Dès les premières heures du lock-out, des centaines de travailleurs syndiqués se sont massés à l’entrée de l’Aluminerie de Bécancour.

Lock-out à l'A.B.I.: colère et inquiétude

Bécancour — C’est un réveil brutal qui attendait jeudi matin le millier de travailleurs de l’Aluminerie de Bécancour alors qu’en pleine nuit, à trois heures du matin, la direction avait décrété un lock-out, après le rejet de l’offre finale et globale par plus de 80 % des syndiqués la veille.

Ceux-ci ont donc été confinés à l’extérieur de l’usine, se massant rapidement près des roulottes déjà installées depuis un certain temps autour du site, faisant le va-et-vient jusqu’aux portes de l’aluminerie et se réchauffant autour d’un feu. Pour l’occasion, la rue Pierre-Thibault a rapidement été transformée en stationnement improvisé, et des véhicules de la Sûreté du Québec y circulaient régulièrement.

Depuis le matin, les intervenants du milieu souhaitaient un retour rapide au dialogue en évoquant l’impact majeur d’un conflit chez cet employeur. Or, l’intervention du conciliateur-médiateur n’aura pas tardé, celui-ci ayant convoqué les parties pour une rencontre en après-midi.

«C’est un conflit privé. On souhaite un règlement le plus tôt possible. C’est pour ça qu’on met le ministère du Travail à la disposition des deux parties. C’est le cas actuellement. Il y a un conciliateur-médiateur qui est au dossier et 19 rencontres de conciliation ont déjà eu lieu», a indiqué au Nouvelliste Florent Tanlet, attaché de presse de la ministre responsable du Travail, Dominique Vien.

Selon son porte-parole, ce sont les événements survenus au cours des dernières heures qui ont provoqué cette rencontre des parties patronale et syndicale en présence du conciliateur au dossier pour, dit-il, «continuer à essayer de s’entendre».

«Le médiateur suit la situation de près. Ce qu’on peut dire aux deux parties, c’est de négocier le plus possible parce qu’il faut en arriver à une entente le plus tôt possible. On veut que ça se règle vite autant pour l’employeur que pour les employés», a fait savoir M. Tanlet.

La section locale 9700 du Syndicat des Métallos a dénoncé le lock-out décrété par la direction d’A.B.I., avec l’aval de Rio Tinto et Alcoa.

«C’est un geste cavalier. Nous venions de tendre la main pour négocier. Plutôt que de retourner à la table de négociation, A.B.I. va plus loin dans sa tentative de coup de force en déclenchant un lock-out, sans avertissement, en plein milieu de la nuit», a commenté le président syndical, Clément Masse.

Celui-ci a réitéré l’ouverture du syndicat à négocier les points en litige, soit principalement les mouvements de main-d’œuvre et le régime de retraite. «C’est dans l’intérêt de tous de conclure une entente négociée. C’est ce que nous disions au moment de notre vote de rejet. C’est déplorable que A.B.I. n’ait pas saisi l’occasion. Notre position n’a pas changé, notre porte est toujours ouverte pour négocier de bonne foi afin d’assurer le bon fonctionnement de cette usine», a-t-il lancé comme message.

Les syndiqués doivent recevoir la visite vendredi du directeur québécois des Métallos, Alain Croteau. Il doit rencontrer les travailleurs avant de s’adresser aux médias à 14 h.

Pour sa part, la direction de l’entreprise a justifié sa décision par la position des employés des trois accréditations, membres du Syndicat des Métallos local 9700, qui ont refusé l’offre finale et globale de l’employeur dans une proportion de 80,3 %.

«Ainsi, l’usine sera exploitée par les cadres, en opérant une seule ligne de production sur trois», a annoncé Sara Dubé, du Service des communications.

Celle-ci a rappelé que tout au long de la négociation, la direction de l’A.B.I. a négocié de bonne foi et a déployé tous les efforts afin d’obtenir une entente satisfaisante pour l’aluminerie et ses 1030 employés syndiqués. «L’offre finale et globale qui a été présentée aux employés était très compétitive, parmi les meilleures dans le secteur manufacturier au Québec, autant au niveau des salaires que des avantages sociaux et du régime de retraite», a-t-elle martelé.

Dans un communiqué de presse, cette dernière a tenu à rappeler que le processus de négociation avait débuté le 11 septembre 2017 alors que les conventions collectives ont expiré le 22 novembre 2017 à 23 h 59.

«Les parties ont poursuivi les négociations pendant plus d’un mois après l’expiration des trois conventions collectives. Un conciliateur du ministère du Travail a été présent à la table de négociation dès le 23 novembre 2017 afin d’aider les parties à obtenir une entente et une offre globale et finale a été déposée le 21 décembre», a énuméré Mme Dubé.

Du côté de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, on veille à ce que tout se déroule en toute sécurité. «Dans le parc, tout le réseau routier relève de la Société et il faut s’assurer de la fluidité du trafic pour l’ensemble des autres entreprises, incluant le portuaire. Ça, c’est notre première préoccupation. Nos équipes sont en marche, on a contacté les gens du syndicat, ça va très bien jusqu’à maintenant. On a identifié quatre endroits où ils peuvent prendre place pour porter leurs revendications. Ça, c’est réglé et ça se déroule relativement bien», a fait savoir le président-directeur général, Maurice Richard.