Comme partout ailleurs au Québec, les Habitations Paul Dargis a dû fermer ses chantiers mardi.
Comme partout ailleurs au Québec, les Habitations Paul Dargis a dû fermer ses chantiers mardi.

L’industrie de la construction solidaire

SHAWINIGAN — La suspension des chantiers de construction décrétée par le premier ministre François Legault, lundi, a provoqué une course contre la montre un peu partout en région. Au cours des dernières heures, les entrepreneurs se sont affairés à sécuriser leurs chantiers et à rassurer leurs clients.

Le milieu s’attendait à cette annonce, même si elle est arrivée un peu brusquement. Tous les responsables s’entendent toutefois sur le fait que la santé publique doit primer sur les considérations économiques.

«On n’a pas le choix et on va le faire», concède Jacques Turcotte, président de Construction D.M. Turcotte de Trois-Rivières, forcé de mettre une quarantaine de chantiers résidentiels sur pause.

«On va jaser avec chacun de nos clients et on va trouver une solution. Quand on reviendra, on prendra les bouchées doubles! Un entrepreneur, lorsqu’il lui arrive quelque chose, il est habitué de se mettre en mode solution.»

M. Turcotte aimerait que le gouvernement se penche sur les conséquences de cette décision sur les déménagements. Des casse-tête se dessinent pour ceux qui devaient emménager dans leur nouvelle résidence au cours des prochaines semaines.

«Il faudrait que tout le monde décale ses projets de déménagement d’un mois pour éviter de mettre des gens à la rue», fait-il remarquer.

Paul Dargis, propriétaire des Habitations Paul Dargis, sent aussi les préoccupations de ses clients. Une dizaine de maisons s’érigeaient sous sa supervision dans deux quartiers du secteur Cap-de-la-Madeleine.

«On est sur pause jusqu’au 13 avril, mais qu’est-ce qui sera si différent à ce moment?», se demande-t-il. «Ce sera juste pire!»

Brian Demontigny, propriétaire du Groupe Demontigny, souligne que sa dizaine de projets en cours sont très avancés.

«Nous avions des signaux comme quoi ce n’était pas le temps d’ouvrir la machine à fond», fait-il remarquer. «Nous avions déjà pris des mesures pour séparer nos équipes pour leur sécurité, mais honnêtement, ça commençait à être difficile de garder la main-d’oeuvre. Avec tout ce qui se passe, certains devaient s’occuper des enfants, par exemple. C’est une situation exceptionnelle et c’était préférable de considérer la sécurité des gens en premier.»

Pour Marco Bianki, cette tuile ne s’ajoute qu’à une suite de déveines qui s’accumulent depuis le début de l’hiver. Il a personnellement vécu un incendie le 11 décembre et il vient de se remettre d’un mononucléose! Il se concentrera maintenant à sécuriser sa nouvelle maison pour éviter les pépins.

«Je vais finir mon toit, je n’ai pas le choix», commente l’entrepreneur de Shawinigan. «Le gouvernement laisse la SQDC et la SAQ ouvertes... Ce ne sont pas des besoins essentiels, par rapport à avoir un toit sur notre tête! Je trouve que les priorités n’ont peut-être pas été mises aux bonnes places.»

M. Bianki comprend très bien la nécessité de suspendre l’avancement des chantiers de construction dans le contexte actuel.

«Mais je trouve qu’ils ne nous ont pas laissé un gros délai», fait-il remarquer.

Des dizaines d’employés se retrouvent en chômage un peu partout, mais l’onde de choc touchera aussi les nombreux sous-traitants qui tournent autour de cette industrie.

«On arrête à contrecoeur, mais pour la santé de tout le monde, il faut faire notre part», raisonne M. Dargis.

À Nicolet, Construction Fré-Jean & Fils n’avait pas entrepris sa saison. En affaires depuis près de 35 ans, Réjean Fréchette mentionne que pour le moment, la décision du gouvernement du Québec ne fera que prolonger les prestations de chômage de ses quatre employés.

«On va laisser passer la crise, mais ce ne sera pas une année record», convient-il. «Tout le monde est dans le même bateau.»

Appel d’offres

Chez Construction André Magny de Shawinigan, une dizaine de chantiers ont été fermés au cours des dernières heures, notamment au Domaine Floribell, où une nouvelle résidence pour personnes âgées doit ouvrir cet été. M. Magny peut quand même garder à l’emploi le personnel de son entreprise de nettoyage après sinistre, un service d’urgence essentiel.

L’homme d’affaires se demande toutefois ce qui se produira avec les appels d’offres en cours. En fait, comment des entreprises qui doivent fermer leurs portes peuvent-elles déposer des soumissions?

À la Ville de Trois-Rivières, Guillaume Cholette-Janson, coordonnateur aux relations avec le milieu, indique que les appels d’offres en cours sont maintenus s’ils impliquent des services essentiels aux citoyens. Par contre, le processus sera suspendu pour des contrats moins prioritaires, comme un aménagement dans un parc, par exemple. Quant aux ouvertures de soumissions, elles sont maintenant webdiffusées en cette période de crise.

À Shawinigan, Me Chantal Doucet, directrice du Service du greffe et des affaires juridiques, mentionne que l’administration municipale étudie actuellement la possibilité de repousser la date qui était prévue dans certains appels d’offres sur invitation. Peu de demandes publiques de soumissions étaient en cours ces jours-ci, mais une décision sera arrêtée très bientôt sur la suite des choses.

Au ministère du Conseil exécutif et Secrétariat du Conseil du trésor, personne ne pouvait confirmer, mardi, l’orientation prise pour les appels d’offres en cours ou à venir du gouvernement du Québec.