La morgue temporaire du CHSLD Laflèche a été déplacée à l'arrière du l'établissement, à la demande du maire Michel Angers.
La morgue temporaire du CHSLD Laflèche a été déplacée à l'arrière du l'établissement, à la demande du maire Michel Angers.

Malaise et indignation, les morgues temporaires sont déplacées

Sébastien Houle
Sébastien Houle
Le Nouvelliste
Shawinigan — Les remorques réfrigérées faisant office de morgues temporaires destinées à accueillir les victimes éventuelles de la COVID-19, placées devant les CHSLD Laflèche et Mgr Paquin, du secteur Grand-Mère et de Saint-Tite, ont soulevé un tel tollé dans la population, de même que l'indignation du maire de Shawinigan, Michel Angers, et de son homologue de Saint-Tite, Annie Pronovost, que les autorités sanitaires se sont vues contraintes de déplacer les deux unités réfrigérées à l'arrière des bâtiments dans la journée de samedi.

Rappelons que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) expliquait vendredi que la décision d'établir des morgues temporaires devant les deux foyers d'infection avait été prise de façon préventive. On faisait valoir que cela visait à entreposer les corps de façon sécuritaire et à limiter les risques de propagation du virus en attendant que les compagnies funéraires puissent venir récupérer les dépouilles.

Or, la mesure a été accueillie avec beaucoup d'émotion dans la population. Si Michel Angers dit comprendre les besoins techniques de sortir les corps des victimes de façon à prévenir la propagation du virus, il estime que les choses auraient pu être faites autrement. «Dans le devant de la bâtisse, c'est extrêmement difficile pour les passants, les enfants des parents qui sont là-bas, pour les employés, pour un peu tout le monde...» se désole-t-il.

Le maire Angers raconte avoir eu de nombreux échanges avec ses citoyens et la présence de la remorque provoquait un malaise généralisé. Dès vendredi, il s'est tourné vers le CIUSSS MCQ pour faire valoir que la mesure était très mal reçue dans la population. On lui aurait expliqué qu'il n'y avait pas de sortie à l'arrière du bâtiment et qu'il était plus aisé de procéder de la sorte. Or, comme il s'agissait pour lui d'une question de respect et de dignité, on se sera rangé à ses arguments et le conteneur a été déplacé à l'arrière de l'établissement vers samedi midi.

Scénario similaire du côté de Saint-Tite, où la mairesse Pronovost a aussi contacté les autorités sanitaires régionales, dès vendredi, pour voir à ce qu'une solution alternative soit trouvée. À l'image du tollé soulevé à Shawinigan, la morgue temporaire installée à la vue des passants a beaucoup fait réagir les citoyens de Saint-Tite, relate Annie Pronovost. En plus d'être à la vue de tous, la morgue temporaire était tout juste à côté du terrain de jeu d'une cour d'école. «Ce n'était pas très gai», commente la mairesse. Samedi après-midi, la remorque avait été déplacée à l'arrière de l'institution.

La remorque réfrigérée, à côté du CHSLD Mgr Paquin de Saint-Tite, avant qu'elle ne soit déplacée.

Au CIUSSS MCQ on explique que le conteneur réfrigéré du CHSLD Laflèche avait d'abord été placé à l'avant du bâtiment pour des raisons d'accessibilité. Bien qu'on se soit plié à la demande du maire Angers, on relate avoir au départ surtout voulu éviter de transporter les corps de l'avant vers l'arrière du l'édifice. «Là, les gens vont le voir quand on va devoir disposer d'un corps, c'est une autre façon de le considérer», commente Guillaume Cliche, agent d’information au CIUSSS MCQ. Des solutions d'abris de type Tempo seraient envisagées pour se soustraire du regard des passants, indique-t-on.

Quant au conteneur d'abord placé à côté du CHSLD Mgr Paquin, on fait valoir que son déplacement vers l'arrière de l'établissement nécessitait des ajustements au niveau des installations électriques. Ce qui explique peut-être que l'on n'ait pas choisi de le placer là dès le début, avance l'agent de communication.

Les deux CHSLD, Laflèche et Mgr Paquin, sont les seuls à être visés par la mesure dans le réseau public, soutient le CIUSSS MCQ. «Si des ressources privées sentent le besoin d'aller de l'avant dans cette direction-là, on pourra toujours les accompagner», propose Guillaume Cliche.