Andrée Michaud, Sylvie Ouellet, Robert Lafond et Andrée Côté dénoncent le manque de soins prodigués à leurs proches qui vivent au CHSLD Cloutier-du Rivage. Ces personnes sont accompagnés (à l’arrière) de Claude Audy, de la FSSS-CSN.

«M. Barrette, faites vos devoirs»

Trois-Rivières — Des familles de résidents du CHSLD Cloutier-du Rivage ajoutent leurs voix à la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN pour demander au gouvernement de régler une fois pour toutes la pénurie des préposés aux bénéficiaires qui engendrerait une diminution des services.

Des représentants de plusieurs familles sont sortis publiquement, lundi matin à Trois-Rivières, afin de critiquer le manque de soins qu’ils affirment observer: résidents en jaquette durant toute une journée, bains remis, heures de repas à la va-vite. Ces enfants et époux de résidents soutiennent que la situation doit changer, car ce sont ces gens qui prennent souvent la relève des préposés aux bénéficiaires pour prendre soin de leur mère ou de leur épouse.

Andrée Michaud prend soin de sa mère de 89 ans arrivée à ce CHSLD en 2014. Mme Michaud note que les cas se sont alourdis, ce qui a le même effet sur la tâche des préposés aux bénéficiaires qui doivent souvent se débrouiller à effectif réduit, dit-elle.

«Les préposés aux bénéficiaires sont à bout. M. Barrette (Gaétan, le ministre de la Santé), assoyez-vous avec votre monde et faites vos devoirs», raconte Mme Michaud, qui dénonce non seulement la pénurie de préposés, mais le fait que ces derniers peuvent travailler sans avoir de poste et être déplacés d’un CHSLD à l’autre, ce qui n’aide pas à rassurer des résidents ayant besoin d’une certaine routine.

Mme Michaud ajoute que malgré cette situation, la note pour vivre dans un CHSLD augmente d’année en année.

«Il y a plus de coûts, mais il y a moins de préposés, donc moins de soins avec une population plus lourde. Ce sont de bons préposés, on ne veut pas les perdre et on en veut d’autres.»

Robert Lafond, 80 ans, rend visite tous les jours à son épouse qui vit à ce CHSLD depuis six ans. Il habille son épouse et la faisait manger régulièrement jusqu’à tout dernièrement: il est victime d’une récidive de cancer et il ne lui resterait plus beaucoup de temps à vivre.

«Les préposés sont débordées. Le 10 janvier, il y avait deux préposés au lieu de six. Ma femme a l’Alzheimer et ne voit plus clair, mais elle me reconnaît. Ce qui m’inquiète est de ne plus être là pour m’occuper d’elle», mentionne-t-il avec émotion.

Sylvie Ouellet, dont la mère de 93 ans est aussi une résidente de ce centre d’hébergement, soutient qu’il y a quelques jours à peine, le CHSLD était à court de 11 paires de bras (sur 30 préposés). L’information a été confirmée par le CIUSSS.

«Je suis là six jours par semaine. Il faut les faire souper, le lit n’est pas fait. On demande à la préposée pour les lits, elle nous demande de faire des plaintes. On a porté plainte», raconte Mme Ouellet, qui aimerait bien que les coûts pour les services non dispensés soient remboursés . «Les préposés aux bénéficiaires sont épuisées. Est-ce que je dois passer toute la journée pour aider?», se demande Andrée Côté, qui se déplace régulièrement à ce CHSLD pour prendre soin de sa mère de 98 ans.

Ce n’est pas d’hier que la pénurie de préposés aux bénéficiaires est décriée par la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN). Les efforts consentis au cours des derniers mois par le Centre intégré universitaire de santé et services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec sont insuffisants pour trouver les quelque 300 préposés nécessaires, croit Claude Audy. Voilà pourquoi cette sortie de familles devrait aider à faire bouger les choses.

«Les familles ont le plus gros pouvoir et M. Barrette comprend un seul signal, le pouvoir des électeurs», constate le vice-président régional de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN).

Ce mouvement de protestation locale pourrait prendre de l’ampleur, estime M. Audy. Il prévoit que le syndicat tiendra d’ici fin février un grand rassemblement pour amener davantage de gens à dénoncer ce que les instances syndicales déplorent depuis cinq ans.