Soeurs Stella Tellier, Gisèle Normandin et Thérèse Corriveau.

Les Ursulines tournent une page d’histoire

TROIS-RIVIÈRES — Quitter sa maison pour aller vivre dans beaucoup plus petit est un exercice extrêmement difficile. Demandez-le à n’importe quel aîné qui s’est résigné à vendre la maison familiale pour aller vivre en résidence. Il faut élaguer des quantités phénoménales de biens matériels accumulés au fil des décennies. Imaginez maintenant que cette maison soit un immense monastère et qu’il ait été habité pendant 322 ans par des générations innombrables de religieuses. Vous comprendrez alors le défi que doivent relever les 56 Ursulines qui s’apprêtent à quitter leur monastère de Trois-Rivières pour aller vivre dans un nouvel édifice tout près, rue des Draveurs, le 8 juillet.

Sœur Gisèle Normandin vit au Monastère des Ursulines depuis 20 ans tout comme sœur Stella Tellier. Soeur Thérèse Corriveau, est là depuis 30 ans. Les Ursulines ont déjà été au nombre de 150, entre ces murs et de 300 en Mauricie. Au fil des ans, leur nombre s’est réduit comme peau de chagrin. «Je pensais mourir ici», confie sœur Corriveau, qui, à 86 ans, est encore pleine de vitalité.

C’est l’atmosphère de tranquillité et d’intériorité du petit Oratoire, situé au troisième étage du Monastère, qui lui manquera le plus. «La-bas, dans l’édifice de la rue des Draveurs, on va avoir une chapelle publique» qui servira également de salle multifonctionnelle, dit-elle, un soupçon de déception dans la voix. Rien de comparable, en effet, avec l’ambiance du Monastère, ces murs qui parlent, dit-elle, imprégnés de prières centenaires.

On croirait que ce grand bouleversement dans la vie de ces religieuses pourrait générer tristesse et inquiétude, mais «il y a eu une progression. On ne s’est pas fait annoncer ça brutalement», explique sœur Normandin. Les 56 Ursulines se sont rendu compte graduellement que ce déménagement, en fait, s’imposait à la communauté.

Le Musée des Ursulines et le Pôle culturel du Monastère des Ursulines organisent une visite guidée de ce lieu historique foulé au fil des siècles par plus d’un millier de femmes. Le tout se déroulera le dimanche, 5 mai, de 13 h à 17 h.

Comme l’explique sœur Normandin, le nombre de religieuses était constamment à la baisse, leur moyenne d’âge s’élevait et le Monastère lui-même avait besoin d’investissements importants. Il fallait notamment se mettre aux normes et faire installer, d’ici 2020, des gicleurs dans l’infirmerie où l’on veille sur les aînées, dont la plus âgée a 97 ans. Ici, on ne prend pas le chemin du CHSLD. Les services et les soins sont administrés dans la communauté jusqu’au décès et ce sera exactement la même formule dans le futur édifice. C’est sans doute un juste retour des choses pour les Ursulines qui avaient ouvert, dans ce périmètre adjacent au fleuve, le tout premier hôpital de Trois-Rivières, l’ancien Hôtel-Dieu, en 1700.

«Il y a aussi la grandeur de la maison. On était en train de faire vivre des appartements vides», fait valoir sœur Tellier qui, en toute lucidité, voyait venir l’inévitable.

«Il y a eu une période de déni», reconnaît sœur Normandin. «On a vécu les étapes du deuil.» La chose se discutait en effet depuis 2015, mais les sœurs se disaient que jamais cela ne pourrait arriver. «Aujourd’hui, on sent beaucoup plus de sérénité et d’ouverture», assure-t-elle.

N’empêche que déménager ses pénates après plus de 300 ans d’occupation d’un lieu, «vous n’avez aucune idée de ce que ça peut être», fait valoir sœur Tellier. «Avez-vous une idée du nombre de pots de fleurs qu’on amasse depuis 320 ans?», illustre-t-elle candidement en suscitant des éclats de rire autour d’elle.

Ce nouvel édifice, rue des Draveurs, sera habité par les Ursulines, deux autres communautés religieuses et des laïcs.

Il a fallu notamment faire le tri parmi plus de 22 000 livres. Seulement 1000 d’entre eux suivront les religieuses dans leur nouvel édifice de la rue des Draveurs.

Pour venir à bout de cette tâche colossale, bon nombre de sœurs se sont divisées en comités qui doivent décider ce qu’il faut garder, ce qu’il faut conserver aux archives, ce que l’on peut donner, ce qu’il faut jeter. Plusieurs laïcs auxquels elles font confiance viennent fort heureusement leur prêter main-forte.

«C’est un exercice de détachement», s’accordent à dire les trois Ursulines rencontrées par Le Nouvelliste, voire «une liberté intérieure», précisera sœur Gisèle Normandin.

Il faut également faire des sacrifices personnels. Sœur Stella Tellier mentionne avoir jeté un exemplaire de sa thèse de maîtrise en psycho «et toutes mes fiches», dit-elle.

Sœur Normandin raconte que certaines religieuses, autrefois enseignantes, conservaient des préparations de classes datant d’il y 30 ou 40 ans. Pour sa part, elle a décidé de laisser aller les dernières lettres envoyées par sa mère, non sans un certain pincement.

Beaucoup de dons d’objets ont été faits à des organismes. «On n’osait pas donner des oreillers, parce que c’est quelque chose de personnel, mais Le Havre a voulu les avoir pour les personnes itinérantes dont il s’occupe», raconte sœur Corriveau.

Si ce n’était que cela... Beaucoup d’Ursulines, après le Concile Vatican II, avaient quitté le Monastère pour aller vivre aux quatre coins de la Mauricie par petits groupes, dans des maisons pleinement meublées. À mesure que leurs effectifs diminuaient, les Ursulines ont dû se résigner à mettre la clef sous la porte de ces maisons, mais le mobilier a été conservé. Aujourd’hui, il faut s’en départir.

«On s’est mises à trois pour faire l’élagage des chants liturgiques», raconte sœur Corriveau. C’est la musicienne du groupe, sœur Louise-Hélène Albert, qui a dirigé l’opération. Il aura fallu six semaines pour venir à bout de la gargantuesque pile.

Les Ursulines partageront le grand édifice construit par le Groupe Lokia avec les Filles de Jésus et les Carmélites qui restent dans la région.

Le Musée des Ursulines et le Pôle culturel du Monastère des Ursulines organisent une visite guidée de ce lieu historique foulé au fil des siècles par plus d’un millier de femmes. Le tout se déroulera le dimanche 5 mai, de 13 h à 17 h. Les réservations sont obligatoires. Il faut appeler au 819-375-7922 ou écrire à communication@musee-ursulines.qc.ca.