Des citoyens exacerbés par le passage incessant de véhicules lourds sur la 8e Rue, dans le secteur Grand-Mère. Il s’agit de Lyne Savard, Michel Savard et Diane Rivière.

Les véhicules lourds dérangent encore

SHAWINIGAN — Irrités par les inconvénients causés par la circulation de véhicules lourds sur la 8e Rue dans le secteur Grand-Mère, des citoyens reviennent à la charge auprès du conseil municipal de Shawinigan afin que la Ville trouve une solution qui réglera ce problème une fois pour toutes. Dans leur esprit, les camions qui passent par la carrière de l’entreprise Maskimo doivent emprunter une route alternative.

Des citoyens ont pris le micro lors de la période de questions de la dernière séance publique, le 16 octobre, pour expliquer leur quotidien. Ces témoignages semblaient sortis d’un passé pas si lointain. Dans les années 90 sous le règne de Gérald Bastarache dans l’ex-ville de Grand-Mère, puis entre 2005 et 2009 lors du dernier mandat de Lise Landry à la tête de Shawinigan, de nombreux citoyens se sont relayés au fil des années pour étayer leur frustration en raison du bruit, de la poussière et des vibrations provoqués par la circulation de véhicules lourds sur la 3e Avenue.

À ce moment, les activités de la papeterie Laurentide expliquaient une bonne proportion de cette présence intense. Elle a toutefois cessé ses activités en 2014, sauf que la carrière de Maskimo tourne à plein régime. Les camions qui sortent avec un chargement doivent rapidement monter une côte assez abrupte sur la 8e Rue, entraînant un vacarme difficile à supporter.

Lors de la dernière séance publique, Denis Bordeleau a lancé le bal et disons que l’exaspération qui l’anime n’était pas difficile à détecter. Il a déposé une pétition d’une cinquantaine de noms au conseil, tous des résidents de la 8e Rue.

«Des camions passent à la journée longue», témoigne-t-il. «Nous en avons compté jusqu’à 360 par jour! Dans la maison, on ne s’entend plus parler. On n’entend plus rien au téléphone. C’est l’enfer!»

Également résidente du secteur, Diane Rivière s’est installée sur son balcon, le 17 septembre, pour documenter le passage des véhicules lourds devant chez elle. Entre 8 h et 11 h, puis entre 13 h et 16 h, elle en a recensé 280.

«Au-delà de ça, à un moment donné, on peut s’habituer un peu au bruit», mentionne M. Bordeleau. «Mais quand on fait le trajet emprunté par ces camions (de la portion sud de la 8e Rue à l’autoroute, en passant par la 3e Avenue), il y a un terrain de balle, une école primaire, un parc de planches à roulettes, un parc canin... Au plan de la sécurité, ça ne se peut pas que les camions passent avant les terrains de jeux, une école. Les enfants circulent à vélo. Y aurait-il moyen qu’à un moment donné, après 25 ou 30 ans, on fasse quelque chose?»

Martine Bourgon a acquis sa propriété sur la 8e Rue en 2016 et elle n’avait pas été mise au courant de l’intensité de cette circulation.

«C’est un énorme problème», constate-t-elle. «Je ne peux pas laisser les fenêtres ouvertes. Le vacarme débute vers 6 h 30 et quand les camions montent la côte, même avec les fenêtres fermées, il n’y a pas moyen de dormir. Quand on les ouvre, c’est le bruit, la poussière. J’ai dû m’acheter l’air climatisé pour avoir un certain bien-être dans ma demeure!»

Pas au courant

Jean-Marc Hudon image son quotidien en mentionnant qu’il assistait à des courses de camions à tous les jours sur la 8e Rue.

«Ça fait deux ans qu’on fait des plaintes», déplore-t-il. «La plupart du temps, il n’y a même pas de toile (sur la benne des camions). La poussière de pierre revole sur nos autos. Nous avons mesuré les décibels dans la côte et c’est monté jusqu’à 102! Quand j’ai acheté ma maison en 1987, c’était vivable. Ça ne l’est plus. Les gens sont en maudit.»

À ces observations, le maire a rétorqué que c’était la première fois qu’il entendait parler de ce dossier. Pourtant, M. Hudon et la conseillère du district du Rocher, Lucie DeBons, se sont échangé de nombreux courriels sur ce problème. Sa collègue du district de la Rivière, Nancy Déziel, a senti le besoin d’intervenir.

«Mme DeBons nous en avait parlé», a-t-elle fait remarquer au maire. «Peut-être que ça vous a échappé, on a beaucoup de dossiers, mais elle en a parlé au conseil.»

De plus, M. Angers avait lui-même été abordé sur ce dossier en juin 2011, lors de son premier mandat. Maude Denis et Jean Fugère, qui avaient mobilisé les citoyens à compter de 2005, étaient alors revenus à la charge avec le nouveau conseil municipal. Le maire leur avait rappelé qu’une étude avait été réalisée en 2007 pour aménager une voie de contournement et les coûts avaient été évalués à 8,5 millions $.

À ce moment, la Ville ne souhaitait guère investir une somme pareille sans savoir ce que l’avenir réservait à la papeterie Laurentide. Or, l’usine est fermée, mais visiblement, les véhicules lourds s’approvisionnent en grand nombre chez Maskimo.

«C’est deux fois pire», avance même Lyne Savard. «En plus, des travaux routiers, il va toujours y en avoir!»