L'homme accusé de violence conjugale: «J’ai besoin de m’occuper de moi-même»

Trois-Rivières — C’est jeudi que cet individu soupçonné d’avoir fait preuve d’une très grande violence envers sa femme, en tirant notamment sur elle avec un fusil à plombs, saura s’il pourra reprendre sa liberté durant les procédures judiciaires intentées contre lui.

Dans le cadre de son enquête sur caution, qui s’est poursuivie mercredi après-midi, il a admis avoir besoin d’aide. Lorsque son avocate, Me Jocelyne Duplessis, lui a demandé s’il était prêt à ne pas contacter sa conjointe et ses enfants dans une éventuelle remise en liberté et d’aller dans une ressource spécialisée, il a éclaté en sanglots. «J’ai besoin de m’occuper de moi-même et de me remonter. Je sais que cela a trop dégénéré. Je ne dois plus avoir ces comportements. J’en prends conscience», a-t-il notamment déclaré.

Toujours selon ses dires, le fait d’avoir perdu sa femme et ses enfants lui fait extrêmement mal au point d’avoir des idées noires. «Je tombe pas mal bas. Je veux aller chercher de l’aide et avoir une opportunité d’aller en profondeur», a-t-il ajouté.

Il a ainsi raconté qu’il souffrait d’un traumatisme crânio-cérébral et de maux de dos sévères à la suite d’un accident de moto survenu il y a quelques années mais aussi d’un TDAH et d’anxiété. Il prétend avoir demandé de l’aide à quelques reprises en vue d’améliorer sa médication qui le rendrait plus agressif, mais en vain.

D’un autre côté, il a avoué dans le cadre du contre-interrogatoire de la procureure de la Couronne, Me Catherine Roberge, qu’il ne travaillait plus depuis une dizaine d’années à la suite d’un accident de travail. Actuellement, il bénéficierait des indemnisations de la SAAQ en lien avec l’accident de moto survenu il y a trois ou quatre ans.

Pendant que sa conjointe travaille presque 12 heures par jour, c’est donc lui qui s’occupe de la maison et de leurs quatre enfants dont leur bébé de 18 mois. À plusieurs reprises dans son témoignage, il s’est plaint de ses maux de dos et de tête qui l’empêcheraient de veiller à l’entretien de la maison. Il a d’ailleurs maugréé contre le fait que sa conjointe et ses enfants ne l’aident pas dans les travaux ménagers. «Elle ne prenait pas le temps de faire le ménage. Elle ne faisait plus rien. Moi, je ne pouvais pas. J’essayais d’éduquer mes enfants à le faire», a-t-il ajouté.

Quelques jours avant son arrestation, il soutient qu’il a consulté un psychiatre et que ce dernier a modifié sa médication. Or, il ne l’a jamais prise car il avait peur que sa situation empire.

Son avocate estime que son client devrait être libéré et envoyé dans la ressource proposée, tout en insistant sur l’aide dont il a besoin. Certes, elle convient que les accusations portées contre lui sont très sévères mais elle s’interroge néanmoins sur le fait qu’il ait été laissé seul à la maison avec son enfant de 18 mois en dépit de ses problèmes de santé et du comportement qui lui est reproché.

La Couronne est d’un tout autre avis. Me Roberge a rappelé qu’il s’agit d’un cas extrême de violence conjugale qui dure depuis une quinzaine d’années. Elle a rappelé qu’il n’est pas juste question ici de claques ou de coups de poing mais bien d’un couteau lancé sur la présumée victime, d’une fracture de la cheville infligée avec un bâton de baseball et de tirs de plombs avec une carabine. «Il a fait preuve de violence quotidiennement devant ses enfants», a-t-elle martelé.

Selon elle, la preuve déposée en cour est excellente, faisant référence aux photographies des blessures, aux textos envoyés par le prévenu et des vêtements retrouvés sur place qui corroborent les dires de la plaignante.

Pour elle, le risque de récidive est présent. «Ses antécédents de violence démontrent que le problème perdure depuis longtemps. Aujourd’hui, il se place en victime qui souffre mais il ne peut pas excuser ses gestes par le mal et un TDAH», a-t-elle indiqué.

La juge Dominique Slater a pris la cause en délibéré jusqu’à jeudi.