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Marie-Andrée Cadorette et son conjoint Michaël Ricard en compagnie de leurs enfants, Sophia, Félix et William.
Marie-Andrée Cadorette et son conjoint Michaël Ricard en compagnie de leurs enfants, Sophia, Félix et William.

Maman! J’ai raté... le cours!

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
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Saint-Barnabé-Nord — Le premier ministre met à nouveau le Québec sur pause, durant les Fêtes, dans l’espoir de juguler la propagation rapide de la COVID-19. Pour Sophia, 7 ans, Félix 9 ans et William, 11 ans de Saint-Barnabé-Nord, ça signifie plusieurs jours de téléenseignement à la maison puisqu’il n’y aura aucune présence en classe pour les élèves du primaire dès le 17 décembre et leur retour à l’école n’est prévu que le 11 janvier.

Comme des milliers de parents, Marie-Andrée Cadorette, directrice générale de la municipalité de Saint-Sévère et son conjoint Michaël Ricard, propriétaire de sa propre entreprise à Trois-Rivières, devront devenir de véritables acrobates pour arriver à continuer de travailler tout en soutenant leur marmaille durant les journées de classe virtuelle, du 17 au 22 décembre et du 4 au 8 janvier.

«J’ai trois enfants dans trois écoles différentes», souligne d’entrée de jeu Mme Cadorette.

Depuis le début de la pandémie, c’était déjà assez compliqué. «Ils ne reviennent pas à bord du même autobus le soir et ne finissent pas à la même heure», dit-elle. Son garçon de 9 ans, Félix, est autiste. Il fréquente donc une classe spécialisée dans une école de Shawinigan.

Avec la pause et l’enseignement à distance, le quotidien de la famille Ricard-Cadorette deviendra carrément rock’n roll, comme dit l’expression, surtout pour Mme Cadorette qui avait déjà fait modifier son horaire de travail pour arriver à s’occuper de tout son monde en ces temps de COVID-19. «Avant, je commençais à 8 h 30 et je finissais à 16 h. Avec l’arrivée de la COVID, on a modifié mes heures de 8 h à 15 h 30. Avant, j’avais la chance que mes parents véhiculent Félix qui est à Shawinigan et restent à la maison avec lui le temps que j’arrive», raconte-t-elle. À cause des mesures sanitaires, toutefois, tout ça a changé. Les grands-parents ne peuvent plus être dans la maison avec leurs petits-enfants. «On a dû adapter mon horaire pour que je puisse revenir à la maison et que mes enfants ne soient pas seuls trop longtemps», raconte-t-elle.

Mme Cadorette n’a évidemment que des éloges envers le conseil municipal de Saint-Sévère et le maire, Jean-Yves St-Arnaud, qui ont permis ce léger déplacement d’horaire qui fait toute la différence pour elle et sa famille. «Ce sont tous des gens qui ont à cœur le télétravail et qui sont ouverts à la conciliation travail-famille. Je ne pourrais pas avoir un meilleur conseil municipal. Pour la majorité, ce sont de jeunes parents qui comprennent l’importance du télétravail», souligne-t-elle.

Au cours des journées où l’enseignement primaire se fera à distance, au Québec, Mme Cadorette sera bel et bien à son poste de directrice générale, mais elle sera, elle aussi, en télétravail.

«Je n’ai pas le choix. Je dois gérer trois enfants qui ont des rencontres Zoom et physiquement, je n’ai pas trois ordinateurs, j’en ai deux», fait-elle valoir. «Ça m’en prendrait même un quatrième. Pour mes enfants qui sont à l’école de Charette et à l’école de Saint-Barnabé - qui sont presque une même école, mais divisée - je crois que les enseignants vont avoir mis les Zoom à différentes heures. Pour mon autre qui est dans une classe TEACCH, ça va être beaucoup plus difficile. Les périodes de Zoom vont dépendre de l’enseignante, si elle a des crises à gérer avec d’autres enfants. On va le savoir plus à la dernière minute», raconte-t-elle. Le fait d’être en télétravail permettra à Mme Cadorette d’aider sa plus jeune et son fils autiste à se connecter.

Mme Cadorette avoue qu’elle n’a aucune idée de la façon dont ça va se passer. «J’ai l’impression que rendue là, je vais peut-être être obligée de dire à l’un des deux: ‘‘bon, ben, tant pis. Ça ne marche pas’’», prévoit-elle. On imagine la scène qui risque, avouons-le, de survenir dans des milliers de foyers prochainement. Dans leur cas, ce ne serait pas Maman! J’ai raté l’avion, mais plutôt Maman! J’ai raté le cours!

«Je vous dirais que ça inquiète beaucoup les enfants», dit-elle, parce que l’informatique et la connexion en ligne viennent parfois avec leur lot de pépins. «Ce sont les enfants que ça insécurise le plus parce que les enseignants leur ont dit l’importance de se connecter, ces journées-là, que ce ne sont pas des journées de congé, que c’est du travail, mais à la maison», dit-elle.

Il faudra aussi gérer leur micro, c’est-à-dire le fermer pendant que l’enseignante parle et le rouvrir quand elle posera des questions. Là aussi, Mme Cadorette prévoit que sa plus jeune de 7 ans et son fils autiste auront de la difficulté à le faire sans un coup de pouce.

«Une fois, ma fille a eu une petite pratique et je l’ai laissée seule quelques instants et quand je suis revenue, elle faisait des roues latérales pour les montrer à l’enseignante alors qu’elle devait faire des mathématiques», raconte-t-elle.

Son mari, lui, est patron de sa propre usine. Même s’il peut se faire un horaire un peu plus flexible, son métier de machiniste ne lui permet pas de faire du télétravail.

Outre les défis du télétravail et du téléenseignement, le plus difficile pour cette famille, dans toute cette saga de COVID, c’est le transport. Celui qui a été offert pour Félix par le Centre de services scolaire représentait trois transferts d’autobus. Pour un jeune enfant, autiste de surcroît, c’était hors de question. La famille a donc décidé de faire elle-même la navette. M. Ricard fait le transport du matin. Le soir, ce sont les parents de Mme Cadorette qui vont chercher Félix.

À cause des règles sanitaires, ces derniers sont allés jusqu’à installer un panneau de Plexiglas dans leur voiture afin d’éviter les contacts avec Félix durant le transport. Consignes sanitaires obligent, pas de câlin non plus à la sortie de l’école, évidemment. Ce n’est que partie remise. En attendant, la famille Cadorette-Ricard a choisi de ramer dans le même sens dans l’espoir de sortir de la crise sanitaire, ce qui ne se fait pas sans bien des acrobaties.