Les vignobles ont composé avec un intérêt grandissant des amateurs cette année.
Les vignobles ont composé avec un intérêt grandissant des amateurs cette année.

Les vignobles ne sont pas dans le rouge, malgré la pandémie

Marc-André Pelletier, Initiative de journalisme local
Marc-André Pelletier, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
SAINTE-THÈCLE — Les vignobles sont passés à un cheveu de connaître une saison exceptionnelle, que certains s’avançaient même à qualifier de «record», toutefois, un élément est venu ralentir les aspirations des plus optimistes. Le coronavirus? Non! Dame Nature.

Pour les vignobles de la région, la saison débutait sur les chapeaux de roues avec un début d’été où la météo permettait d’espérer une qualité supérieure aux autres années voire l’une des meilleures depuis une décennie.

Au Clos Sainte-Thècle, on aurait aimé que le soleil soit au rendez-vous plus longtemps.

«La saison a démarré tard, mais les mois de juin et de juillet ont été tout simplement incroyables. Le mois d’août, beaucoup plus pluvieux, est venu tout scraper», se désole Éric Blouin, copropriétaire.

Qu’à cela ne tienne, les propriétaires interpellés estiment que l’été a quand même permis de mettre un baume sur la plaie causée par la COVID-19.

«Nous avons une belle récolte cette année et ça s’est très bien déroulé dans la mesure où il s’agit d’une année sans événements, davantage de type bistro», soutient Frédéric Gélinas, copropriétaire au Domaine et Vins Gélinas, de Saint-Sévère.

Au Fief de la rivière à Bécancour, le copropriétaire Jocelyn Hébert s’avoue lui aussi ravi de la qualité de ses cépages.

«Pour ce qui est de la quantité, ça ressemble pas mal à l’an passé. Par contre, pour la qualité, la météo nous a beaucoup aidés. C’est bien mieux. Si on avait eu juste un peu plus de chaleur en août, ç’aurait vraiment été une année extraordinaire.»

S’il y a un élément que tous ces vignobles ont en commun, c’est bien le fait qu’ils n’ont vraiment pas chômé dans les dernières semaines.

«Notre achalandage a grimpé de 30 % cette année. On a été très, très occupés. On a dû gérer des files, des capacités totales, mais les gens ont été très coopératifs. C’était différent, mais très plaisant», sourit M. Gélinas.

«D’habitude, on a une quinzaine d’autobus, beaucoup de groupes, des gens qui viennent aussi de la navette fluviale entre Trois-Rivières et Bécancour. Cette année, on n’a pas eu ça, mais on a eu beaucoup de couples qui sont venus nous visiter. On a même dû envoyer des gens patienter et marcher en attendant qu’une place se libère. Il y a eu une progression visible dans notre achalandage», explique M. Hébert.

PAS QUE DU NÉGATIF

L’intérêt pour le vin semble lui aussi s’être emporté, alors que le Clos Sainte-Thècle a épuisé toutes ses bouteilles.

«On a fait du bon vin. La maturité est là. On a vendu toute notre production en quelques jours seulement», souligne M. Blouin.

Jocelyn Hébert croit que la COVID-19 a donné le goût aux clients d’acheter davantage de produits locaux cette année.

«Ça a probablement été plus demandant, il a fallu mettre plus de temps, mais les gens ont acheté plus de bouteilles. On s’est adapté.»

«On a dû retarder la sortie de nos vins de deux mois, notamment parce que la restauration était au ralenti et que c’est l’un de nos clients importants. Il a fallu changer notre horaire. La vigne n’attend pas, il a fallu qu’on trouve des gens pour travailler avec nous», ajoute pour sa part Éric Blouin.

Au Domaine et vins Gélinas, on essaie déjà de voir plus loin.

«On se penchera très prochainement sur la prochaine saison au cas où l’on vivrait la même situation», conclut Frédéric Gélinas.

Dans l’un ou l’autre des vignobles, on a réussi à mettre en place les mesures sanitaires et à innover pour permettre à la clientèle de venir tout de même goûter les produits.

Alors que l’heure est maintenant aux vendanges, là aussi, les choses ne se feront pas comme à l’habitude.

«C’est dommage, parce que normalement, les vendanges sont une grande célébration, mais ça ne sera pas le cas cette année avec la deuxième vague», convient M. Blouin.

Jocelyn Hébert avoue qu’un «contrôle» des visiteurs sera effectué. «Il y a des gens qui se sont inscrits durant la saison. On réserve ça surtout à nos amis, aux gens que l’on connaît, pour s’assurer d’où ils viennent. Ça se limite à ça», explique-t-il.

Pour Frédéric Gélinas, l’idée de contrôler ceux qui viennent fait également son petit bonhomme de chemin. «Il y aura un nombre limité de personnes qui peuvent venir. C’est plus délicat qu’à l’habitude. Ça se fera sur réservation.»