Denis Letendre, l’un des partenaires du Groupe Vert Foncé, promoteur de la maison-conteneur du concept «Sortez de chez vous».

Maison-conteneur cherche municipalité

TROIS-RIVIÈRES — Alors que les visiteurs du salon Expo-Habitat Mauricie cette fin de semaine tourneront leur regard vers l’exposant Groupe Vert Foncé qui présente son nouveau concept de maison-conteneur, on constate que la mise en marché de ces maisons minimalistes est freinée dans de nombreuses municipalités au Québec, qui ne permettent tout simplement pas l’usage d’un conteneur comme résidence principale.

Pour l’un des partenaires de Groupe Vert Foncé, Denis Letendre, l’une des priorités actuelles de l’entreprise est justement de mettre les efforts sur l’éducation et la sensibilisation des municipalités à son produit afin de faire changer les règlements municipaux pour permettre son implantation dans les municipalités qui ne le permettent pas encore.

La maison-conteneur est à la base fabriquée à partir d’un véritable conteneur maritime recyclé de 42 pieds de long, qui a été travaillé pour le convertir en maison minimaliste, un peu comme un chalet de luxe destiné à accueillir les amateurs de plein air qui souhaitent l’établir dans un contexte de vie en nature. C’est d’ailleurs la raison qui a poussé les promoteurs à baptiser le concept «Sortez de chez vous». «C’est vraiment destiné à la vie en nature, aux amateurs de plein air qui souhaitent l’implanter dans un milieu naturel, sur le bord d’un lac par exemple», résume M. Letendre, précisant qu’un modèle complètement équipé des électroménagers et des commodités sera livré et installé pour la somme d’environ 125 000 $.

«Le problème c’est que quand on parle d’un conteneur maritime, les gens voient une grosse boîte de métal avec des graffitis dessus, installée dans une cour arrière. Mais notre modèle ne fait pas mal à l’œil, au contraire. C’est très design et très tendance. C’est une question d’éduquer les municipalités, qu’est-ce que c’est exactement, leur montrer notre produit et à ce moment ce n’est plus un obstacle», indique Denis Letendre.

D’ailleurs, des approches du côté de Saint-Côme ont récemment permis à l’entreprise d’obtenir des ententes pour l’implantation d’un projet en partenariat avec un promoteur, la municipalité ayant accepté de revoir son règlement d’urbanisme. À Beauport, un modèle de maison-conteneur a aussi été implanté en exposition et la Ville pourrait, dans un futur rapproché, changer sa réglementation pour permettre l’implantation de ces résidences principales.

Région
Dans les principales villes de la région, il est présentement interdit d’établir une telle construction sur le territoire. À Trois-Rivières, le règlement sur le zonage interdit l’utilisation à titre de bâtiment principal ou accessoire de wagons, de tramways, de boîtes de camion, de conteneurs, de bateaux, d’autobus, d’avions ou autre véhicule. Même son de cloche du côté de Shawinigan, où les conteneurs comme résidence principale sont également interdits.

Le maire de Trois-Rivières Yves Lévesque, présent lors de l’ouverture d’Expo-Habitat, n’a pas caché qu’il trouvait le concept très esthétique, mais que le règlement actuel ne permettait tout simplement pas son implantation. «Présentement, ce ne serait pas possible. Je trouve ça très joli et il y a un potentiel, c’est certain. Possiblement plus en milieu de villégiature, il y a clairement un marché pour ça. Est-ce qu’il y aurait un marché chez nous? Je ne sais pas. Si un promoteur arrivait et nous présentait un projet intégré et structuré dans un secteur boisé ou de villégiature, c’est certain qu’on l’étudierait pour voir si ça peut fonctionner. Mais à l’heure actuelle, ce n’est pas possible», indique-t-il.

À Nicolet, une telle construction est également interdite dans le règlement actuel. Toutefois, le responsable des communications à la Ville, Sébastien Turgeon, ne cache pas qu’une réflexion s’impose. «Évidemment, ça pique notre curiosité parce qu’il y a une tendance vers les maisons minimalistes. Nous allons nous documenter à savoir où le concept a déjà été implanté», fait-il savoir.

La Ville de La Tuque a quant à elle modifié son règlement municipal en 2017 afin de permettre l’usage de conteneurs maritimes, mais uniquement comme bâtiment accessoire. Il n’est donc pas possible d’y aménager une maison, mais plutôt un garage par exemple, précise la directrice des communications Hélène Langlais. Toutefois, l’installation doit avoir été modifiée et habillée pour un côté plus esthétique. Ces aménagements ne sont cependant pas permis dans le périmètre urbain de La Tuque. La Ville possède également un quartier où l’installation de mini-maisons est permise. Si une demande devait être présentée pour y installer une maison-conteneur, la demande serait étudiée au cas par cas, mais aucune demande en ce genre n’a jamais été présentée, ajoute Mme Langlais.

À l’Union des municipalités du Québec, difficile de répertorier les municipalités membres qui pourraient permettre ce genre de construction. Le poste-parole de l’UMQ, Patrick Lemieux, reconnaît que la question devra être posée à moyen terme, étant donné l’engouement pour le minimalisme. «Il n’est pas impossible qu’on approfondisse notre réflexion là-dessus, parce qu’il s’agit clairement d’un enjeu pour lequel nous risquons d’être interpellés au cours des prochaines années», souligne M. Lemieux.