L'hôtel de ville de Trois-Rivières.

Loi 62: résistance à l'horizon

Trois-Rivières — Même si Trois-Rivières n’est pas membre de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), les candidats à la mairie estiment, comme le regroupement des villes québécoises, que la loi 62 sur la neutralité religieuse, adoptée cette semaine à l’Assemblée nationale est difficilement applicable, voire inapplicable aux services municipaux.

«Les gens peuvent faire ce qu’ils veulent. Je suis d’accord que pour les permis de conduire et les assermentations les gens doivent avoir le visage découvert, mais nous ne sommes pas confrontés à ces questions à Trois-Rivières», soutient le maire sortant Yves Lévesque. «On fait un débat où il n’y en a pas.»

Yves Lévesque partage l’avis de l’UMQ lorsqu’elle dit que cette loi est inapplicable par les municipalités. Son adversaire à la mairie de Trois-Rivières, Jean-François Aubin, est du même avis. 

«On fait un débat où il n’y en a pas.» - Yves Lévesque
«Il faut que ce soit un peu plus clair.» - Jean-François Aubin

«On s’entend que ce n’est pas à Trois-Rivières que cet enjeu est le plus présent. Mais si ça arrive, comment fait-on appliquer ça?», se demande Jean-François Aubin. 

«Par exemple, les gens ne devraient pas avoir le visage caché dans l’autobus. Mais c’est quoi les normes, les balises et comment fait-on pour appliquer ça? Il faut que ce soit un peu plus clair. Il n’y aura pas de policier dans les autobus, c’est les chauffeurs qui vont devoir faire appliquer la loi. On ne peut pas demander à un fonctionnaire de faire appliquer cette loi.»

«Le gouvernement n’a pas tout inclus dans cette loi 62.» - André Bertrand

André Bertrand croit de son côté que la loi 62 est une première étape vers la neutralité religieuse, mais qu’elle entraîne quelques zones grises. «Les municipalités n’auront toutefois pas le choix de respecter la loi», affirme-t-il en ajoutant que l’application est très difficile. «À certains endroits, ça va être difficilement applicable. Mais le gouvernement n’a pas tout inclus dans cette loi 62. Des choses devront être remodelées.»

L’UMQ croit en effet que la loi 62 sur la neutralité religieuse, adoptée cette semaine à l’Assemblée nationale, est inapplicable aux services municipaux.

L’organisme estime que «compte tenu de la nature et de la grande diversité des services municipaux, la mise en œuvre de cette loi créera de nombreux malaises et problèmes au lieu de favoriser le vivre ensemble».

Le président de l’UMQ, Bernard Sévigny, explique qu’il faut plutôt trouver des solutions pour une meilleure intégration des immigrants, une meilleure gestion de la diversité et une plus grande inclusion.

Il rappelle que les municipalités offrent de nombreux services publics liés à la personne, notamment les services de loisirs, de culture et d’activités sportives. Il soutient que les employés municipaux seront placés dans une position «intenable» pour faire appliquer la loi 62.

À Montréal, le maire Denis Coderre a indiqué au premier ministre Philippe Couillard qu’il n’appliquera pas la loi 62 dans sa ville.

M. Coderre a déclaré à La Presse qu’il avait discuté avec M. Couillard vendredi matin, et qu’il lui avait fait part de ses réticences.

Pendant ce temps, le gouvernement fédéral envisage la possibilité de contester cette loi québécoise. Le premier ministre Justin Trudeau a affirmé vendredi que son gouvernement allait «prendre ses responsabilités», étudier «attentivement» la loi et «défendre les Canadiens».

Un retour à l’UMQ pour Trois-Rivières?

En 2015, Yves Lévesque avait surpris plusieurs personnes lorsqu’il avait annoncé le retrait de Trois-Rivières de l’UMQ. Il affirmait alors que Trois-Rivières ne retirait pas suffisamment d’avantages. Il soutient que le membership à l’UMQ ne vaut pas les 140 000 $ en frais annuels. «C’est quand même beaucoup d’argent. Si c’était mon argent, est-ce que je serais membre d’une organisation comme celle-là? J’ai dit non», soutient Yves Lévesque.

Le maire sortant ne ferme toutefois pas la porte à un retour éventuel à l’UMQ. Il faudrait, dit-il, que Trois-Rivières en retire des avantages. «J’évalue la situation chaque fois et on en discute», ajoute-t-il. «C’est l’argent des contribuables. Et nous avons quitté parce qu’on ne faisait pas de gains. On a perdu beaucoup d’argent au niveau des municipalités. On a eu l’odieux d’augmenter les comptes de taxes après ça.»

De son côté, Jean-François Aubin réintégrerait l’UMQ s’il est élu maire. Il soutient que Trois-Rivières aurait pu prendre part aux discussions entourant la loi 62 si elle était membre de ce regroupement des villes du Québec. 

André Bertrand souhaite aussi que Trois-Rivières réintègre l’UMQ. Il s’agit d’un de ses engagements. «On va pouvoir prendre part aux discussions. On ne sera pas isolé. Et juste en assurance, la Ville économiserait 300 000 $ en étant avec les autres municipalités de l’UMQ», affirme-t-il. 

Avec La Presse Canadienne