La direction d'Alcoa accepte une rencontre avec le syndicat à Pittsburgh.

Lock-out à l'ABI: Alcoa accepte une rencontre à Pittsburgh

BÉCANCOUR — Trois semaines après la proposition de Lucien Bouchard de tenir une rencontre au sommet à Pittsburgh pour tenter de dénouer le conflit à l’Aluminerie de Bécancour, Alcoa vient finalement d’accepter l’offre et la réunion au sommet aura lieu le 6 septembre prochain.

«Alcoa apprécie la recommandation de Lucien Bouchard et a accepté de rencontrer la direction du syndicat à Pittsburgh. Alcoa réitère que le comité de négociation d’ABI détient l’appui complet de la haute direction de l’entreprise», a fait savoir jeudi la porte-parole, Anne-Catherine Couture.

Du côté syndical, on confirme la décision d’Alcoa, mais on se garde de tout commentaire dans l’intervalle.

On se rappellera que le 3 août dernier, le médiateur spécial Lucien Bouchard avait suggéré au Syndicat des Métallos de demander une rencontre à Pittsburgh avec les plus hautes instances de la compagnie dans le but de bien comprendre la position des parties et d’explorer des avenues de règlement.

L’ancien premier ministre du Québec avait non seulement appuyé la demande syndicale auprès de la compagnie, mais il devrait être présent à la rencontre de Pittsburgh, selon ce que Le Nouvelliste a appris.

Fraîchement revenu de vacances, le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, dit se réjouir de «tout ce qui se passe et qui bouge» dans ce dossier.

«Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. C’est aussi simple que ça. Il y a de la vie, donc, j’ai de l’espoir. Tous les gestes qui peuvent se poser et tous les canaux de communication, si petits soient-ils, sont précieux et importants dans ce dossier-là», a-t-il commenté.

Dès son retour de l’étranger, jeudi matin, il s’est empressé de s’informer de la situation dans son milieu. «J’étais au restaurant à Saint-Grégoire et c’est la première question que j’ai posée, à savoir s’il y avait du nouveau là-dedans. Je suis bien content d’apprendre que la rencontre aura lieu», a indiqué le premier magistrat. 

Pour le professeur titulaire en relations de travail à l’UQTR, Jean-Claude Bernatchez, Pittsburgh est l’endroit tout indiqué pour régler le conflit, les bureaux des hautes instances patronales et syndicales s’y retrouvant.

«Et en début de mandat, il serait logique que la nouvelle vice-présidente aux ressources humaines d’Alcoa, Vas Nair, une Australienne, veuille mettre le conflit de travail de Bécancour derrière elle. En outre, les relations de travail en Australie sont plus près du modèle canadien que ne l’est le modèle américain qui traverse probablement la période la plus antisyndicale de son histoire», croit-il. 

Et selon lui, l’usure du temps commence à faire son œuvre alors que le lock-out à l’ABI fut déclenché le 11 janvier dernier. À son avis, la situation est favorable à des compromis: un conflit qui a déjà trop duré pour bon nombre de travailleurs et un prix du métal qui est bon pour la multinationale. 

«Si l’écart est le même qu’en novembre 2017, les rencontres de Pittsburgh devraient donner des résultats probants. Alcoa et le Syndicat des métallos ne sont pas à Bécancour face à des problèmes inconnus pour eux. S’ils ont réglé des questions similaires ailleurs, ils sont aptes à régler Bécancour», affirme M. Bernatchez.

Et si jamais la rencontre à Pittsburgh devait échouer? «Le gouvernement du Québec, suite au rapport du médiateur Lucien Bouchard, pourrait demander à ce dernier d’intervenir comme arbitre et d’imposer la convention collective et le retour au travail après avoir entendu les parties une dernière fois. Après tout, le gouvernement du Québec vient de procéder ainsi dans l’industrie de la construction», avance-t-il comme scénario.

«Évidemment, une telle approche est une sorte de partie de poker. Face à un arbitrage, Alcoa pourrait-il rétorquer en menaçant de fermer son usine? La question se pose. Par conséquent, l’envoi du conflit ABI en arbitrage postule que l’État envisage un Plan B. Québec fait quoi face à une menace de fermeture?», renchérit-il en conclusion.