L’UQTR s’intéresse à l’enseignement en nature

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
La Tuque — Des chercheurs de l’UQTR s’intéressent à l’éducation par la nature. Ils documentent actuellement le sujet avec l’école primaire d’éducation internationale, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine à Trois-Rivières.

«La nature ne doit pas être juste un contexte, on doit utiliser les éléments naturels pour apprendre», lance la professeure et chercheure au Département des sciences de l’éducation à l’UQTR, Geneviève Bergeron.

Les chercheurs vont accompagner une équipe d’enseignants pendant les prochains mois. Ils s’intéresseront à la façon dont ils arriveront à faire en sorte que la nature ne soit pas seulement qu’un environnement d’apprentissage.

«On veut étudier comment la nature va prendre place, quels liens ils vont réussir à faire entre l’environnement naturel et les éléments du curriculum scolaire. Comment vont-ils utiliser les éléments naturels pour qu’ils deviennent une ressource pour l’apprentissage. Ça nous intéresse de documenter ça. Il ne s’agit pas juste d’aller dehors», explique-t-elle.

Les chercheurs documenteront également les obstacles rencontrés par ces enseignants qui tentent l’aventure et, à l’opposé, les leviers qui vont les aider.

«L’idée, c’est de ne pas refaire du traditionnel à l’extérieur, on ne veut pas retourner faire du papier crayon dehors. Ce n’est pas ça. Il y a beaucoup de principes sous-jacents à l’éducation par la nature», note le chargé de cours au département de psychoéducation et chercheur à l’UQTR et directeur général de Ex Situ Expérience, Sébastien Rojo.

«On s’intéresse à voir comment les enseignants peuvent aller à l’extérieur et transformer leurs pratiques pour être dans des approches où l’élève est vraiment actif dans son apprentissage. Ils ne sont pas en mode écoute, il faut créer des situations d’apprentissage où l’élève va avoir à explorer, où il va avoir à découvrir, où il va avoir à s’intéresser, donc on est plus dans une approche expérientielle et différente d’une approche traditionnelle où l’on va plutôt expliquer à l’enfant», ajoute-t-il en précisant que le succès repose entre autres sur la préparation.

À l’heure actuelle, il y a déjà un bassin de connaissances qui tendent à démontrer les bénéfices de ce type d’enseignement pour les enfants, des plus petits aux plus grands. C’est pourquoi les chercheurs s’intéressent plus particulièrement aux acteurs du milieu de l’éducation qui mettent en place des approches comme celle-là.

«Ce qui est motivant pour l’élève, c’est cet environnement naturel qui devient une source de motivation, une source d’engagement. Ils apprennent avec tous leurs sens. C’est stimulant pour les élèves. […] On a tout à gagner à sortir en repensant complètement les façons de faire. Il n’y a pas beaucoup d’enseignants qui ont cet élan pour aller dehors», soutient M. Rojo.

On se réjouit par ailleurs de voir pousser plusieurs initiatives dans la région et aux quatre coins de la province.

«L’ensemble des études qui se font à travers le monde amène au même constat, c’est qu’il y a des retombées positives sur le développement du jeune, sur le développement de l’apprentissage, même sur le climat de classe. Au niveau du développement de l’enfant, on a tout à gagner à aller à l’extérieur, autant pour son développement cognitif, affectif, social, moteur, mais surtout le développement du lien avec son environnement», assure Sébastien Rojo.

Ils prônent l’éducation par et pour la nature. Le but est également de créer des valeurs écologiques et environnementales chez les enfants.

«Il y a cet enjeu de reconnecter les enfants avec la nature aussi pour qu’ils s’y intéressent et qu’ils aient le goût d’en prendre soin. On est face à des enjeux écologiques planétaires importants. Il faut reconnecter avec la nature et avoir le goût d’en prendre soin. Pour ça, il faut lui accorder une valeur et il faut être bien», indique Catherine Bergeron.

L’expérience représente aussi un défi pour l’enseignant qui doit s’assurer du bien-être physique et de la sécurité des étudiants dans des conditions changeantes.

«Les enfants doivent absolument être dans une zone où ils se sentent confortables. Si on n’est pas bien préparé ou pas bien habillé, ça va devenir un obstacle pour la disponibilité de l’élève à l’apprentissage. Le climat doit être sécuritaire pour apprendre», souligne-t-elle.

Les deux chercheurs et leur collègue Mathieu Point, professeur et chercheur au Département des sciences de l’éducation de l’UQTR, s’intéressent aussi aux bienfaits de l’apprentissage en milieu naturel sur les élèves qui présentent des difficultés d’apprentissages ou de comportements.

«Ce que l’on sait, c’est que des approches comme celles-là semblent avoir un fort potentiel pour les aider au niveau de l’engagement et de la motivation. Ça peut les stimuler davantage. Il y a un potentiel», a conclu Mme Bergeron.