Jean-Guy Doucet avait été élu maire de Saint-Léonard-d’Aston en 2017.
Jean-Guy Doucet avait été élu maire de Saint-Léonard-d’Aston en 2017.

Mairie de Saint-Léonard-d'Aston: Jean-Guy Doucet remet sa démission

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Saint-Léonard-d’Aston — Le maire de Saint-Léonard-d’Aston, Jean-Guy Doucet, a remis sa démission, le 10 août, à la suite d’une réunion houleuse du conseil tenue le 13 juillet dernier, une réunion qui s’est terminée sur une mauvaise note et des jurons à la suite d’une mésentente entre le maire et ses six conseillers.

L’enregistrement de la séance, qui s’est déroulée par téléphone, figure sur le site web de la municipalité. On peut entendre que dès que le ton monte entre eux, Jean-Guy Doucet menace de démissionner et indique qu’il veut faire intervenir le ministère des Affaires municipales pour arbitrer le dossier.

Le cœur de cette mésentente, c’est un terrain à vendre en vue de la construction d’un édifice par un promoteur. Une étude de sol réalisée afin de conclure cette transaction démontre qu’en cas de tremblement de terre, le sol en question pourrait se liquéfier, ce qui représenterait un danger pour le futur immeuble. Une autre étude de sol, au coût de 12 000 $, s’impose donc afin de mieux documenter les risques et sécuriser toutes les parties dans ce projet.

L’ingénieur civil au dossier estime qu’il est préférable de faire cette démarche, car le Code du bâtiment de même que son ordre professionnel le dictent. «C’était recommandé lors de notre premier rapport», précise Félix-Antoine Martin de l’entreprise trifluvienne Géocivil. Une solution sur pieux aurait pu contourner le problème, explique-t-il, «mais ça ne s’avérait pas économique, donc le promoteur nous a demandé de pousser un peu plus les analyses», explique-t-il.

Le conseil municipal est unanime pour poursuivre l’analyse, mais le maire estime que ce n’est pas à la municipalité de payer. «Pourquoi ils ne paient pas, eux?», demande-t-il en ajoutant que selon ses propres informations, il suffirait de compacter le sol et de mettre un système de drainage en dessous.

Le conseil n’est pas d’accord, d’autant plus que le maire n’a pas participé aux discussions avec le promoteur tout juste avant la tenue de leur réunion. On ne peut pas se permettre de vendre un terrain en sachant que le sol pourrait se liquéfier, argumentent alors les conseillers.

«J’ai une lettre d’intention et une offre d’achat», plaide le maire, ce à quoi ses conseillers plaident que si la nouvelle étude n’est pas plus rassurante que la première, au sujet de la portance du sol, le promoteur ne sera peut-être plus intéressé. Peu importe qui achètera le terrain, il faudra un étude de toute façon, plaide l’équipe.

Dans le feu de la discussion, Jean-Guy Doucet brandit alors son droit de veto dans le but de prolonger les discussions sur ce dossier.

C’est là que le ton monde. Après 1h30 de discussions entre eux et une rencontre avec le promoteur la journée même, les conseillers estiment qu’ils ont fait leurs devoirs et que leur décision est justifiée. «Tu suis la track ou tu débarques», lance abruptement un conseiller au maire Doucet.

Lorsque M. Doucet tire de son bord de la couverture en disant qu’il s’est beaucoup renseigné sur le dossier en question, les conseillers s’en trouvent fort offusqués. «Nous autres, on est juste des trous de culs?», fulmine le même conseiller.

«On vire en rond. On n’a pas le choix de la faire» (cette étude) argumente-t-on autour de la table.

Devant le barrage qui se dresse contre lui, Jean-Guy Doucet brandit alors le spectre de sa démission. «Si vous en êtes là, je vais lâcher tout simplement», laisse-t-il tomber. Le maire indique qu’il n’a pas confiance en la manière dont le dossier est mené.

Jean-Guy Doucet a donc remis une lettre de démission au conseil lundi. Il a confié au Nouvelliste que les choses se dégradaient de plus en plus entre lui et son équipe depuis quelque temps. «J’aurais voulu qu’il y ait une conciliation par le ministère des Affaires municipales, mais le conseil ne veut pas», dit-il. «On n’a pas la même vision du travail», estime-t-il en ajoutant qu’il n’apprécie pas du tout l’impolitesse dont certains ont fait preuve à son endroit au sein du conseil.

«À ce stade, je ne peux plus ramer à contre-courant. Il s’agit pour moi de préserver mon intégrité, ma santé», écrit-il dans sa lettre de démission. «J’ai tenté avec beaucoup d’effort d’instaurer ce climat de confiance basé sur des valeurs d’écoute, de transparence, de respect et d’équité qui m’ont toujours guidé dans les défis que j’ai relevés dans ma carrière», ajoute-t-il.

Rappelons que l’homme de 75 ans, qui en était à sa première expérience en politique municipale, avait reçu, en 2018, la Médaille du souverain des mains de la Gouverneure générale Julie Payette pour son rôle de président du conseil d’administration de Moisson Mauricie/Centre-du-Québec de 2011 à 2017. Parmi ses nombreuses implications bénévoles, il a été aussi président de Récupération Mauricie de 2003 à 2012.

La directrice générale de Saint-Léonard-d’Aston, Galina Papantcheva, a indiqué au Nouvelliste que si M. Doucet avait démissionné en novembre, on aurait pu éviter une élection partielle ainsi que les coûts que cela représente, car nous aurions été à un an des élections générales. Déjà, dit-elle, les effets de la COVID ont été très difficiles sur le budget de la municipalité.

Le maire suppléant Réjean Labarre, n’était pas disponible pour nous parler, mardi, préoccupé plutôt à faire les démarches nécessaires pour pouvoir assumer pleinement de nouvelles responsabilités tout à fait inattendues.