L’élection de Lucie DeBons dans le district du Rocher est finalement confirmée.

Lucie DeBons finalement élue

Shawinigan — Les irrégularités soulevées par René Fugère lors de l’élection du 5 novembre dans le district du Rocher n’ont pas convaincu le juge Pierre Labbé d’ordonner un nouveau dépouillement de votes. En conséquence, la conseillère sortante, Lucie DeBons, reprendra son siège à compter de la semaine prochaine.

Un petit suspense planait sur le conseil municipal de Shawinigan depuis que M. Fugère avait déposé sa requête, le 9 novembre. Battu par seulement 17 voix, il alléguait certaines irrégularités pour demander un deuxième recensement des votes. Sa requête avait été entendue lundi, au palais de justice de Shawinigan. Mercredi, la Cour du Québec a signifié que la demande était rejetée.

Le juge Labbé rappelle qu’à lui seul, un résultat serré ne constitue pas un «motif raisonnable suffisant» pour reprendre le décompte des votes. M. Fugère avait toutefois relevé certains éléments qui, dans son esprit, auraient pu modifier le résultat.

Ainsi, il notait que 2383 électeurs du district du Rocher avaient voté pour le maire, alors que 2388 personnes avaient choisi un conseiller. Puisque chaque électeur héritait de deux bulletins de vote, M. Fugère se demandait si certains d’entre eux avaient pu être inversés au moment de la compilation, surtout qu’ils avaient la même forme et la même couleur. Il se questionnait également sur les 45 voix rejetées dans ce district.

Le demandeur avait aussi rapporté qu’un électeur avait dû s’y prendre à deux fois pour exercer son droit. L’un de ses bulletins avait été déchiré accidentellement par le scrutateur. La fausse manœuvre s’était même produite une deuxième fois, mais le vote avait tout de même été déposé dans l’urne.

Enfin, la requête de M. Fugère reposait sur des «problèmes informatiques» observés à l’école Antoine-Hallé, l’une des deux sections de vote dans le district du Rocher le 5 novembre. Deux dames ont affirmé que ce contretemps avait incité plusieurs personnes à rebrousser chemin. 

À la lumière des témoignages entendus, le juge n’a pu identifier d’argument assez significatif pour reprendre le décompte. Ainsi, le nombre de votes différents exprimés pour le poste de maire et celui de conseiller «n’est pas un motif suffisant pour demander un nouveau dépouillement judiciaire», souligne-t-il. Surtout que cette prétention n’est basée que sur des hypothèses, comme la couleur identique des deux bulletins de vote qui aurait pu entraîner une confusion.

Le témoignage des deux dames n’a pas fait pencher la balance en faveur du demandeur, puisqu’elles ont pu voter malgré ce problème informatique. Selon le président d’élection, Me Yves Vincent, le bris en question ne touchait qu’un appareil à la table d’accueil. Il n’a duré qu’une trentaine de minutes et surtout, il ne perturbait pas l’action de voter, mais le processus d’identification de l’électeur. Or, cette opération pouvait être faite manuellement.

Le juge Labbé observe également que le pourcentage de bulletins rejetés ne détonnait pas dans le district du Rocher par rapport aux autres secteurs.

En fait, il admet que le bulletin déchiré d’un électeur pouvait contrevenir à la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités. «Cependant, cette irrégularité n’est pas déterminante, car elle ne concerne qu’un seul vote alors que l’écart entre le demandeur et l’intimé est de 17 votes», écrit le juge.

Pour ces motifs, la demande a donc été rejetée. Mme DeBons accueille évidemment la fin de cet intermède avec soulagement.

«Ça va beaucoup mieux!», laisse-t-elle tomber. «J’avais quand même une confiance énorme. Les irrégularités qui étaient mentionnées n’en étaient pas vraiment. Ses arguments n’étaient pas plausibles.»

N’empêche que tant qu’un juge n’a pas tranché, aucune certitude n’est permise.

«J’ai trouvé ça très dur», reconnaît Mme DeBons. «Il y a l’attente, mais aussi le fait de choisir un avocat et de ne pas être habituée aux palais de justice. C’était très stressant.»

«Je ne m’étais pas présentée comme conseillère pour vivre ça, mais pour faire avancer la ville», fait-elle remarquer. «C’est une expérience de plus, mais je m’en serais passée!»

Mme DeBons était demeurée à la maison lundi soir, pendant l’assermentation du conseil municipal de Shawinigan. Sa cérémonie se déroulera finalement juste avant la séance publique de mardi.

De son côté, M. Fugère ne cachait pas une évidente déception, mais par respect pour les 814 personnes qui avaient voté pour lui, il voulait en avoir le cœur net en entreprenant cette démarche.

«C’est le gars qui est assis en avant qui décide», commente-t-il. 

«Le système avait dit que Mme DeBons avait gagné et ça a été confirmé. Je la félicite pour la course et je lui souhaite bonne chance. La démocratie s’est exprimée, mais tellement de personnes me disaient que je devais demander un recomptage que je devais le faire, par respect pour eux et pour le système démocratique.»