L’usine WestRock de La Tuque emploi 470 personnes.

L’usine WestRock menacée par le projet BELT à La Tuque?

La Tuque — Le projet de bioraffinerie de Bioénergie La Tuque (BELT) pourrait menacer l’avenir de l’usine WestRock à La Tuque et les centaines d’emplois qui s’y rattachent. Le directeur de l’usine, Pierre Pacarar, a soulevé de grandes inquiétudes en lien avec ce projet et il a rappelé que WestRock était en total désaccord avec l’implantation d’une bioraffinerie de l’ampleur proposée actuellement par les promoteurs.

«Il y a beaucoup d’annonces, beaucoup d’engouement. Le projet semble vouloir prendre forme. Il fallait être clair qu’on s’y oppose […] Ce projet-là est contraire aux intérêts de l’usine et des gens en Haute-Mauricie», affirme Pierre Pacarar, directeur général de l’usine de La Tuque.

Les grandes inquiétudes avancées par WestRock face au projet BELT sont, entre autres, quant à son approvisionnement en fibres, «qui compromettrait à moyen terme la viabilité de notre usine».

«De même, nous tenons également à vous rappeler que face à cette menace, nous vous avions indiqué être en total désaccord avec l’implantation d’une bioraffinerie de l’ampleur de celle proposée par BELT, à La Tuque», écrivait Pierre Pacarar dans une lettre remise au Nouvelliste.

Le directeur général de l’usine WestRock, le plus gros employeur privé de La Tuque, a expliqué avoir été impliqué de près au tout début de la mise en place du projet.

«Le concept était de faire une récolte des branches en forêt, d’y faire une certaine transformation et de se retrouver avec un biocarburant que l’usine pourrait utiliser. On voyait ça d’un bon œil».

Par ailleurs, il soutient que le projet a pris une dimension différente de celle qui avait été discutée au début.

«On est parti d’un petit concept régional à une bioraffinerie qui prendrait un volume de fibres qui est sensiblement le même qu’on utilise à l’usine annuellement. C’est une envergure totalement différente. À notre avis, bien que ce volume soit théoriquement disponible en forêt, en branches et en résidus forestiers, il est impraticable au niveau économique. Ce qui va arriver, c’est qu’un coup qu’on va avoir une bioraffinerie ici-même en Haute-Mauricie, cette nouvelle entreprise-là va compétitionner directement pour avoir la matière ligneuse qu’on utilise ici à l’usine de La Tuque».

«On peut tous s’imaginer ce qui pourrait arriver […] Le coût de la matière ligneuse est très important, on ne peut pas vivre une flambée des prix ou une rareté», note Pierre Pacarar.

Ce dernier soutient qu’il va devoir avoir beaucoup de fibre pour faire tout le biocarburant qui pourrait «justifier 1 milliard de dollars d’investissement».

Le dirigeant de WestRock n’est pas sans rappeler les investissements importants qui ont été faits à l’usine de La Tuque et qui avoisinent les 35 millions de dollars dans la dernière année.

«On est sur une belle lancée présentement, il y a des investissements majeurs qui ont lieu. On est à moderniser notre usine. On a des plans aussi pour poursuivre notre modernisation, on ne veut pas risquer ça. On a un avenir ici en Haute-Mauricie», insiste-t-il.

Pierre Pacarar ne veut pas être alarmiste, il espère plutôt que les gens vont être rassurés par son message.

Pierre Pacarar pense que l’arrivée du projet BELT pourrait menacer l’avenir de l’usine.

«On veut qu’ils soient rassurés qu’on veille à leurs intérêts. On pense au fait que ces gens-là ont décidé de se joindre à nous et qu’on fait tout ce qu’on a faire pour qu’ils puissent s’épanouir ici, eux, leur famille et leur communauté. J’espère que ce sera un gage de confiance».

