Une centaine de professeurs ont pris part à cette manifestation.

Lock-out à l’UQTR: les professeurs se souviennent

Trois-Rivières — Les professeur(e)s de l’Université du Québec à Trois-Rivières ont fait une brève marche symbolique puis se sont rassemblés autour d’un repas, jeudi, afin de souligner le premier anniversaire du lock-out qui leur a été imposé.

Le président du Syndicat des professeurs et professeures de l’UQTR, Gilles Bronchti, a fait valoir à la centaine de professeurs présents qu’il «faut qu’on comprenne. Il faut qu’on analyse. Il faut tout faire pour qu’il n’y ait plus jamais de lock-out».

«Il faut comprendre pourquoi on a laissé faire les choses», a-t-il souligné.

«Premier mai 2018, 20 h 19, nous recevions un courriel à l’effet qu’un lock-out des professeurs avait été décrété», rappelle Lyne Cloutier, professeure au département des sciences infirmières.

«Voici quelques sentiments évoqués», ajoute-t-elle. «Stupéfaction, incrédulité, consternation, incompréhension, colère, déception, abattement, peur, rage, inquiétude, appréhension et découragement», énumère-t-elle.

«Je ne le croyais pas», a raconté de son côté la professeure Diane Gagné qui a veillé aux relations de travail durant le conflit. «On l’a appris le 1er mai, la journée de la fête des Travailleurs», rappelle-t-elle, alors que le recteur et le président du conseil d’administration «étaient les deux pieds dans le sable, en Jamaïque et les deux pieds dans le sable au Mexique, avec toutes les conséquences que ça a eues sur nous et sur nos étudiants», a-t-elle évoqué au cours de son allocution.

Gilles Bronchti, président du SPPUQTR.

«Mais qu’est-ce que ce timing de merde?», se demande-t-elle encore. C’était «une période de chevauchement entre deux sessions, le temps de la recherche qui commence, les colloques qui commencent...»

«Cet événement marquant dans la vie des professeurs n’a pas été reconnu par la direction. Nous n’avons jamais eu d’excuses, tout au contraire. Récemment, ils se disaient prêts à le refaire si nécessaire. On nous demande même d’arrêter d’en parler», a indiqué de son côté la professeure Cloutier.

«Ce lock-out n’avait aucun sens», dit-elle. «Il n’a rien produit de positif sur le plan de l’enseignement et de la recherche. Il faut donc y trouver un sens.»

La professeure Gagné, de son côté, a invité ses collègues à ne pas perdre la mobilisation qui a été générée en tant qu’effet secondaire du lock-out. «Il ne faut plus que ça arrive», plaide-t-elle en rappelant qu’un grief a été déposé sur les conséquences du lock-out.

Un des effets secondaires positifs de ce lock-out, signale-t-elle, c’est la naissance d’une «saine solidarité entre les professeurs», dit-elle.

Il y a un an, rappelle Lyne Cloutier, les professeur(e)s avaient sans doute tendance à se regrouper par départements lors d’activités communes. Or, lors du lock-out, des amitiés sont nées, les gens ont fait connaissance. «Que nous reste-t-il du lock-out? Camaraderie, force des réseaux sociaux, collaboration accrue et directe avec les médias, découverte de nombreux talents chez nos collègues et le sentiment qu’il faut changer le système, qu’il faut s’impliquer. On prend le temps de dire aujourd’hui ce qui s’est produit et maintenant, on regarde en avant», résume-t-elle.

«Pourquoi nous sommes-nous enfermés sur nous-mêmes?», questionne Gilles Bronchti. «On aime bien avoir des professionnels qui nous aident, qui nous soutiennent, sauf que lorsqu’on laisse tout faire par les autres, il ne faut pas s’étonner que les autres décident à notre place», fait-il valoir. «Il faut qu’on reprenne notre place», dit-il.

Le recteur de l’UQTR, Daniel McMahon, n’a pas accepté de commenter la manifestation des professeurs, jeudi. En revanche, il a fait parvenir un communiqué dans lequel il indique ceci: «Il est légitime pour les professeures et professeurs de vouloir souligner ce moment marquant, voire difficile, de l’histoire de notre organisation. Je salue l’esprit de mobilisation dont témoigne cette initiative qui m’apparaît en même temps comme une invitation au dialogue constructif et en continu avec nos professeures et professeurs. Je formule enfin le souhait, dans cette perspective positive, que cette mobilisation se traduise aussi par l’implication de tous les membres de la communauté universitaire afin de penser notre avenir commun dans la collégialité et la collaboration.»