Il y a beaucoup de craintes tant du côté du personnel enseignant que des étudiants.
Il y a beaucoup de craintes tant du côté du personnel enseignant que des étudiants.

Les syndicats inquiets pour la réussite des étudiants à l’université

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Le recteur de l’UQTR, Daniel McMahon, a eu beau se montrer très optimiste devant les médias sur le déroulement de la session d’automne 2020 en pleine crise sanitaire, avec des cours donnés majoritairement à distance, le Syndicat des chargés de cours, le Syndicat des professeur(e)s et l’Association générale des étudiants ne sont pas tout à fait sur les mêmes fréquences que lui.

À l’occasion d’une entrevue accordée au Nouvelliste, ces différentes instances se sont montrées plutôt inquiètes face à la réussite des étudiants, allant jusqu’à anticiper une possible baisse des notes.

«On va tout faire pour que ça aille bien», insiste le président du SPPUQTR, Gilles Bronchti. Dans son département, celui de l’anatomie, «nos cours d’été, qui sont des cours relativement intensifs, mais qu’on a vraiment essayé d’adapter le plus possible, nous laissent entrevoir une baisse de qualité d’apprentissage qui est très conséquente», dit-il.

«Pour des examens équivalents, on parle de 15 points de moins», illustre-t-il. Et pour des «connaissances, l’agilité des étudiants avec la matière (et l’on parle de cours qu’on donne depuis 10 ans), ce n’est pas comparable», constate-t-il. «Oui, je suis inquiet pour eux», dit-il. «On va voir. Peut-être qu’avec la résilience, tout va s’arranger», espère-t-il.

«Tout le monde va tout faire pour y arriver», assure la présidente du SCCUQTR, Carole Neill, mais il y a une inquiétude par rapport au décrochage», dit-elle. «La majorité des gens que je rencontre sont terriblement inquiets.»

Les représentants syndicaux et étudiants se sont prononcés également sur la déclaration du recteur à l’effet que les cours seraient enregistrés.

«On n’a jamais été consulté là-dessus», réplique Carole Neill. «Notre position, c’est que l’enregistrement n’est pas obligatoire. Le SCCUQTR a d’ailleurs fait parvenir un message à ses membres pour les en aviser, en réaction aux déclarations du recteur en conférence de presse le jour de la rentrée.

Ce n’est pas une question de vouloir ou pas. C’est qu’il y a «beaucoup de cas de figure», explique-t-elle. Parfois, c’est approprié, mais il y a aussi «des limites à l’enregistrement», fait valoir Gilles Bronchti. Il y a d’abord une question de protection du cours. «C’est quelque chose qui peut être assez sensible. On a vu des cours se retrouver sur des sites web» sans permission, illustre-t-il.

C’est aussi une question de qualité de l’enseignement, plaide-t-il. Cette qualité dépend de l’interaction entre enseignants et étudiants, dit-il.

Durant les cours à distance, constate-t-il, l’enseignant peut avoir un manque de réactivité ou de saisie de sa classe tandis que du côté des étudiants, le professeur Bronchti constate une augmentation du nombre de ceux et celles qui vont privilégier les cours enregistrés. Il y a donc beaucoup d’absents dans les classes virtuelles «et l’on perd cette qualité d’échanges, d’interactions». Ce n’est bon ni pour l’enseignant, ni pour l’étudiant, affirme-t-il, fort de l’expérience de la session d’été qui a convaincu plusieurs de ses collègues de ne pas enregistrer leurs cours.

Le président du SPPUQTR croit qu’il faut malgré tout y être ouvert à cause des contraintes technologiques qui peuvent survenir, comme des interruptions de courant ou des difficultés de branchement.

La président de l’AGEUQTR, Antoine Belisle-Cyr, indique que les cours à distance synchrones, en direct, peuvent être difficiles pour certains étudiants, dont les étudiants internationaux qui suivront des cours depuis leur pays. «En autant qu’il y ait des mesures d’accommodement en place, ça nous satisfait», nuance-t-il. Et c’est le cas notamment pour les étudiants en situation de handicap. «On comprend la position des syndicats. Une classe vide, même sur Zoom, ce n’est pas agréable, reconnaît-il.

Antoine Belisle-Cyr raconte que l’AGEUQTR a eu des discussions, pendant l’été, sur les arguments en faveur et en défaveur de l’enregistrement des cours. «La surprise, mercredi, au point de presse du recteur», dit-il, c’est qu’il «a fait fi de toutes ces discussions-là avec les vice-rectorats, cet été. Déjà que la situation est incertaine, affirmer des choses qui ne sont pas véridiques cause encore plus d’incertitudes. On trouve ça très dommage. On a utilisé des mots comme pitch de vente. C’est un peu l’impression qu’on a, de mettre une image publique de l’UQTR, de promettre des choses alors que derrière le rideau, c’est loin d’être la réalité», déplore le président de l’AGEUQTR.

Carole Neill ne le cache pas: «Il y a énormément d’inquiétude et d’anxiété par rapport à la session d’automne», dit-elle. Et c’est justement à cause de l’expérience vécue en fin de session d’hiver, alors que démarrait le confinement et que les cours se sont terminés à distance, renchérit Gilles Bronchti.

«Ça ne sera jamais comme un enseignement en classe», affirme Carole Neill. «Et là, l’Université vend un produit, crée des attentes que les chargés de cours et les professeurs ne seront pas capables de rencontrer, ou en partie», déplore-t-elle.

«Les étudiants risquent à un moment donné d’être déçus», anticipe-t-elle même si la même situation se verra aussi, en toute logique, dans toutes les universités du monde en ces temps de pandémie. «Tu n’as pas la stimulation du groupe», fait-elle valoir.

Le discours du recteur «était complètement en porte-à-faux avec la réalité du terrain», résume Mme Neill.

Le recteur, dans son discours de la rentrée, assurait que la qualité des cours serait égale, voire supérieure malgré les circonstances. C’est vrai «qu’on a travaillé très dur pour faire quelque chose de qualité», souligne Gilles Bronchti. «Dire que l’enseignement sera de la même qualité c’est méconnaître l’enseignement», estime-t-il. Il faut également penser aux conditions de l’enseignement, tant pour les professeurs que pour les étudiants, souligne-t-il.

Être sur Zoom pendant des heures, c’est plus difficile pour les étudiants au niveau de la concentration, ont constaté les intervenants.

Carolane Beaudoin, représentante socio-politique à l’AGEUQTR rappelle de son côté que l’exposition prolongée à la lumière bleue des ordinateurs est dommageable pour le sommeil tandis qu’il faut faire des efforts de concentration plus grands pour suivre des cours en ligne. C’est sans compter les étudiants-parents qui subissent des distractions à la maison. Bref, il n’y en aura pas de facile pour les étudiants, en cette inoubliable session d’automne 2020.