Retrait de la chambre de commerce

D’ailleurs, WestRock s’est retiré de la Chambre de commerce et d’industrie du Haut Saint-Maurice (CCIHSM). La position favorable de la CCIHSM concernant le projet ne leur a laissé aucun choix, estime Pierre Pacarar, qui ne voulait pas créer de confusion et d’incongruité. On ne souhaitait pas parler des deux côtés de la bouche.

«La chambre de commerce, qui nous représente, se prononce en appui à ce projet-là quand, au préalable, on avait eu des discussions et on avait fait connaître notre position… On s’attendait à une certaine neutralité. On n’avait plus vraiment le choix d’annoncer de façon très officielle qu’on se retirait», affirme Pierre Pacarar.

«Selon nous, la Chambre se doit de demeurer neutre dans un contexte ou des membres ont des visions et des attentes diamétralement opposées. Au contraire et force est d’admettre que par la position de son président, la Chambre ne représente plus notre position dans ce dossier de première importance […] Nous espérons que notre retrait remettra en question la position de la Chambre face à un projet que nous croyons des plus néfastes pour la Haute-Mauricie», a-t-il noté.

Les craintes de WestRock ne datent pas d’hier. Déjà en mars 2017, Pierre Pacarar avait soulevé de grandes inquiétudes face au projet.

Le président de la CCIHSM et président de BELT, Patrice Bergeron, n’a pas voulu émettre de commentaires, mercredi. Les deux organisations devraient par contre réagir, jeudi.

Le maire de La Tuque pour sa part a affirmé que le projet de bioraffinerie devrait avoir l’accord du milieu.

«On a toujours dit que ce projet-là devait se faire en collégialité avec les industries sur place. […] Ce sera à BELT à convaincre le milieu et donner peut-être des garanties à l’effet que ça ne menacera pas l’usine actuellement», a indiqué Pierre-David Tremblay.

Ce dernier a d’ailleurs rencontré les dirigeants de BELT, les investisseurs et des représentants de la nation atikamekw cette semaine. Il considère que le projet est encore latent et qu’il y a du travail à faire.

«J’ai dit à ces gens-là: ‘‘Ne me mettez pas devant un choix’’ par rapport au projet ou à l’usine. Parce que ma réponse va être claire, je vais préférer ‘‘un tu as que deux tu l’auras’’. Cette usine-là a plus de cent ans et elle a fait vivre les gens de génération en génération. Elle se modernise, elle est présente dans le milieu, elle achète dans le milieu et elle est synonyme de développement économique», a-t-il ajouté.

BELT réagit

La sortie de WestRock a surpris Bioénergie La Tuque. Le directeur général, Patrice Mangin, estime que les craintes ne sont pas justifiées. Il invite d’ailleurs Pierre Pacarar à s’asseoir avec BELT afin de créer une synergie. «J’ai demandé à Pierre Pacarar de me rencontrer pour discuter de ça, il ne m’a pas répondu. C’est dommage. Sa vision et son analyse des choses, il faudrait qu’il les précise. On ne touche pas à la même fibre que lui, on ne va pas chercher dans ses approvisionnements. On va chercher des résidus forestiers […] On fait extrêmement attention dans le montage du projet de ne pas pénaliser l’industrie existante», lance M. Mangin.

«Il fait peur aux gens sans donner de vraies raisons […] S’il veut en débattre publiquement, on va le faire, mais je préférerais qu’on s’entende entre nous. Au contraire, il y a un paquet de synergies possibles entre les deux usines qui serait gagnant-gagnant. Pour ça, il faut s’asseoir et discuter ensemble», ajoute-t-il.

Le directeur général de BELT n’était pas au courant des déclarations de Pierre Pacarar lorsque nous lui avons parlé.

«Les résidus que l’on veut aller chercher en forêt, personne ne va les chercher, alors pourquoi il dit que ça met en danger l’usine? Au contraire, une nouvelle usine va créer davantage de services et l’offre sera plus générale. Ça va avantager tout le monde».