Le premier anniversaire de la Maison Aline-Chrétien a été souligné notamment avec les témoignages de Francine Perron (à gauche) et de Martin Gélinas (à droite). Au centre, le docteur Gaétan Bégin, directeur médical et Lise Landry, présidente de la Corporation des Trois colombes.

Maison Aline-Chrétien: les attentes sont comblées

SHAWINIGAN — Au-delà des statistiques, la Maison Aline-Chrétien est déjà parvenue, après une année d’existence, à envelopper ses murs d’une bienveillance qui apaise les derniers moments de la vie des bénéficiaires. Cette ambiance comble les instigateurs de ce projet, qui rappellent toutefois que le défi du financement demeure costaud malgré la générosité des donateurs.

La Corporation des Trois colombes, qui gère cette maison de soins palliatifs, a dressé un bilan de cette première année, mardi après-midi. Cet exercice a été marqué par le témoignage de deux personnes qui ont vécu de près la qualité des soins reçus par un proche au cours des derniers mois.

Francine Perron a traversé une montagne russe d’émotions l’été dernier, lorsque son frère Claude a été admis à la Maison Aline-Chrétien le 15 août, après quelques jours l’hôpital. Ô surprise, un mois plus tard, il en ressortait ragaillardi et obtenait la permission de retourner chez lui!

En décembre, il est toutefois admis à nouveau à la Maison Aline-Chrétien, où il a rendu son dernier souffle à la fin janvier.

Le docteur Gaétan Bégin, directeur médical, a observé plusieurs cas de personnes qui reprenaient goût à la vie dans ce nouvel environnement.

«Certains ne mangeaient plus, ne buvaient plus, ne marchaient plus en arrivant ici. Tout d’un coup, ils se remettent à manger, à boire, à prendre des forces. Il y a une énergie spéciale qui règne ici.»

Mme Perron raconte que pour la famille également, l’hébergement d’un mourant à cette maison fait toute une différence. «Lorsqu’on allait à l’hôpital, on disait qu’on allait voir Claude. Quand on venait à la Maison Aline-Chrétien, on disait plutôt qu’on allait chez Claude. Ça en dit long sur les liens qui se sont créés.»

Pour Martin Gélinas, c’est son père Marc qui a vécu ses derniers moments dans cette maison. Lui non plus ne ménageait pas les superlatifs pour encenser la qualité de l’environnement et l’attention du personnel.

«Mon père est mort dans la sérénité», partage-t-il. «Il faut que la population sache que ce qui se passe ici, c’est merveilleux et c’est accessible à tout le monde.»

Pour le docteur Bégin, l’âme qui fait vibrer cette demeure de huit chambres correspond parfaitement à ce qu’il souhaitait créer.

«C’est même au-delà de nos attentes», témoigne-t-il. «Ceux qui ont été à l’hôpital ont pu établir une comparaison et ils voyaient une énorme différence. Les soins sont les mêmes, mais l’atmosphère qui règne, le prolongement de la famille font que les gens se sentent confortables.»

«Pour nous, c’était un peu l’inconnu», renchérit Lise Landry, présidente de la Corporation des Trois colombes. «Nous avons ajouté des éléments au fur et à mesure pour que la maison réponde aux besoins des gens. Nous aurons bientôt une grande terrasse à l’extérieur, où nous pourrons sortir les lits. Ce n’est pas parce qu’une personne est alitée qu’elle ne pourrait pas profiter de l’air, des espaces boisés, de la rivière.»

Le docteur Bégin souhaite simplement reproduire l’ambiance qu’on peut retrouver dans n’importe quel foyer.

«On ne sent pas la mort, ici», réfléchit-il. «On sent la vie. C’est comme ça que je vois une maison de soins palliatifs.»

Le 15 juin, une activité commémorative pour les familles a été organisée à la Maison Aline-Chrétien. Pas moins de 200 personnes s’y sont présentées, confirmant la qualité de la relation qui s’établit avec le personnel pendant ces séjours.

Défi constant

Depuis la fin avril 2018, 154 personnes sont passées par cette maison de soins palliatifs. Une dizaine d’entre elles se qualifiaient pour l’aide médicale à mourir. Un peu plus de 80 bénévoles ont consacré 7975 heures au bon fonctionnement de la Maison Aline-Chrétien.

Mme Landry estime qu’il reste du travail à faire pour que la population comprenne bien qu’il s’agit d’un service gratuit. Bien que le ministère de la Santé et des Services sociaux garantisse une aide financière annuelle pour absorber une partie des frais d’exploitation, les responsables se demandent s’il ne serait pas opportun de réclamer une couverture plus complète afin de diminuer la pression sur les campagnes de financement.

«Le gouvernement dira-t-il, un jour, que c’est préférable de financer le service au complet des maisons de soins palliatifs, parce que ça coûte moins cher de finir ses jours ici qu’à l’hôpital?», questionne le docteur Bégin. «On espère que ça va se faire un jour.»