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Audrey Fontaine, propriétaire du Jardin La Brouette de Pierreville.
Audrey Fontaine, propriétaire du Jardin La Brouette de Pierreville.

Les semences se vendent comme... du papier de toilette!

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
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Trois-Rivières — L’intérêt pour le jardinage est en croissance exponentielle, constatent les producteurs et vendeurs de semences. Le phénomène est exacerbé par la pandémie au point où ces derniers peinent à répondre à la demande. «Là, il y a trop d’engouement. C’est un peu comme le papier de toilette» dont les stocks s’épuisaient à vue d’oeil au début de la pandémie de COVID-19, constate avec humour Magaly Macia, chargée de projet pour l’organisme Des Chenaux Récolte.

Cette passionnée de jardinage est membre du comité organisateur du Salon écolo de Sainte-Anne-de-la-Pérade qui tiendra dans cette municipalité, le 28 février, la toute première fête des semences en Mauricie. Celle de Nicolet a malheureusement été annulée cette année à cause de la pandémie, mais à Sainte-Anne-de-la-Pérade, on entend créer une grainothèque, au centre communautaire, où les gens pourront partager entre eux les semences excédentaires de leur jardin tout en respectant les mesures de distanciation. Des conférences en ligne seront également offertes.

Audrey Fontaine, du Jardin La Brouette de Pierreville, est agricultrice, semencière et maraîchère. Elle cultive en moyenne 70 variétés de légumes, dont une trentaine de variétés de tomates ancestrales. «Au cours des 50 dernières années, on a perdu 75 % des variétés de légumes dans le monde», déplore-t-elle. «Je ne peux pas comprendre qu’on se contente juste de quatre variétés de laitues, à l’épicerie, alors qu’il en existe plus de 5000.»

«Habituellement, on a un boom de ventes de semences en mars-avril, mais depuis le début de la pandémie, l’an passé, les commandes de semences n’ont jamais arrêté. Veut, veut pas, ça diminue nos stocks», dit-elle.

Les semenciers participent aux diverses fêtes des semences qui se déroulent chaque printemps aux quatre coins du Québec. Cette année, ce genre d’événement ne peut plus se tenir, du moins plus de la même manière, à cause des mesures sanitaires contre la COVID. À elle seule, Audrey Fontaine reçoit donc depuis quelque temps, environ 200 commandes par jour via son site internet.

Malgré la forte pression, cette entrepreneure ne croit pas qu’il manquera de semences à jardin sur le marché, cette année.

De gauche à droite: Magaly Macia, Stéphanie Tremblay et Gabrielle Nobert-Hivon, organisatrices de la Fête de semences de Sainte-Anne-de-la-Pérade.

«On a vécu, l’année passée, quelques pénuries en fin de saison et même pendant la saison», raconte Lise Gauthier, propriétaire de l’entreprise horticole Gauthier Fleurs et Jardins. «On avait prévu un peu le coup», raconte-t-elle. «On avait doublé nos commandes. Cette année, c’est un fait que les semenciers ont de la difficulté à subvenir aux demandes. On a vécu un certain retard, mais ça semble s’arranger. On a reçu nos semences. On les avait demandées pour la première semaine de janvier et on les a reçues la semaine passée. On voit qu’il y a une grosse pression chez les fournisseurs. On s’est fait dire que si l’on pensait acheter 100 paquets, il valait mieux ajouter 100 paquets de plus.»

Yves Gagnon, producteur maraîcher, semencier depuis une trentaine d’années et auteur de nombreux ouvrages sur la culture écologique des légumes, a la joie de voir sa fille, Catherine, développer une entreprise de vente de semences en ligne provenant de six producteurs du Québec, dont celles produites par la ferme familiale, Les Jardins du Grand Portage à Saint-Didace.

L’entreprise Semences du portage a dû quadrupler ses envois aux clients en mars dernier, lors du premier confinement, raconte-t-il. Plus récemment, les ventes ont doublé et presque triplé. «Au final, elle fait en ce moment environ 10 fois les ventes qu’elle faisait il y a deux ans», raconte M. Gagnon.

Selon Lise Gauthier qui fut présidente, pendant quelques années, de la Fédération interdisciplinaire de l’horticulture ornementale du Québec, cet engouement pour le jardinage n’est pas observable qu’au Québec. «On dirait que c’est planétaire», dit-elle en y voyant un effet de la pandémie. «Les gens veulent s’occuper. C’était déjà une tendance, mais la pandémie a accéléré la tendance. Les gens ont du temps et le désir de s’occuper à autre chose, ce qui nous apporte des résultats tangibles», dit-elle. «On voit même un gros boom dans les plantes vertes», constate-t-elle. «La pandémie a propulsé ça au cube.»

Lise Gauthier, propriétaire de l’entreprise horticole Gauthier Fleurs et Jardins.

Gauthier Fleurs et Jardins fait notamment affaire avec son fournisseur W.H. Perron qui, de son côté, ne chôme pas par les temps qui courent. Le 21 janvier, l’entreprise de distribution de semences de Laval, membre du Panier Bleu, avisait sa clientèle qu’elle cessait de prendre les nouvelles commandes jusqu’au 28 janvier à cause d’une «surcharge élevée de travail dû à une concentration très importante des commandes». L’entreprise a recommencé le 29, comme prévu, à prendre de nouvelles commandes.

L’accroissement de l’envoi postal dû aux commandes en ligne pour toutes ces entreprises «fait en sorte que ça refoule», constate Mme Gauthier.

Cette dernière indique qu’il est possible de faire ses achats de semences ces jours-ci, tout en étant conscient, bien sûr, qu’il ne faut surtout pas démarrer ses plants tout de suite, car il est encore beaucoup trop tôt.