Stéphane Trudel a rapidement repris la production de chaloupes et de canots à son usine principale, après l'incendie survenu au début du printemps chez Bateaux Saint-Jean-des-Piles.

Les temps sont durs pour le canot

L'année 2017 secoue le réputé milieu du canot dans le secteur Saint-Jean-des-Piles jusqu'à maintenant. Après l'incendie qui a complètement détruit un bâtiment et des équipements d'Embarcations Trudel à la fin mars, voilà qu'Alcide Quessy & Fils, une entreprise qui célébrait 55 ans d'exploitation en 2017, vient de faire cession de ses biens.
Les investisseurs intéressés pourront visiter l'usine Alcide Quessy & fils au cours des prochains jours.
Ce joyau patrimonial spécialisé dans la fabrication de rames et d'avirons a été fondé en 1962. La famille Quessy a vendu l'entreprise en 2014, mais les nouveaux propriétaires ont manqué de liquidité pour maintenir la cadence. Le syndic Roy Métivier Roberge est chargé de ce dossier et la première assemblée des créanciers est prévue le 14 juin, au bureau de Trois-Rivières.
Yan Patry, président de l'entreprise, est évidemment ébranlé par la tournure des événements. Entre six et huit personnes, selon le carnet de commandes, travaillaient à cet endroit.
«J'avais tous mis mes oeufs dans ce panier», raconte-t-il. «Nous avions un carnet de commandes extrêmement chargé. Ce n'est pas l'industrie qui fait défaut. Malheureusement, nous avons manqué de liquidité pour faire face à nos obligations. C'est un problème de croissance, comme plein d'entreprises en ont vécu. On n'était pas capable de réussir à produire ce qu'on avait à livrer et d'attendre le paiement pour passer à travers.»
La concurrence américaine ainsi que l'augmentation du prix du noyer foncé, utilisé dans la fabrication des produits, ont aussi joué dans l'équation. 
«Avec les frais d'achat, l'entreprise s'est retrouvée avec un endettement qu'elle n'avait pas à supporter dans le passé», ajoute Éric Pronovost, syndic chez Roy Métivier Roberge, responsable de ce dossier. «Il y avait une courbe d'apprentissage pour les acquéreurs qui, combinée à un certain flottement du marché, était beaucoup plus lourde à supporter. Ils n'avaient pas la capacité de maintenir l'entreprise à niveau et ils ont dû abdiquer. En plus, c'est une entreprise saisonnière qui n'avait pas de produit alternatif pour les périodes mortes.»
Jean-Pierre Quessy a fait grandir cette PME avec son père et ses frères, Gaétan et Normand, avant de la vendre il y a trois ans. Cette faillite l'attriste beaucoup.
«Ça fait quelque chose», soupire-t-il. «Quand vous l'avez pendant 52 ans et que ça tombe d'un coup sec... Lorsqu'on a vendu, tout allait comme sur des roulettes. On avait des commandes, on travaillait à l'année, sauf pour un mois de vacances. On n'a pas vendu parce que ça n'allait pas bien, on a vendu parce que des jeunes voulaient nous acheter. J'allais les voir de temps en temps; ils avaient gardé les mêmes employés.»
Au moment de l'acquisition, l'ex-Centre local de développement de Shawinigan avait consenti un prêt de 65 000 $ aux nouveaux propriétaires, via son Fonds local d'investissement et le Fonds Rio Tinto Alcan. Il reste un solde d'environ 40 000 $, indique Luc Arvisais, directeur du service de développement économique à Shawinigan.
Une relance est-elle possible? M. Pronovost le croit.
«Il y a une recherche d'acheteurs intéressés, dans le meilleur des scénarios, pour une reprise des activités. Des gens ont déjà démontré un certain intérêt. Pour d'autres, ce serait pour un démantèlement.»
Un appel d'offres doit paraître samedi pour accueillir les propositions. Des visites de l'entreprise seront organisées avec les acheteurs potentiels avant l'assemblée des créanciers.
Toujours en production
Pendant ce temps, le nettoyage de l'incendie qui a rasé Bateaux Saint-Jean-des-Piles, acquis par Embarcations Trudel il y a quelques années, vient d'être complété dans le coeur du village. Cette usine a flambé le 24 mars dernier. Le propriétaire, Stéphane Trudel, estime les pertes à près de 200 000 $.
Cette acquisition devait permettre à Embarcations Trudel de bonifier son espace d'entreposage. L'usine principale, qui a fait les beaux jours du fondateur de l'entreprise, Jean-Noël Trudel, est située sur un terrain escarpé, pas très loin du parc national de la Mauricie. Les possibilités d'expansion y sont très limitées.
Embarcations Trudel ne se serait possiblement pas remise d'un incendie aussi dévastateur à son usine principale, où une cinquantaine de moules s'entrecroisent sur le terrain. Ceux qui ont brûlé au coeur du village avaient tous leur copie, à l'exception de deux modèles. L'entreprise n'a pas trop mis de temps à reprendre son rythme, qui permet une production d'environ 350 unités par année. Embarcations Trudel offre 23 modèles de canots et de chaloupes et trois versions de traîneaux.
Le propriétaire souhaite rebâtir une division au village pour compenser son manque d'espace à l'usine principale. Il attend de régler avec son assureur avant d'établir des échéanciers. Les quatre autres employés ont continué à travailler après l'incendie.
«On est rendu à 180 unités cette année et nous avons déjà une trentaine de commandes pour l'an prochain», raconte M. Trudel, toujours enthousiaste malgré sa déveine.