Les Témoins de Jéhovah se sont tournés vers le téléphone pour remplacer le traditionnel porte-à-porte, à cause de la pandémie.
Les Témoins de Jéhovah se sont tournés vers le téléphone pour remplacer le traditionnel porte-à-porte, à cause de la pandémie.

Les Témoins de Jéhovah s’adaptent eux aussi à la pandémie

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — La pandémie a changé bien des habitudes: télétravail, moins de voyages, port du masque, distanciation, etc. La diminution des contacts sociaux en personne a aussi transformé le quotidien des Québécois. Parmi ces changements, il y en a un qui est peut-être passé plus inaperçu: la fin des visites à domicile de la part des Témoins de Jéhovah.

Les adeptes de cette religion n’ont pas échappé aux conséquences de l’urgence sanitaire. Finis les réunions hebdomadaires et les grands rassemblements. Même chose pour le porte-à-porte qu’ils effectuaient et les dépliants que l’on pouvait se procurer dans certains lieux publics. Cela ne veut toutefois pas dire que les Témoins de Jéhovah ont coupé tous les canaux de communication avec ceux qui ne pratiquent pas leur foi de la même manière qu’eux. Ils se sont tournés vers le téléphone.

«C’est certain que ç’a été un gros changement d’habitude pour nous. De changer de méthode, ça a demandé une adaptation. Au début, certains ont trouvé ça très difficile. Mais maintenant que ça fait quelque temps, ils ont pris l’habitude», confie Christian Rousseau, porte-parole pour les Témoins de Jéhovah au Québec.

Il faut dire que cette façon de faire n’est pas entièrement nouvelle, selon M. Rousseau. «Avec la mobilité réduite de certaines personnes et les hivers qui limitent parfois les déplacements au Québec, on utilisait déjà cette méthode avant. On est juste passé de rarement à beaucoup plus souvent.» Comment ce changement de méthode a-t-il été reçu par les gens qui ont été contactés par téléphone plutôt qu’en personne? Plutôt bien, croit le porte-parole.

«Quand les gens reçoivent un appel des Témoins de Jéhovah, ils sont surtout surpris. Mais pour ceux que ça intéresse, quand on leur explique la raison de notre appel, c’est apprécié», indique-t-il.

Si la pandémie a forcé ce changement de pratique, elle a aussi fourni de bons sujets de discussion lors de ces entretiens téléphoniques. Ce n’est pas nouveau que les Témoins de Jéhovah utilisent des sujets d’actualité pour interpeller les gens qu’ils rencontrent, mais là, le confinement a été en ce sens une occasion idéale.

«Notre message se concentre sur les principes bibliques qui peuvent aider à combattre l’isolement et le stress. Le contact est même plus positif, parce qu’on a plus de choses dont on peut parler. On fait tous face à la même réalité et beaucoup de gens ont apprécié de pouvoir en parler, et d’avoir quelqu’un avec qui en parler», relate M. Rousseau.

Des appels et des lettres

Il n’y a pas que le téléphone qui a été utilisé par les Témoins de Jéhovah pour entrer en contact avec d’autres personnes. On a également mis à contribution le papier à lettres, qui prenait la poussière de plus en plus depuis plusieurs années. Une façon singulière de rejoindre les gens, alors que leur organisation est pourtant dotée d’un site web qui utilise des médias audio et vidéo pour accompagner leur message. La bonne vieille lettre écrite à la main a cependant ses avantages, selon M. Rousseau.

Les grands rassemblements de Témoins de Jéhovah prévus au Canada ont été annulés. On prévoyait y recevoir près de 140 000 personnes.

«On trouve que la lettre, c’est une approche plus individuelle, et ça semble assez apprécié, quand on reçoit une réponse. Les personnes réalisent qu’on a pris le temps de leur écrire à la main. Ça montre qu’on leur porte de l’intérêt», explique-t-il.

Comme le téléphone, on avait déjà recours aux lettres avant la pandémie, mais leur utilisation a connu une hausse depuis le printemps dernier.

Rassemblements en ligne

En mars dernier, les Témoins de Jéhovah ont été contraints de fermer leurs lieux de culte, comme les autres religions. Cependant, malgré les assouplissements dans les règles sanitaires, ils n’ont toujours pas été rouverts. Aucune date n’a été fixée pour la reprise des activités en personne.

La technologie leur a toutefois permis, une fois encore, de poursuivre leurs activités, dont leurs réunions publiques hebdomadaires. Celles-ci se font toutefois en visioconférence ou en diffusion en continu.

«Dans l’ensemble, les commentaires sont positifs. On voit les gens se connecter, se saluer et se donner des nouvelles avant que ça commence. Des gens de tous les âges peuvent s’exprimer. Tout ça continue à être très positif pour nous», indique M. Rousseau.

Il a également été impossible d’organiser les grands rassemblements prévus dans les différentes régions du Québec, cette année. En Mauricie, un tel rassemblement était prévu au Centre Gervais Auto, à Shawinigan, en juin. Au total, au Canada, on prévoyait recevoir quelque 139 000 personnes lors de ces événements.

À défaut de pouvoir assister à l’un de ces rassemblements régionaux, les personnes intéressées ont pu se connecter à un événement virtuel, en diffusion en continu, ou même le voir en différé.

«Habituellement, ç’aurait été l’occasion de rencontrer des amis que l’on n’a pas vus depuis longtemps, puisque ça rassemble des Témoins de Jéhovah venant d’autres régions. Ça manquait, mais le programme a été très vu malgré tout. Il faut dire qu’il y a eu un effort de traduction phénoménal, en plus de 500 langues, dont huit ou dix langues aborigènes canadiennes», souligne M. Rousseau.

Alors que la deuxième vague de la COVID-19 a atteint le Québec, une chose semble sûre: les Témoins de Jéhovah devraient être prêts pour ce second déluge, avec la technologie et ses nombreuses possibilités de leur côté.