Marc Duval du Groupe Décoralium estime que l’industrie événementielle subira de lourdes pertes pour l’année 2020.
Marc Duval du Groupe Décoralium estime que l’industrie événementielle subira de lourdes pertes pour l’année 2020.

L'industrie événementielle écorchée par la pandémie: «pour nous, c’est la catastrophe»

TROIS-RIVIÈRES — Chaque année, la saison estivale est un moment très attendu pour l’industrie événementielle qui fait des affaires d’or lors de cette période, en raison des nombreux événements festifs organisés. Juillet 2020, tout est toutefois au point mort dans la région. Les téléphones qui ont l’habitude de sonner à répétition ont maintenant laissé place au silence des plus complets et les cahiers de réservations qui étaient autrefois pleins à craquer sont maintenant vides. C’est le cas de le dire, l’année 2020 sera une année à oublier pour l’industrie qui a été fortement écorchée par la pandémie.

Réduction des effectifs, baisse draconienne du chiffre d’affaires habituel, annulation ou report des événements prévus pour l’année 2020, les organisateurs et animateurs d’événements, ainsi que les boutiques de location de matériel événementiel sont unanimes, c’est une saison catastrophique pour l’industrie.

«Pour tout le monde dans le domaine événementiel, de grosses pertes financières sont à prévoir cette année. Pour ma part, je pensais avoir tout vu en affaires, mais c’est la première fois en 32 ans que j’inscris des mois où j’ai zéro vente», souligne Marc Duval, propriétaire du Groupe de conception d’événements Décoralium.

«Pour nous, c’est la catastrophe. Je dirais que pratiquement 100 % de nos événements ont été annulés cette année. On oublie l’année 2020, c’est certain. On n’est pas en danger, mais on n’aura pas de profits et on va avoir des pertes», ajoute pour sa part Daniel Poirier, propriétaire de l’entreprise l’Événement qui prend en charge la planification et l’organisation d’événements.

Un son de cloche similaire du côté de l’entreprise Eventuo de Trois-Rivières, spécialisée en création, planification et coordination d’événements. «Tout est en pause actuellement. J’ai peut-être eu quatre ou cinq événements en début d’année et ce sera probablement tout, alors que j’ai l’habitude d’en faire une quarantaine par année. Tout est reporté ou annulé, donc c’est très incertain pour l’industrie», explique le vice-président, Willie Lafond.

D’ailleurs, parmi les tendances observées, c’est la remise des événements à l’an prochain qui semble être préconisée avant l’annulation complète de ceux-ci.

«Chez Décoralium, on a peut-être 75 % des événements qui sont reportés à l’an prochain et les autres sont annulés complètement», soutient Marc Duval.

«J’avais plusieurs animations pour des mariages ou d’autres événements prévus cet été. La plupart veulent les remettre à l’été prochain. Ça fonctionne, mais j’avais aussi des gens qui voulaient se marier en 2021, donc je ne pourrai pas me dédoubler pour tout faire ça», précise l’animateur Marc Yaz Aeschimann des Productions Yaz.

Au fil des mois, alors que plusieurs ont tenté d’éponger les pertes financières, les acteurs du milieu ont toutefois dû se résoudre à faire face à cette triste réalité.

«On est au point mort actuellement. Nos employés ont été mis à pied temporairement puisque le centre de location est arrêté. J’ai quelques réservations, mais ce n’est même pas 10 % de mon chiffre d’affaires de l’année dernière. Je vais probablement avoir entre 100 000 et 200 000 dollars en pertes juste pour cette année et peut-être plus si ça continue. Je trouve ça difficile comme entrepreneure et gestionnaire, mais on essaie de suivre la parade», mentionne Martine Pépin, propriétaire de l’entreprise 1001 Fêtes.

Les coupes de personnel et de dépenses ont par ailleurs été nécessaires pour certains afin de maintenir le cap. «J’ai dû diminuer au plus possible les dépenses de l’entreprise et mettre toutes nos activités en pause. On a également dû couper dans nos employés. Par contre, on a pu bénéficier des aides gouvernementales pour nous aider», soutient Willie Lafond de l’entreprise Eventuo.

Se réinventer pour se sortir la tête de l’eau

Afin de se sortir la tête de l’eau, certains ont usé d’ingéniosité. Se réinventer, c’est le mot d’ordre que plusieurs ont retenu. C’est le cas de l’entreprise l’Événement qui s’est lancé dans la vente d’articles variés pour lutter contre la COVID, tels que des thermomètres, des masques, des lave-mains et des habits de protection.

«On tente de vendre des petits articles pour payer nos comptes en ce moment. De plus, chez nous, on réussit quand même à louer des chapiteaux sur du long terme. On a donc ce revenu-là qui compense pour les pertes.»

L’animateur Marc Yaz Aeschimann a pour sa part tenu à rester présent sur les réseaux sociaux pendant le confinement. «Tout a été annulé pour moi, donc j’ai dû essayer de me réinventer. J’ai fait des performances en direct sur Facebook par exemple pour ne pas me faire oublier par le public.»

Les oubliés du gouvernement?

Les mesures restrictives mises en place par le gouvernement au cours des derniers mois, dont le port du masque obligatoire dans les lieux fermés, l’interdiction pour les gens de danser dans les salles et la distanciation sociale auraient elles aussi favorisé les pertes enregistrées au cours des derniers mois. C’est du moins ce que s’entendent pour dire les intervenants sondés.

D’ailleurs, certains vont même jusqu’à dire qu’ils ont été oubliés par le gouvernement depuis les derniers mois.

«Je reste optimiste, mais la seule chose que j’ai de la misère à comprendre dans le domaine, c’est qu’on est pas mal les oubliés dans la gang. Je pense que tout le monde a droit à des choses particulières de la part du gouvernement et nous, on a le droit de faire des événements avec 250 personnes, mais les gens ne peuvent pas danser et avec la distanciation, aucune salle à Trois-Rivières n’est capable de réunir 250 personnes. C’est pourquoi j’essaie de monter actuellement un événement pour montrer à la CNESST comment on peut faire de l’événementiel de façon sécuritaire», précise Marc Duval du Groupe Décoralium.

Mais pour la suite des choses, à quoi vont ressembler les prochains mois, voire les prochaines années pour l’industrie? Il est encore difficile pour plusieurs de se positionner à l’heure actuelle. Alors que certains sont très confiants, c’est tout le contraire pour d’autres qui estiment pouvoir revenir à la normale que dans quelques années. Mais une chose est sûre, tous se croisent les doigts pour ne pas revivre un second confinement qui serait encore plus dévastateur pour l’industrie.