L’Office québécois de la langue français rencontrera la Ville de Trois-Rivières pour discuter du nom et de l’affichage du bureau d’Open au centre-ville.
L’Office québécois de la langue français rencontrera la Ville de Trois-Rivières pour discuter du nom et de l’affichage du bureau d’Open au centre-ville.

L’Office québécois de la langue française formellement interpellé pour Open

Sébastien Houle
Sébastien Houle
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Après avoir déposé une plainte à l’Office québécois de la langue française (OQLF), dans le dossier de l’appellation Open du district entrepreneurial innovant, mis de l’avant par Innovation et Développement économique Trois-Rivières (IDE), la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie (SSJB) amène sa cause dans l’arène politique et invite ses membres et ses sympathisants à contacter personnellement leurs élus municipaux pour leur faire part de leur mécontentement.

Par le biais de sa dernière infolettre, diffusée le 6 février, de même que sur son site web, la SSJB interpelle ses membres en leur demandant d’écrire au maire Jean Lamarche, au directeur général d’IDE, Mario de Tilly, de même qu’à leur conseiller municipal pour leur signifier «leur désaccord quant à l’utilisation du mot anglais OPEN pour désigner le district entrepreneurial innovant de Trois-Rivières». Un hyperlien permet également de déposer soi-même une plainte à l’OQLF.

On se rappellera que dès l’ouverture du local d’Open, à l’automne 2019, des voix s’étaient fait entendre et se questionnaient sur le choix du nom de la nouvelle entité. La SSJB, par le biais de son président du comité de protection et de valorisation de la langue française, Roger Kemp, avait notamment qualifié l’initiative de «bonne idée mal ficelée».

Aujourd’hui, le directeur général de la SSJB, Guy Rousseau, ne s’explique toujours pas le choix de l’appellation Open. «Je ne sais pas ce qui leur a passé par la tête. On a complètement occulté la spécificité culturelle de Trois-Rivières», se désole-t-il.

S’il déclare être globalement admiratif du travail qu’accomplit l’organisme voué au développement économique de la ville, il voit dans le choix du nom Open une démarche d’amateur, relevant d’une culture entrepreneuriale dans l’air du temps.

Une rencontre a bien eu lieu il y a une dizaine de jours entre IDE et la SSJB pour tenter de trouver un terrain d’entente, relate M. Rousseau. Or, aucun progrès ne semble avoir été fait pour rapprocher les parties. «Qu’est-ce que tu veux faire, ils partent du principe qu’Open est un mot français?», déplore Guy Rousseau. «Mario de Tilly est un gars pragmatique, il comprend d’où l’on vient, mais lui il va suivre ce que le conseil lui dit de faire. Il va se plier à la réglementation», soutient M. Rousseau.

Le directeur de la SSJB estime qu’IDE se trouve dans une situation délicate, ayant probablement investi une somme importante dans la campagne de positionnement qui a débouché sur le choix d’Open comme nom de marque. Il se désole néanmoins du manque de sensibilité face au fait culturel trifluvien, d’autant que cela émane d’une instance paramunicipale. «Même dans le privé on est rendu plus loin que ça», commente-t-il. À terme, il souhaite que l’affichage de l’organisme puisse minimalement être revu au centre-ville.

En attendant l’intervention de l’OQLF, qu’il espère en sa faveur, M. Rousseau laisse entendre que la cause devrait rebondir devant le conseil municipal.

Au cabinet du maire, on confirme qu’une rencontre est prévue avec l’OQLF dans les semaines à venir, à la demande de ce dernier, pour discuter du dossier. On dit vouloir entendre l’organisme qui veille à l’application de la politique linguistique du Québec avant de prendre officiellement position sur la question.

OPEN, un mot français

De son côté, Denis Roy, conseiller municipal du district Marie-de-l’incarnation, qui siège notamment au conseil d’administration d’IDE, maintient qu’open est un mot que l’on retrouve dans le dictionnaire français. «Ça a deux significations, c’est un billet ouvert et une compétition sportive», soutient-il. Pour lui, en marketing et en publicité l’utilisation de la métaphore est un procédé privilégié et trouve ici tout son sens.

Se disant intimement impliqué dans le développement du concept d’Open, M. Roy explique que le choix d’une appellation à consonance anglaise est d’abord lié au marché que l’on tente de rejoindre. «Un des enjeux qu’on a, c’est de performer à l’international dans les réseaux d’innovation technologique», indique-t-il.

Donnant l’exemple du DigiHub, Denis Roy rajoute que «ce n’est pas un truc qui est nommé prioritairement pour le marché local, mais pour le rayonnement international». Une marque doit être reconnue facilement, soutient-il. Il souligne au passage que la deuxième partie du nom de l’organisme, «district entrepreneurial innovant», demeure française.

Denis Roy se dit par ailleurs sensible à la cause du français. «Si ça n’avait pas été le cas, on n’aurait pas pris la peine de choisir un nom qui est dans le dictionnaire français», plaide-t-il. Ayant lui-même eu à faire beaucoup de rédaction dans sa carrière, il affirme avoir toujours pris grand soin de son emploi de la langue de Molière.

Par contre, quand il s’agit de traiter à l’international, il prône une logique d’affaires. «Si je suis une entreprise du Québec et que je veux m’attaquer au marché des États-Unis, et que ça représente 80 % de mon marché, si je ne m’appelle pas en anglais, je suis un crétin», martèle-t-il. Il en fait un enjeu de cohérence, concédant toutefois que les affaires qui se font exclusivement au Québec devraient se faire en français.

Quant aux revendications de la SSJB, M. Roy, qui précise parler en son nom personnel, y voit une occasion d’occuper l’espace médiatique. «Un mot de quatre lettres, sur la rue des Forges, des lettres de huit pieds de haut, c’est une cible facile pour qui veut trouver un prétexte pour faire l’apologie de la langue française et surtout frapper sur du monde prétendument irrespectueux de la langue», commente-t-il.