Plusieurs logements de Trois-Rivières présenteraient des problèmes d’insalubrité, de moisissure et de vermines.

Logements à Trois-Rivières: moins chers, mais en «piteux état»

Trois-Rivières — Le prix des logements parmi les plus bas au Québec et le taux d’inoccupation plus élevé qu’ailleurs peuvent sembler avantageux pour les locataires de Trois-Rivières. Cependant, ces données dévoilées par une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) cachent un parc locatif en «piteux état», selon le Comité logement de Trois-Rivières.

«Quand on voit l’état dans lequel ils [les loyers] sont, on comprend pourquoi ils ne sont pas chers», résume Carol-Ann Côté, coordonnatrice du Comité logement de Trois-Rivières.

C’est qu’au premier coup d’œil, l’étude de l’IRIS sur la crise du logement au Québec semble dresser un portrait positif du parc locatif de Trois-Rivières, en comparaison aux autres villes présentées dans le document. L’étude de l’IRIS révèle le taux d’inoccupation et le prix moyen des loyers de huit villes de la province, soit Trois-Rivières, Montréal, Québec, Gatineau, Sherbrooke, Saguenay, Rimouski et Rouyn-Noranda.

À Trois-Rivières, le taux d’inoccupation est de 3,9 %, alors que la moyenne québécoise se dresse à 2,3 %. Le taux considéré par plusieurs comme représentant un seuil d’équilibre est 3 %. De plus, le prix moyen d’un loyer à Trois-Rivières est de 575 $, soit le plus bas parmi les villes étudiées.

Le Comité logement de Trois-Rivières apporte par contre un bémol à ces chiffres. Insalubrité, moisissures, vermines, logements non terminés à l’arrivée de locataires...Carol-Ann Côté en voit de toutes les couleurs, et ce, au quotidien. L’organisme reçoit d’ailleurs jusqu’à 1500 demandes d’aide individuelles par année.

Des logements mal adaptés

Philippe Hurteau, chercheur à l’IRIS, convient que le taux d’inoccupation de 3,9 % à Trois-Rivières est une donnée générale et qu’elle peut être interprétée de différentes façons. «On pourrait aller fouiller dans certains quartiers, certains types de logement, il y a peut-être des réalités plus ciblées à aller voir», dit-il.

C’est d’ailleurs ce que défend Mme Côté. «Le parc locatif n’est pas représentatif des besoins des gens», explique-t-elle. Cette dernière explique notamment qu’il existe une différence importante entre les logements dont les prix sont plus élevés et ceux plus abordables, qui présentent souvent des problématiques.

«On a vraiment un clash entre les types de logements», indique Mme Côté. Elle affirme que le taux d’inoccupation de 3,9 %, qui est relativement élevé en comparaison avec le reste de la province, s’explique en grande partie par l’arrivée de tours à condos, de nouvelles constructions d’appartements et de résidences pour personnes âgées. «Oui, il y a des logements de disponibles, mais ça reste que les logements plus abordables pour les gens en situation de précarité, eux, n’augmentent pas. À ce moment-là, les gens se retrouvent dans des situations où ils n’ont pas d’autre alternative, donc ils vont demeurer dans des conditions qui sont insalubres ou pas adaptées à leur situation».

Contrer la crise du logement

Quelles sont les solutions à envisager afin de réduire l’impact d’un nombre de plus en plus restreint de logements disponibles au Québec? Philippe Hurteau et Carol-Ann Côté en viennent aux mêmes propositions: plus d’investissements dans les logements sociaux et une réforme de la Régie du logement.

M. Hurteau propose entre autres que la Régie du logement puisse fixer le prix des loyers au lieu de n’émettre que des recommandations, comme elle le fait actuellement. «Ça aurait un effet structurant pour limiter l’arbitraire des propriétaires qui peuvent augmenter souvent, malheureusement, à leur guise les loyers», dit-il. Mme Côté croit, de son côté, que les délais d’attente pour les plaintes soumises par les locataires à la Régie du logement devraient être revus et grandement diminués.

Une réglementation plus sévère pour les utilisateurs de plateformes comme Airbnb fait également partie des solutions mentionnées. À l’échelle du Québec, le taux d’inoccupation a chuté de 1,9 % dans les deux dernières années. À Trois-Rivières, pour la même période, il est passé de 6,2 à 3,9 %. La plateforme Airbnb aurait-elle eu une incidence sur ces données?

«Ça fait partie de l’équation», indique M. Hurteau, qui rappelle qu’Airbnb aurait retiré plus de 30 000 logements du marché au Québec, selon une étude de l’Université McGill. «Si je me loue un 7 1/2 en ayant à temps plein des touristes de passage dans une, deux ou trois de mes chambres, alors là c’est une famille qui n’a pas accès à ce 7 1/2 là pour que moi je puisse mener ma petite activité commerciale», illustre le chercheur.

M. Hurteau et Mme Côté considèrent donc que le gouvernement devrait mettre des mesures en place afin de contrer la crise du logement qui pourrait devenir permanente, selon l’IRIS.

«Il faut s’assurer qu’il y ait suffisamment de logements pour satisfaire la demande, suffisamment de logements sociaux, suffisamment de logements locatifs, et les gens qui ont les leviers d’intervention pour faire en sorte que ça se réalise, ils sont élus à Québec», conclut M. Hurteau.