Guy Bourassa, président et chef de la direction de Nemaska Lithium, s’attend à préciser les échéanciers du projet en mai au plus tard.

L'usine Nemaska à Shawinigan sur pause en attendant le financement additionnel

SHAWINIGAN — Toujours en recherche de financement pour rencontrer les dépassements budgétaires de 375 millions $ annoncés en février, Nemaska Lithium a annoncé, lundi matin, un resserrement de ses activités jusqu’à la confirmation de l’obtention de ce montant additionnel. En conséquence, la construction de l’usine commerciale de Shawinigan sera «suspendue» pour une période indéterminée, ce qui n’empêchera toutefois pas la poursuite des travaux d’ingénierie de détail.

Guy Bourassa, président et chef de la direction de l’entreprise minière, ne peut encore confirmer si cette décision repoussera à nouveau la mise en exploitation de ce complexe, qui produira de l’hydroxyde et du carbonate de lithium de haute pureté pour la fabrication de batteries. Pour le moment, la fenêtre du deuxième semestre de 2020 tient toujours, mais l’entreprise devrait pouvoir confirmer cet échéancier un peu plus tard au printemps.

«On ne saura pas les détails avant d’avoir une meilleure vision sur la date de clôture du financement», indique-t-il. «Ce que je maintiens, c’est que nous devrions avoir un meilleur aperçu vers la mi-mai, lorsque nous communiquerons nos résultats trimestriels se terminant le 31 mars.»

D’ici là, l’énergie sera principalement déployée sur l’avancement de l’ingénierie de détail en ce qui concerne le projet d’usine commerciale sur le site de l’ancienne papeterie Laurentide. M. Bourassa estime que sur ce plan, environ 50 % du travail est complété. L’objectif consiste à augmenter cette proportion à 75 % avant de poursuivre les travaux de construction et d’installation.

«Nous avons des contrats de génie civil, de bétonnage, de structure qui pourraient repartir plus rapidement, parce que l’ingénierie, là-dessus, est déjà connue», précise M. Bourassa. «Pour le moment, il nous reste environ 38 pieux à installer et quand ce sera fait, on arrête tout.»

Même raisonnement en ce qui concerne l’exploitation de la mine Whabouchi, dont la construction et complétée à environ 60 %, selon le président et chef de la direction de Nemaska Lithium. Normalement, les activités devraient débuter à l’automne. Mais au cours des prochaines semaines, le rythme de construction «sera adapté» à l’attente de financement.

Toujours optimiste

Les investisseurs et les analystes avaient durement jugé la nouvelle sur les dépassements de coûts le 13 février dernier, moins d’un an après avoir annoncé la clôture d’un financement de 1,1 milliard $ pour la réalisation du projet minier, incluant les infrastructures du site Whabouchi et celles de l’usine commerciale de Shawinigan. Malgré ces turbulences, M. Bourassa garde un discours enthousiaste. Il rappelle que les actifs de la société conservent une excellente valeur et que la qualité de l’hydroxyde de lithium produit par l’usine de phase 1, exploitée depuis maintenant deux ans, continue de rencontrer les attentes.

«Nous sommes très positifs», assure-t-il. «Nous avons reçu, de l’un des plus importants fabricants indépendants de sels de lithium, des commentaires selon lesquels ils n’ont jamais vu un produit de cette qualité sur le marché pour une production à grande échelle. Nos employés de l’usine phase 1 étaient très fiers de leur travail.»

Ces éloges proviennent de l’entreprise Leverton Lithium Chemicals, du Royaume-Uni. Il s’agit de l’un 22 clients ayant reçu des échantillons de 450 grammes à 350 kilogrammes de l’usine phase 1 envoyés en février.

«Cette entreprise fait des produits à base de sels de lithium», explique M. Bourassa. «Elle reçoit du matériel de partout dans le monde. Ils connaissent tous les producteurs et toutes les qualités. Quand l’entreprise me dit que la qualité est excellente et qu’elle doute que ça puisse être surpassée, ça confirme que notre procédé électrochimique fait un excellent produit sur une base constante.»

Le haut dirigeant rappelle que Nemaska Lithium ne se retrouve pas seule dans le bateau des dépassements de coûts d’un projet industriel de cette envergure.

«Ce sont des choses qui arrivent», philosophe-t-il. «On ne se tirera pas en bas du quai pour ça! C’est surtout qu’il faut être capable de contrôler ces dépassements, de réaliser ce qui se passe et de prendre les mesures appropriées pour éviter que ça se reproduise.»

Au cours du dernier mois, Nemaska Lithium a annoncé diverses actions pour analyser les avenues qui s’offrent à la jeune société pour relever le dernier défi. Ainsi, Clarksons Platou Securities et la Financière Banque Nationale étudient les possibilités de financement par capitaux propres et même, de fusion-acquisition.

La société a également accueilli Jacques Mallette et Luc Séguin sur son conseil d’administration. Lundi, elle a annoncé la nomination de Robert Beaulieu à titre de vice-président, Opérations, qui devient responsable de la supervision de la construction de la mine Whabouchi et de l’usine commerciale de Shawinigan. Également, Ronald Bougie devient vice-président, Ingénierie et construction. Le même homme était venu à la rescousse du controversé projet Ciment McInnis, en 2016.

Aucune inquiétude selon Angers

L’interruption des opérations d’installation et de construction de l’usine commerciale de Nemaska Lithium à Shawinigan n’inquiète pas le maire, Michel Angers, convaincu que ce projet est maintenant beaucoup trop avancé pour qu’il puisse être en danger. Il reconnaît
toutefois qu’il s’attend à ce que la mise en exploitation de cette division soit retardée de «quelques mois».

«Pour faire une mine, ça prend de la transformation et la transformation, ça va se faire à Shawinigan», résume M. Angers. «Investissement Québec n’acceptera jamais d’avoir donné tout cet argent dans un produit qui s’en irait ailleurs.»

Rappelons qu’en mai 2018, le gouvernement provincial avait annoncé un investissement de 130 millions $ dans ce projet, soit 80 millions $ en actions ordinaires par l’entremise du fonds Capital Mines Hydrocarbures et 50 millions $ en obligations garanties, provenant de Ressources Québec.

Au 31 décembre 2018, Nemaska Lithium avait engagé plus de 200 millions $ pour l’ensemble de son projet, dont 67,3 millions $ à l’usine électrochimique de Shawinigan.

«Il y a déjà beaucoup d’argent investi», fait remarquer le maire. «On revoit les séquences de construction. Il y a eu des dépassements de coûts et ils n’en veulent plus. Ils ajustent leur plan. Il n’y a pas d’inquiétude, mais ça va retarder de quelques mois.»

Pour le maire, la période la plus critique de ce projet correspondait à la mise en exploitation de l’usine phase 1, en 2017. Il s’agissait de voir si la qualité de l’hydroxyde de lithium produit répondrait aux attentes, ce qui a été maintes fois confirmé.