légaré. 

Les brigadiers demandent notamment d’être munis d’une caméra qui permettrait d’identifier les automobilistes récalcitrants. «Avec les caméras, les brigadiers nous disent qu’ils vont se sentir plus en sécurité», explique Mme Pelletier. «Ce n’est pas la fin du monde des caméras, et ça va nous sécuriser, ça va sécuriser les enfants et ça va calmer les automobilistes», espère-t-elle. Ils demandent aussi plus de visibilité. «Au début de la rentrée scolaire, ils font des campagnes, mais après c’est fini, et on n’en entend plus parler de l’année. Les gens oublient et quand ils oublient, c’est nous qui en subissons les conséquences.» 

La Ville assure qu’elle appuie ces brigadiers. «La sécurité des brigadiers est primordiale pour la Ville de Trois-Rivières. On veut vraiment entendre leurs idées et leurs inquiétudes. Ça nous tient grandement à cœur. On veut que les brigadiers se sentent en sécurité sur leur lieu de travail», affirme Guillaume Cholette-Janson, porte-parole de la Ville de Trois-Rivières.

Lors de la réunion de santé et de sécurité, il a notamment été question de recherches de solution pour contrer l’éblouissement du soleil qui serait en cause dans les deux accidents. Diverses mesures de sécurité ont été discutées. Mme Pelletier espère qu’il ne s’agit pas de vœux pieux. «On a senti qu’on était écouté, mais ils ne se sont pas engagés.» Elle veut des changements le plus rapidement possible. «Je veux avoir quelque chose de concret tout de suite. Je ne veux pas encore attendre un ou deux ans.»

En attendant, les brigadiers seront présents à leur intersection comme toujours dont Léo Légaré, 80 ans. «Les enfants ont besoin de notre protection. Alors on est là pour eux autres.»

«C’est vraiment la grande priorité»

Il est de notoriété publique que Mariannick Mercure a fait de la sécurité routière son cheval de bataille. Elle est évidemment interpellée par les deux accidents impliquant des brigadiers scolaires à Trois-Rivières. La conseillère du district des Vieilles-Forges affirme d’ailleurs que le projet de corridors scolaires sécuritaires trône en tête de liste des priorités en termes de sécurité routière, mais encore faut-il qu’un budget y soit consacré.

«Les corridors scolaires, c’est vraiment la grande priorité. Ils sont au top. C’est la première chose qui va être faite si on se donne les moyens financiers en 2020.»

On saura au dépôt du budget de la Ville, la semaine prochaine, quel montant y sera alloué. Pour l’instant, aucune somme n’est consacrée à la sécurité routière, déplore Mme Mercure. «Quand les gens nous font des demandes pour sécuriser des endroits, on n’a pas de budget présentement. Ça fait deux ans qu’on en parle de sécurité routière, et on n’a jamais eu de budget. On s’en était alloué un sur les surplus l’an passé pour faire les consultations, mais sinon, on ne s’est pas encore donné les moyens de nos ambitions.»

Reste à voir si la situation va changer. «Ça me met en maudit des accidents comme ça, parce que j’aurais aimé qu’on agisse avant. Mais on est rendu là. Ça, c’est la bonne nouvelle, alors aussi bien regarder en avant. On est rendu à se donner les moyens. C’est la réflexion qu’on va faire avec le budget la semaine prochaine.»