Des syndiqués du secteur de la santé ont manifesté samedi matin à Trois-Rivières.
Des syndiqués du secteur de la santé ont manifesté samedi matin à Trois-Rivières.

Les syndiqués émotifs: «on y a mis plus que du cœur, on y a mis notre santé»

TROIS-RIVIÈRES — Moins de 24 heures après le passage du premier ministre François Legault dans la région, des syndiqués du secteur de la santé, venus d'un peu partout au Québec et réunis sous l'égide de la CSN, avaient un message clair à lancer au gouvernement samedi matin, tandis que les négociations dans le secteur public peinent à avancer: «le quart des personnes infectées au Québec c'était des travailleuses et des travailleurs, on y a mis plus que du cœur, on y a mis notre santé, on veut répondre présent, mais on veut des actions concrètes. C'est ben le fun des compliments, mais ça n'améliore pas notre job», martèle-t-on.

La manifestation, à laquelle une soixantaine de véhicules prenaient part, était une initiative du Conseil central du Cœur-du-Québec. Parti du parc de l'Exposition, à Trois-Rivières, le cortège a d'abord passé devant le bureau du député de Trois-Rivières et ministre du Travail, Jean Boulet, pour ensuite culminer au pied de celui de la députée de Champlain, Sonia LeBel, nouvellement nommée à la présidence du Conseil du trésor. Ce point de chute se voulait symbolique, puisque c'est sous sa direction que doivent se poursuivre les négociations entre le gouvernement et les travailleurs du secteur public. 

Piètres conditions de travail, courbe des salaires qui ne suit pas celle de l'inflation, manque de reconnaissance généralisé, si les représentants syndicaux reprennent un discours qu'on a beaucoup entendu depuis quelques mois, la charge était particulièrement émotive, samedi matin. «M. Legault est un être douteux», déclare ainsi Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec (SPPSAM-CSN). «Si l'équité salariale n'est pas réglée depuis 10 ans, c'est la faute des syndicats, si on a des conditions de travail de merde, c'est la faute des syndicats, et il y a aussi, je pense... la famine dans le monde», ironise le syndicaliste. Il faut dire que le premier ministre avait repris la veille l'affirmation voulant que les nombreuses éclosions dans les CHSLD en début de pandémie résultaient notamment d’une mauvaise utilisation des équipements de protection par le personnel de la santé.

Par-delà les discours qui font des travailleurs de la santé des «anges gardiens», les syndiqués disent se heurter à une attitude de mépris. «Cessez les discours, présentez-vous aux tables [de négociation], avec des mandats pour régler les problèmes, entendez nos solutions et tenez-en compte», demande Caroline Senneville, vice-présidente de la CSN et responsable des négociations du secteur public. Elle relate qu'au cours des 30 dernières années, les employés du secteur public n'ont eu droit à des augmentations qui dépassaient l'inflation qu'en six occasions. «Ce n'est pas pour rien qu'on est obligé d'offrir des primes pour attirer du monde», observe la syndicaliste.

«Présentez-vous aux tables de négociations avec des mandats pour régler les problèmes», demande  Caroline Senneville, vice-présidente de la CSN et responsable des négociations du secteur public.

Bien que Mme Senneville se réjouisse que la crise ait permis de mettre en lumière le sort des préposés aux bénéficiaires, elle souligne que celui de nombreux travailleurs de la santé demeure fragile. «Il ne faut pas mettre la lumière juste sur les préposés et puis oublier tout le reste. Si les buanderies ne marchent pas, si l'entretien ménager ne marche pas, si l'informatique ne suit pas, en temps de pandémie... Le réseau est aussi fort que son maillon le plus faible», image-t-elle. «Il y a urgence d'agir», clament à l'unisson les syndiqués.

Il y a «urgence d'agir», clament les syndiqués.

Prêt pour une deuxième vague?

Si le réseau de la santé a tenu le coup et qu'il a traversé la crise de la COVID-19, c'est beaucoup grâce à l'engagement de ses travailleurs, maintiennent les syndiqués. À l'affirmation du premier ministre, qui déclarait vendredi que la région était prête pour une deuxième vague, Pascal Bastarache pose plusieurs bémols.

Selon le syndicaliste, l'argument principal du gouvernement tient au fait que les nouvelles cohortes de préposés aux bénéficiaires vont arriver en renfort. «Des préposés qui font de leur mieux, des préposés qui ont été garrochés, des préposés qui n'ont eu qu'un mois de théorie, des préposés qui vont devoir être jumelés à des préposés épuisés de la première vague, je me demande jusqu'où on est si préparé que ça», questionne M. Bastarache.

Le président du SPPSAM-CSN tient aussi à apporter sa version des faits quant au constat voulant que les contagions dans les CHSLD aient été la résultante d'une mauvaise utilisation des équipements de protection par les travailleurs de la santé. «On a tout pris les outils qui étaient mis à notre disposition par le CIUSSS, quand il y en avait», affirme-t-il. Encore aujourd'hui, les travailleurs n'auraient accès qu'à deux masques par jour, selon lui. «C'est trop facile de nous mettre la faute sur le dos», se désole Pascal Bastarache.

Il déplore par ailleurs que les appels lancés par le syndicat pour la fin du mouvement de personnel en début de pandémie n'aient pas été entendus. «Au Laflèche, on a demandé d'arrêter de promener le personnel d'étage en étage, on riait presque de nous, on nous trouvait alarmistes. Ils ont quand même continué à nous promener, deux semaines plus tard, tout l'étage l'avait attrapé», s'indigne-t-il.

«Il va falloir que M. Legault prenne le temps de nous écouter», déclare Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec.

«Il va falloir que M. Legault prenne le temps de nous écouter, qu'on discute des conditions de travail, d'arrêter de jouer avec nous, qu'on négocie de bonne foi, avant la deuxième vague, pour qu'on se concentre tous sur la même chose», insiste M. Bastarache.

Rappelons que les syndiqués du SPPSAM-CSN avaient présenté à Sonia LeBel une pétition réunissant plus de 2500 signatures et réclamant une enquête indépendante sur la gestion de leur employeur durant la crise causée par la pandémie. Pascal Bastarache dit n'avoir reçu aucun retour de la députée depuis. 

Au bureau de Mme LeBel, on réplique que les tables de négociation sont ouvertes et que l'on espère en arriver le plus rapidement possible à une entente avec les 550 000 employés de l'État québécois. On dément toutefois ne pas avoir donné suite à la pétition présentée à la ministre. Dans un courriel du 19 juin, adressé à la CSN, Mme LeBel fait en effet valoir que la pétition n'est pas recevable puisqu'elle ne respecte pas les critères établis par l'Assemblée nationale pour une telle démarche. On soutient toutefois que «le gouvernement étudiera avec attention les faits survenus au cours des derniers mois et posera les actions nécessaires». Pour ce faire, on dit pouvoir compter sur le rapport de la Protectrice du citoyen, laquelle «jouit de pouvoirs d'enquête très étendus», souligne-t-on.