Angel Garcia Ortega (avant) et Pedro Santos Hernandez (arrière) sont parmi les 320 travailleurs étrangers arrivés en Mauricie depuis janvier pour travailler sur des terres agricoles.

Les travailleurs étrangers en renfort

TROIS-RIVIÈRES — L’embauche de travailleurs étrangers pour pallier la rareté de main-d’œuvre est une solution utilisée par plusieurs entreprises de la Mauricie. Depuis janvier, ils sont 320 à être arrivés en région pour travailler dans le secteur agricole. Ce phénomène pourrait se voir de plus en plus dans le domaine de la restauration au cours des prochaines années.

Depuis 2015, le nombre de travailleurs étrangers qui mettent la main à la pâte sur les terres agricoles de la Mauricie a augmenté de 89 %, selon Marie-Christine Brière, productrice agricole et présidente du syndicat de l’UPA des Chenaux.

Isabelle Gauthier, qui est non seulement propriétaire du casse-croûte et bar laitier Le Tournesol, mais également d’une ferme horticole, emploie depuis quelques années des travailleurs provenant du Mexique dans ses champs. Elle en embauche six, puisqu’elle est incapable de pourvoir aux postes vacants autrement. «Avant, j’avais au-dessus de 100 cueilleurs par avant-midi. Aujourd’hui, si on reçoit 15 noms pour venir cueillir, c’est beau», explique Mme Gauthier.

Cette dernière se retrouve donc dans l’obligation d’embaucher des travailleurs étrangers, malgré les coûts que ça engendre à son entreprise. «Il faut les loger, on défraie la moitié des coûts de leur prix d’avion, il faut payer pour des permis», dit-elle. Mme Brière affirme par contre que la majorité des producteurs agricoles qui se tournent vers la main-d’œuvre étrangère le font parce que ça vaut la peine.

«Ce sont des frais qui nous permettent de la continuité et d’assurer la pérennité de nos entreprises dans une période où on a de la difficulté à trouver des employés en région», indique-t-elle.

Mme Gauthier considère maintenant cette option pour son casse-croûte en prévision des prochaines années.

«Je comprends maintenant les restaurants qui se tournent vers la main-d’œuvre étrangère. À un moment donné, ça va devenir indispensable, parce que les commerces québécois vont fermer un après l’autre», tranche celle qui gère ses entreprises depuis 17 ans.

Une option dispendieuse pour les restaurateurs

Bien que l’embauche de travailleurs étrangers semble intéresser plusieurs restaurateurs, cette mesure s’avère cependant particulièrement dispendieuse et complexe pour les restaurateurs.

Selon l’Association Restauration Québec (ARQ), il peut en coûter jusqu’à 5000 $ par travailleur étranger aux restaurateurs. C’est que comme la plupart d’entre eux sont des gestionnaires de PME, ils doivent requérir à des services de consultants à l’externe afin de compléter le processus d’embauche.

L’organisation réclame d’ailleurs que ces procédures soient simplifiées par le gouvernement. «Un exploitant en restauration, quand il s’en va vers l’immigration, c’est vraiment en dernier recours», commente Martin Vézina, responsable des communications et des affaires publiques à l’ARQ.

Un lot de solutions à envisager

Différentes solutions sont discutées afin de pallier la pénurie de main-d’œuvre dans les emplois saisonniers. En 2018, 13 925 postes étaient vacants dans le domaine de la restauration, selon l’ARQ. En 2035, ce chiffre augmentera à 18 943 emplois disponibles, dont plus de 10 000 constituent des postes d’aides en cuisine, de plongeurs et de préposés au comptoir.

Un aspect important du manque de personnel en restauration, selon M. Vézina, est le partage de pourboire entre les employés en cuisine et ceux sur le plancher, ce qui pourrait remédier à l’écart salarial qui peut aller jusqu’à 12 $ l’heure. Cette solution peut toutefois ne pas plaire à tous les employés d’un restaurant. «Présentement, on étudie la redistribution de pourboire, mais il y a quand même une résistance au niveau du plancher», note Yves Marchand, propriétaire du restaurant L’Air Bête, à Trois-Rivières.

Au Bistro L’Ancêtre, on effectue une redistribution du pourboire entre les serveurs et les employés en cuisine. Selon Patrick Thiffault, employé du bistro, cela peut expliquer en partie le fait qu’il n’y ait pas de postes disponibles en cuisine au restaurant, contrairement à ce que vivent plusieurs propriétaires.

«C’est sûr que ça aide. [...] Ça peut leur donner un 200-300 $ de plus à la fin du mois», explique M. Thiffault.

L’ajustement du calendrier scolaire collégial aux périodes touristiques achalandées, l’implantation de mesures incitatives pour le retour au travail des retraités et l’augmentation des avantages sociaux et bonis offerts aux employés font partie des solutions envisagées par l’industrie de la restauration pour améliorer la situation actuelle.

«Ce ne sera pas une seule solution, il n’y a pas de solution magique», conclut M. Vézina.