Les chantiers de construction ne sont pas de tout repos pour les signaleurs routiers.
Les chantiers de construction ne sont pas de tout repos pour les signaleurs routiers.

Les signaleurs routiers en ont marre de risquer leur vie et de recevoir des insultes

Marc-André Pelletier, Initiative de journalisme local
Marc-André Pelletier, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES – À quelques heures d’un cortège d’honneur tenu à Shawinigan pour souligner la mémoire de leur collègue Sylvain Beaulieu, décédé à Sainte-Eulalie le 21 septembre dernier, des signaleurs routiers prennent la parole: ils en ont marre du comportement des automobilistes à leur endroit.

Yves Picard est signaleur routier et installateur depuis plus de 26 ans. Il en a vu de toutes les sortes. «On reçoit des tonnes d’insultes, les gens sont impatients. Les chantiers sont parfois mal coordonnés et c’est nous qui payons la note», rapporte celui qui s’est fait lancer une pierre sur son camion la semaine dernière par un automobiliste mécontent.

Jean-François Dionne pratique le métier depuis plus de 15 ans. Il confie que ses collègues et lui subissent des comportements carrément extrêmes de conducteurs à bout de nerfs.

«Ils sont frustrés et ils nous lancent la première chose qu’ils trouvent dans leur voiture. Les gens nous rentrent dans les genoux avec leur pare-chocs, nous engueulent, nous lancent des cendriers, des bouteilles d’eau. Un collègue a même déjà reçu un café. Nous ne sommes là que pour donner un service, pour faire en sorte que les gens soient en sécurité», se désole-t-il.

Les deux hommes sont du même avis: le métier leur demande pratiquement de risquer leur vie chaque jour.

«Les gens passent très proche sur les autoroutes, des fois, ils ne sont même pas à un pied. Quand j’installe la signalisation, je regarde toujours 360 degrés. Sur l’heure de pointe, le monde est fou. Je me considère chanceux d’arriver chez nous le soir», avoue M. Perron.

«Il y a des gens qui sont fâchés et qui ne comprennent pas pourquoi on a laissé passer le véhicule devant eux, mais pas eux. On ne choisit pas la voiture, on prend la décision qu’on croit être la meilleure pour assurer la circulation du trafic. On vient écoeuré de se faire frapper. J’hésite parfois à continuer. Surtout que le salaire n’est pas équivalent au risque encouru», ajoute Jean-François Dionne.

Le salaire moyen d’un signaleur s’élève à 18,84 $ l’heure.

Yves Picard estime qu’une partie de la solution se trouve peut-être dans la formation des signaleurs.

«Bien sûr, le comportement des automobilistes fait la différence, mais la formation se fait maintenant sur ordinateur et je pense que c’est vraiment mieux sur place. Ce n’est pas la même réalité. La formation est devenue trop facile. Il faut revenir en arrière sur cet élément», raconte celui qui jure avoir constaté un taux d’accident beaucoup plus élevé depuis le changement effectué en 2013 dans la façon de former les signaleurs.