Entre autres tâches qui lui sont dévolues dans l’équipe de la Corporation des Événements, Sylvie Saint-Pierre entretient le potager aménagé à l’abri des regards du public à l’Amphithéâtre Cogeco. Les légumes issus de ce potager urbain seront dégustés lors des Délices d’automne.

L’histoire qui a bien tourné

Trois-Rivières — L’actualité est ainsi faite qu’une mauvaise nouvelle à un moment précis peut se transformer en histoire édifiante avec la contribution du temps. En mars dernier, on annonçait un changement de politique chez Walmart qui privait des personnes vivant avec une déficience intellectuelle d’un emploi. Aujourd’hui, toutes les personnes touchées ont trouvé un autre emploi et certaines, comme Sylvie Saint-Pierre, peuvent même dire qu’elles ont hérité d’une occupation de rêve. La femme de 37 ans, passionnée de musique, travaille désormais deux jours par semaine à l’Amphithéâtre Cogeco au sein de l’équipe de la Corporation des Événements de Trois-Rivières.

Elle a intégré l’équipe de quelque 25 salariés au mois de mai dernier, venant ainsi rejoindre une autre employée engagée dans le même programme chapeauté par le Centre intégré universitaire de santé et des services sociaux Mauricie, Centre-du-Québec. Cet heureux revirement de situation l’est doublement puisque non seulement Sylvie Saint-Pierre se retrouve à œuvrer dans un milieu qu’elle adore mais en plus, la Corporation des Événements de Trois-Rivières trouve en elle une ressource précieuse pour réaliser plusieurs tâches auxquelles les membres du personnel régulier n’ont pas toujours du temps à consacrer.

«Le Centre Saint-Paul que fréquente Sylvie a organisé une visite de l’amphithéâtre avec leurs usagers, relate Marilyne Lavoie, directrice des ressources humaines à la Corporation. Et comme ils cherchaient des milieux pouvant accueillir certains de leurs usagers, ils m’ont présenté Sylvie. J’ai vu chez elle les capacités à remplir plusieurs tâches qui nécessitent du personnel dans les bureaux de l’Amphithéâtre. Ça tombait bien non seulement à cause de ses capacités mais aussi parce que Sylvie trippe vraiment sur les spectacles.»

«J’adore la musique, confirme spontanément Sylvie, et j’adore aussi les spectacles.»

La liste des tâches qui lui sont confiées est assez longue. Elle s’occupe de faire la revue de presse, procède à du déchiquetage de documents, prépare les enveloppes contenant les divers documents remis aux détenteurs de loges pour les spectacles et s’occupe d’un potager que l’amphithéâtre entretient dans un espace à l’abri des regards, potager dont les fruits seront consommés dans le cadre des Délices d’automne. «Il s’agit de travaux qui doivent être réalisés alors, on est très heureux de pouvoir compter sur Sylvie qui les fait avec enthousiasme et beaucoup de rigueur, indique sa patronne. Tellement, en fait, que je pense être en mesure de poursuivre le programme avec elle à l’automne et à l’hiver, toujours à raison de deux jours par semaine. Même si ce sera moins fou que pendant l’été, on ne manque pas de choses à faire.»

Sylvie Saint-Pierre ne demanderait pas mieux. «C’est sûr que je voudrais continuer à travailler, dit-elle. J’adore travailler!» D’autant qu’elle est en mesure, à l’occasion, d’assister à certains des spectacles présentés à l’Amphithéâtre. «J’ai vu le spectacle du Cirque du Soleil et j’ai vu aussi celui de Marc Dupré, les deux fois en compagnie de mes parents. J’étais vraiment contente. Je vais aussi venir voir Notre-Dame-de-Paris. J’ai très hâte.»

Son apport à l’équipe de la Corporation dépasse largement les mandats spécifiques qu’on lui confie. «Son enthousiasme est extraordinaire, clame la directrice des ressources humaines. Quand elle entre dans les locaux, elle passe par chaque bureau pour saluer les employés et leur souhaiter une bonne journée. Elle contribue à créer une belle atmosphère de travail.»

Sans compter qu’elle fait preuve d’un emballement qui ne peut que déteindre sur l’équipe. De sa propre initiative, elle a rédigé une liste d’artistes qu’elle verrait très bien offrir leur spectacle à l’amphithéâtre, liste qu’elle a soumise aux responsables de la Corporation. Elle a dressé une liste similaire d’artistes qui pourraient faire l’objet d’un hommage de la part du Cirque du Soleil. Cette liste-là, elle l’a fait parvenir aux bureaux du Cirque à Montréal. Preuve qu’ils en ont pris connaissance, Sylvie a reçu un courriel du Cirque dans lequel on la remerciait de son initiative tout en l’assurant que cette liste serait précieusement conservée dans leurs dossiers.

Les deux documents que Le Nouvelliste a pu consulter sont particulièrement touffus et même pertinents. Mais si cette femme de 37 ans atteinte de trisomie 21 avait le choix, elle avoue qu’elle privilégierait un spectacle en particulier. «Marie-Élaine Thibert, déclare-t-elle avec un sourire triomphant. Elle est mon idole. J’ai même vu son spectacle à Montréal, au Centre Bell!» La suggestion est enregistrée.

Par ailleurs, pour ce qui est de son emploi, elle ne peut en dire que du bien. «Ici, tout le monde est gentil avec moi. Personne ne me juge.»

Sa patronne directe voit surtout les bienfaits qu’elle apporte. «Elle vient chercher des habiletés de travail en fonction de ses capacités et elle accomplit très bien ses tâches. Elle amène aussi une attitude particulière d’ouverture au sein de l’équipe. C’est moi qui ai pris l’initiative de l’intégrer et Steve (Dubé, le directeur de la Corporation) en est très content. Lui a un passé d’intervenant auprès de jeunes en difficultés alors, je savais qu’il serait ouvert. Je me souviens d’une fois où il avait des problèmes avec un dossier et qu’il est sorti de son bureau un peu excédé. Son regard est tombé sur Sylvie avec son enthousiasme et son attitude super positive et ça a changé son propre état d’esprit. C’est précieux, ça.»