Claude Mercier, président du conseil d’administration de Coop taxi de la Mauricie, réunira ses membres en assemblée générale dimanche, pour discuter des modalités de la grève de lundi.

Les taxis de Trois-Rivières en grève lundi prochain

TROIS-RIVIÈRES — «Présentement à Trois-Rivières, il y a des propriétaires de taxi qui pleurent, qui sont enragés, qui perdent tout, qui vont se ramasser en faillite et qui sont dans une précarité incroyable.» C’est ainsi que Claude Mercier, président du conseil d’administration de Taxi Coop de la Mauricie, à Trois-Rivières, décrit l’état d’esprit chez ses collègues, dans la foulée de l’annonce du projet de loi n° 17 du ministre des Transports, François Bonnardel.

La coopérative, principal joueur de l’industrie du taxi à Trois-Rivières, avec environ 75 voitures, entend donc emboîter le pas au mouvement de grève, décrété pour lundi par l’Association des taxis des régions du Québec, afin de protester contre la réforme Bonnardel.

Le projet de loi du ministre des Transports, déposé plus tôt cette semaine, prévoit une refonte intégrale de l’industrie du transport rémunéré des personnes. On annonce notamment la fin des permis et des territoires moyennant une compensation financière de 250 millions $, s’ajoutant aux 250 millions $ déjà consentis par le gouvernement libéral en 2018.

«C’est tellement irrespectueux, c’est tellement grossier, ça ne tient pas la route, ça n’a pas de bon sens, ça ne peut pas se passer de même, c’est impossible», s’insurge Claude Mercier. Il indique que les chauffeurs de Trois-Rivières s’étaient vu accorder 1000 $ – imposables – chacun, à l’occasion de la première annonce, sous le gouvernement libéral. Un manque à gagner de plus de 140 000 $ sur la valeur d’un permis, maintient-il. 

Taxi Coop de la Mauricie se réunissait en conseil d’administration vendredi après-midi. Une assemblée générale est prévue dimanche pour évaluer la situation avec l’ensemble des membres. Les modalités du débrayage restent à définir. Taxi Coop de la Mauricie a notamment des ententes avec le Service de transport en commun de Trois-Rivières (STTR) pour le service de transport adapté. «On ne laissera pas personne mourir sur le coin de la rue», affirme Claude Mercier. «Ça prend des moyens de pression, il faut que le gouvernement comprenne qu’on n’est pas d’accord avec ça», soutient par ailleurs le président du conseil d’administration de la coopérative. «On ne laissera pas ça aller», promet-il.

Chez Taxi Élite, qui possède une flotte d’une dizaine de véhicules, on indique que l’on entend faire front commun et respecter le mouvement de grève. Jacques de Montigny, un des propriétaires de l’entreprise, croit que la grève de lundi va permettre au public de réaliser que le taxi ne sert pas uniquement à revenir du restaurant lors d’une soirée arrosée.

Le propriétaire donne l’exemple de tout le transport adapté, celui des facteurs qui prennent le taxi pour se rendre à une extrémité de leur route ou du transport médical et du personnel hospitalier qui se déplace d’un établissement à l’autre à l’intérieur d’un même quart de travail. 

«L’industrie du taxi, c’est à 80 % des personnes démunies», rajoute-t-il, «le ministre pense que tout le monde a un smartphone dans les mains. La madame de 82 ans, qui habite dans un quartier pauvre et qui va faire son épicerie, elle n’a pas de téléphone intelligent. Si tu scrapes l’industrie du taxi, puis tu la mets à terre, ce n’est pas vrai que cette dame-là va être en mesure de s’appeler un Uber. Puis ce monde-là, il n’y a personne qui pense à eux autres», se désole-t-il.  

Jacques de Montigny qualifie le projet d’abolir les permis de taxi de véritable expropriation, une formule reprise par la plupart des propriétaires avec qui Le Nouvelliste s’est entretenu. Rappelons qu’un permis de taxi à Trois-Rivières vaut entre 120 000 $ et 145 000 $, selon les chiffres qui circulent.

Pas de décision à Shawinigan

À Shawinigan, Sylvain Bernier, propriétaire de Taxi Bellemare, n’a pas encore pris de décision quant à la journée de lundi. S’il dit être personnellement touché et scandalisé par les mesures proposées, il explique avoir plusieurs contrats à honorer. S’il emboîte le pas au mouvement de grève, il risque de s’en tenir à ne pas prendre les nouveaux appels.

Après avoir discuté vendredi après-midi avec des représentants de l’Association du transport urbain du Québec, qui regroupe les neuf sociétés de transport en commun de la province, le STTR assure qu’il va surveiller l’évolution de la situation au cours de la fin de semaine. Mais on promet d’ores et déjà que le transport adapté sera assuré si la grève a lieu lundi. 

«On est déjà en mode action, soutient le directeur général du STTR, Guy de Montigny. On va assurer le transport adapté au besoin, c’est là-dessus qu’on travaille.»

M. de Montigny indique cependant que le service de taxi-bus ne sera pas offert s’il y a grève lundi. Il invite par ailleurs les citoyens à consulter régulièrement le site internet et la page Facebook du STTR au fil de la fin de semaine. «De l’information sera disponible quand on l’aura de façon plus précise», assure-t-il. 

À l’Association des taxis des régions du Québec, on déclare que la grève, prévue pour lundi 7 h, va toucher toutes les régions du Québec. «On est assez unis dans les circonstances. Les régions parlent d’une seule voix. Tout le monde est sur les blocs de départ, tout le monde est crinqué, prêt à faire ce qu’il faut pour défendre leur fonds de pension, leur retraite»,
rapporte son porte-parole Serge Lebreux.

Avec La Presse canadienne et Matthieu Max-Gessler