Les professeurs de l'UQTR sont en lock-out.

L’UQTR met ses professeurs en lock-out

Trois-Rivières — La direction de l’Université du Québec à Trois-Rivières a décrété un lock-out touchant l’ensemble de ses professeurs.

Depuis minuit mercredi, les professeurs ont donc cessé d’exercer leurs fonctions. Les cours qu’ils devaient donner seront suspendus jusqu’à la fin du lock-out. Par contre, ceux offerts par les chargés de cours auront lieu tel que prévu à l’horaire. Les autres employés sont également tenus de se présenter au travail selon l’horaire habituel.

Dans un communiqué émis en soirée mardi, l’UQTR soutient que cette décision était devenue «impérative afin de protéger la capacité de l’établissement de remplir sa mission, tout en préservant la qualité de l’enseignement et de la recherche». Elle précise qu’elle a avisé le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MÉES).

Toujours selon la direction, les négociations, qui se font en présence d’un conciliateur nommé par le ministère du Travail, achoppent sur plusieurs enjeux importants dont les salaires, le plancher d’emploi et la tâche des professeurs. Néanmoins, elle assure qu’elle tient à ce que les négociations se poursuivent et indique qu’elle souhaite que le lock-out se termine le plus rapidement possible.

«Cette décision responsable s’inscrit dans la volonté toujours affirmée de la direction de l’UQTR de protéger la réputation de notre établissement auprès du gouvernement et des communautés locales que nous servons, tout en assurant notre développement au cours des prochaines années. Ce faisant, nous pourrons continuer à recruter les meilleur(e)s professeur(e)s disponibles et à offrir ce qu’il y a de mieux à nos étudiant(e)s actuel(le)s et futur(e)s», peut-on lire dans le communiqué.

Afin de justifier sa décision, la direction a tenu à rappeler que la maison d’enseignement supérieur se trouve dans une situation financière difficile depuis quelques années et que des efforts ont été faits pour remédier à la situation, dont la mise en place d’un plan de redressement avec le MÉES afin de revenir à l’équilibre financier à l’intérieur d’une période maximale de cinq ans. De plus, une lettre d’entente sur la réduction des coûts de la convention collective a permis d’économiser près de trois millions $ au cours des deux dernières années. Fait à noter, cette entente prendra fin le 1er juin prochain.

«La bonne nouvelle est que nous pourrons respecter notre plan de redressement, revenir à l’équilibre budgétaire et maintenir nos services actuels, et ce, sans suppression ni compression des ressources humaines sur le plan des effectifs actuels, que ces personnes aient acquis ou non leur permanence. Le principal défi réside toutefois dans le fait que pour y parvenir, nous avons impérativement besoin de la compréhension et de la collaboration de toutes et de tous», soutient la partie patronale.

Rappelons que la convention collective est échue depuis le 31 mai 2017. Le 28 septembre 2017, la première proposition patronale a fait l’objet d’un rejet lors de l’assemblée générale du Syndicat des professeur(e)s. La direction soutient qu’une seconde proposition a récemment été rejetée massivement par le Conseil syndical du Syndicat des professeur(e)s, soit le 26 avril dernier. De son côté, le syndicat devait recommander, le 6 juin prochain, à ses membres de constituer une banque de grève de vingt jours. Ce mandat aurait été exercé à la discrétion du comité exécutif et selon le déroulement des négociations.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette annonce a pris le syndicat par surprise. Joint par Le Nouvelliste en soirée mardi, le vice-président aux relations de travail du Syndicat des professeur(e)s, René Lesage, n’a pas hésité à la qualifier de geste de panique.

«Il faut s’attendre qu’il y ait des choses comme ça qui se passent lors de négociations, mais c’est nettement injustifié. [...] L’action de l’Université est prématurée à ce moment-ci. Il faut comprendre que nous sommes dans un blitz de négociations actuellement. J’étais avec la partie patronale et le conciliateur vendredi [dernier] et j’ai demandé d’avoir plus de journées de négociations», mentionne M. Lesage.

Ce dernier souligne que certaines des demandes patronales sont inacceptables, notamment en ce qui a trait au nombre de cours qu’un professeur devrait donner dans une année. Présentement de quatre, la direction aimerait qu’il passe à cinq.

«Il y a des choses qui ne seraient acceptées dans aucune université. Cinq cours, ça ne se peut pas. C’est un principe fondamental. [...] C’est le ‘‘bottom line’’ sur lequel on ne peut pas flancher», poursuit celui qui participe aux négociations.

De plus, M. Lesage tient à rappeler le rôle capital que jouent les professeurs dans le développement d’une université, d’où les demandes syndicales concernant le plancher d’emploi.

«Une université, ça fonctionne principalement grâce aux professeurs. Si on développe des programmes, ce sont des professeurs qui le font. Si on développe la recherche, ce sont les professeurs. Tout ce qui développe une université passe par les professeurs [...] Je ne pense pas qu’on ait besoin d’un troisième cégep à Trois-Rivières», image-t-il.

Les membres du comité exécutif se rencontreront mercredi matin afin d’élaborer un plan, notamment en ce qui concerne l’établissement de lignes de piquetage sur le campus.