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Les ventes des vins régionaux ont connu du succès depuis le début de la pandémie.
Les ventes des vins régionaux ont connu du succès depuis le début de la pandémie.

Les vignobles d’ici s’épanouissent malgré le gel et la pandémie

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
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Le gel et la neige qui se sont abattus sur la région, au cours des derniers jours, n’ont pas eu d’effet dramatique sur les vignobles de la Mauricie et du Centre-du-Québec comme ce fut récemment le cas en Estrie et en France.

Comme l’explique Dany Bergeron du Vignoble Prémont, à Sainte-Angèle-de-Prémont, c’est que les vignes «n’ont pas encore débourré. Elles sont encore en dormance.» Elles en sont toujours à un stade de développement qui leur permet de tolérer environ — 6⁰C, ajoute Luc Beauchemin du Vignoble et Domaine Beauchemin de Yamachiche.

Dany Bergeron estime que le coup de chaleur inhabituel qui est survenu il y a environ deux semaines a eu quelque chose de positif. «On a pu démarrer plut tôt les travaux de viticulture. On aime ça», dit-il.

Luc Beauchemin était toutefois soulagé, lui, de voir les conditions plus normales du mois d’avril revenir à la charge, dans les derniers jours. «Ça allait trop vite», dit-il en parlant de la hausse précédente des températures parce qu’en mai, «on a souvent un gel», rappelle-t-il. «Ça, ça me fait beaucoup plus peur que des –3⁰C, ou –4⁰C à ce temps-ci», assure-t-il.

Si pareil gel était survenu en mai, ça aurait été une tout autre chose pour les vignes. Et ça arrive, malheureusement. Au mois de mai, durant la période de la peine lune, «si le ciel est découvert, on a des risques de gel au sol», indique M. Beauchemin.

Les vignobles de la région n’ont pas souffert non plus de la pandémie si l’on en croit Daniel Harrisson du Vignoble du Clos de l’Isle, à Bécancour. La dernière année a été une bonne année, affirme celui qui prévoit encore une saison fructueuse. «On est en train de faire la taille. Le bois est très, très beau. On prévoit une grosse saison, cette année. Le vin sera au rendez-vous. Il n’y a pas de problème», assure celui qui a gagné de nombreux prix à la Coupe des Nations.

À cause de la pandémie, «les gens voyagent au Québec», rappelle-t-il. «Nous avons eu une excellente année», dit-il.

Le Vignoble Prémont et le Clos de l’Isle sont tous deux membres de Terego (anciennement Terroir en VR). L’organisme recrute des emplacements exceptionnels, comme les vignobles par exemple, afin de permettre à ses membres d’aller y faire du camping. Du même coup, «ils sont invités à acheter nos produits», raconte M. Harrisson.

«L’an passé, on a eu des campeurs presque tous les soirs», dit-il en précisant que trois emplacements, dans son domaine, ont été réservés à cette fin. «La première année, ça a été assez tranquille, mais l’an dernier, avec la COVID, les gens ont acheté des campeurs et voyagent beaucoup au Québec», constate-t-il.

Les voyageurs en VR qui ont visité le Domaine du Clos de l’Isle ont confié qu’ils étaient portés à aller aux États-Unis, habituellement, mais qu’ils se réjouissaient maintenant de découvrir le Québec.

Le Domaine Beauchemin, lui, n’est pas ouvert au public. Toutes ses bouteilles sont vendues dans les restaurants et dans les épiceries spécialisées. Dans son cas, les périodes de confinement qui ont forcé la fermeture des restaurants ont affecté un peu plus son entreprise par rapport à d’autres vignobles. «Toutefois, nous sommes dans des épiceries spécialisées et ça continue de bien fonctionner. En 2019, on avait fini les ventes à la mi-octobre. Nous produisons à peu près 10 000 bouteilles. En 2020, ça a été au 1er novembre», précise-t-il.

L’autorisation gouvernementale, en 2016, de vendre leurs vins produits au Québec dans les épiceries avait déjà été bénéfique pour les vignobles. La pandémie, elle, semble avoir donné un coup de pouce supplémentaire, selon Daniel Harrisson. «Depuis l’an passé, on a vu une augmentation d’environ 70 % des ventes en épicerie», constate-t-il. «On n’a pas besoin d’aller vers les épiceries, c’est elles qui nous contactent pour pouvoir vendre notre vin.»

On ne parle pas d’une bouteille de temps en temps, précise-t-il. Certains de ces commerces, notamment à Trois-Rivières, «répètent de grosses commandes de vin aux 4 à 6 semaines», constate-t-il.

Selon lui, la pandémie a «beaucoup aidé» à faire connaître au Québec les vins produits ici.

Le Vignoble Prémont écoule également une partie de sa production dans les épiceries de la région. Récemment, M. Bergeron a été approché par des commerces d’alimentation des Laurentides. Chez lui aussi, la pandémie a créé un accroissement des ventes surtout parce que les vignobles, classés parmi les commerces essentiels, faisaient partie des très rares endroits agrotouristiques encore accessibles.

M. Harrisson rappelle que «sur la scène internationale, les vins du Québec compétitionnent avec les plus grands vins de partout sur la planète.» C’est le cas tout particulièrement du côté des vins blancs, précise-t-il. Du côté des vins rouges, «il ne faut pas s’attendre à des vins extrêmement corsés, mais dans les vins semi-corsés et corsés, on a des produits excellents», assure-t-il.

Luc Beauchemin s’est fait lui aussi dire par des connaisseurs européens que les vins québécois se sont énormément améliorés depuis dix ans. «Des Suisses ont comparé, dans le blanc, les vins que je fais ici à ce qu’ils font là-bas», souligne-t-il.