Les travailleurs de l’Aluminerie de Bécancour ont été convoqués à une assemblée générale lundi prochain.

Lock-out à l'ABI: les syndiqués trancheront lundi

BÉCANCOUR — Après 14 mois de lock-out, toute la région retient son souffle alors que les syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour se prononceront, lundi prochain, sur l’offre de règlement récemment proposée par la direction de l’usine de Bécancour.

Après avoir analysé de façon approfondie la proposition au cours des journées de lundi et mardi, le comité de négociation a pris la décision de la soumettre à un vote de ses membres. Les 1030 travailleurs syndiqués seront alors appelés à voter sur l’offre qui comprend trois conventions collectives ainsi qu’un protocole de retour au travail.

Le président du Syndicat, Clément Masse, réserve ses commentaires sur l’offre en question pour l’assemblée générale qui débutera à 13 heures le 11 mars prochain. Il confirme néanmoins que la dernière proposition patronale ressemble beaucoup à ce qui était sur la table lorsque la direction de l’Aluminerie de Bécancour (ABI) a rompu les négociations à la mi-février. Le protocole de retour au travail qu’elle comprend n’a cependant jamais fait l’objet de discussions.

«Pour ce qui est du contenu des conventions collectives, cela reprend essentiellement le compte rendu de négociations dont nos membres ont pris connaissance lors de la dernière assemblée générale. Par souci de transparence, l’exécutif syndical a choisi de soumettre l’offre patronale en question au scrutin secret», explique le président de la section locale 9700, Clément Masse, déplorant par contre qu’en procédant par une offre globale, l’employeur tente encore une fois un coup de force plutôt que de laisser une chance à la négociation.

Rappelons que les 1030 travailleurs et travailleuses d’ABI sont en lock-out depuis le 11 janvier 2018. Selon le syndicat, les négociations achoppaient sur le financement du régime de retraite et le respect de l’ancienneté dans les mouvements de main-d’œuvre.

Soulagement

Usé par ce conflit qui traîne en longueur et qui a eu des impacts très négatifs pour sa communauté, le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, se dit heureux de ce récent développement. Ayant déjà indiqué à quelques reprises qu’il voulait que 2019 soit «l’année de Bécancour», il était conscient que son souhait n’allait pas se réaliser tant et aussi longtemps que le conflit de travail ralentissant les activités du plus gros employeur privé de la région allait se poursuivre.

«Tout ce qui bouge me donne espoir. On s’approche enfin de la fin», lance-t-il, sur ton rempli d’espoir.

Le maire rappelle également que le complexe industriel faisant partie du paysage bécancourois depuis de nombreuses années revêt une importance capitale pour sa ville, autant du point de vue humain que fiscal. Comme les sommes que verse ABI représentent environ 16 % de la totalité des taxes perçue annuellement par Bécancour, une fermeture serait catastrophique.

«C’est une épée de Damoclès que l’on a au-dessus de la tête depuis 14 mois. C’est tellement important pour nos finances municipales ainsi que pour le bonheur de nos citoyens. Il y a quand même 30 % des travailleurs qui sont là qui vivent sur notre territoire. Ça paraît et ça crée un climat qui n’est pas agréable à vivre. On a hâte de passer à autre chose», confie-t-il.

Pour sa part, le ministre du Travail et député de Trois-Rivières, Jean Boulet, accueille lui aussi positivement cette décision syndicale. En se basant sur le ton employé dans le communiqué émis par le syndicat en début d’après-midi mardi, il ne croit pas que le comité de négociation donnera de recommandation à ses membres pour accepter ou refuser l’offre. «Je crois qu’ils ont décidé de la présenter car ils veulent laisser l’occasion aux syndiqués de s’exprimer», analyse-t-il.

Pas peur de l’article 58.2

Par ailleurs, le président du syndicat précise que le fait que la partie patronale aurait pu demander à un tribunal d’ordonner la tenue d’un vote sur son offre en vertu de l’article 58.2 du Code du travail n’a pas poussé le comité de négociation à la présenter, et ce, même s’il déplore qu’elle ne soit pas le
résultat d’un processus de négociation.

Rappelons qu’en vertu de cette disposition juridique, un tribunal peut «lorsqu’il estime qu’une telle mesure est de nature à favoriser la négociation ou la conclusion d’une convention collective, le Tribunal peut, à la demande de l’employeur, ordonner à une association accréditée de tenir, à la date ou dans le délai qu’elle détermine, un scrutin secret pour donner à ses membres compris dans l’unité de négociation l’occasion d’accepter ou de refuser les dernières offres que lui a faites l’employeur sur toutes les questions faisant toujours l’objet d’un différend entre les parties. Le Tribunal ne peut ordonner la tenue d’un tel scrutin qu’une seule fois durant la phase des négociations d’une convention collective. Le scrutin est tenu sous la surveillance du Tribunal».

«L’article 58.2, on ne fait pas de vagues avec ça», laisse tomber M. Masse.