Mathieu Martin, directeur des communications au Temps d'une Pinte.
Mathieu Martin, directeur des communications au Temps d'une Pinte.

Les restaurants de Trois-Rivières s'adaptent, ceux de Shawinigan anticipent

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Une semaine après le passage de Trois-Rivières en zone rouge, les restaurateurs s'adaptent comme ils le peuvent à la fermeture forcée de leur salle à manger. Certains ont préféré limiter les pertes et fermer temporairement, alors que d'autres se sont tournés vers la formule des commandes pour emporter et la livraison pour continuer à faire des profits, même si ceux-ci sont maigres.

Au Temps d'une Pinte, on a recommencé à offrir un service de commandes pour emporter, une formule brièvement testée au printemps dernier. Cependant, les affaires ne vont pas aussi bien que lorsque la salle à manger était ouverte.

«On commence à avoir un engouement, on offre maintenant les commandes en ligne avec UEAT. Ça nous a amené quelques commandes de plus. Mais c'est évident que la situation est difficile. Les gens ne sont pas aussi enthousiastes avec le take-out qu'en temps normal», concède Mathieu Martin, directeur des communications.

Malgré tout, il assure que son équipe garde le moral. Il reconnaît que la diversité des produits de l'entreprise, qui comprend une microbrasserie et possède la brûlerie Le Torréfacteur des Trois Rivières, donne un bon coup de pouce.

«C'est sûr que les ventes externes, c'est un gros plus pour nous. On avait six points de vente avant la pandémie et là, on est rendu à presque une centaine, soit une soixantaine en Mauricie et une quarantaine à l'extérieur de la région», indique-t-il.

La propriétaire du Café Frida, Gabrielle Cossette, indique pour sa part que son restaurant est encore en adaptation. L'entreprise offre également une formule de commandes pour emporter, une option qui n'était pas disponible au printemps dernier, alors que le restaurant avait tout simplement été fermé.

«Ça fait seulement une semaine, alors ça ne nous donne pas vraiment une bonne idée du prochain mois. Pour le moment, ça va relativement bien, mais il y a beaucoup d'ajustements à faire, on est dans l'inconnu pour tout, le nombre de commandes, la production, les horaires, etc. Je dois être présente tous les jours pour être sûre que tout fonctionne bien», confie-t-elle. 

Gabrielle Cossette, propriétaire du Café Frida.

Comme Mathieu Martin, Mme Cossette mentionne que les commandes pour emporter ne permettent pas d'avoir un chiffre d'affaires comparable à celui d'avant le passage en zone rouge. Le moral de toute son équipe en a donc pris un coup.

«Je pense que les gens sont tous très inquiets. Surtout qu'on a beaucoup d'employés qui sont là depuis 5 ans, ils vont partager le stress de l'entreprise. Il y a beaucoup d'inquiétudes», reconnaît-elle.

«Épée de Damoclès» sur les restos de Shawinigan

Contrairement à Trois-Rivières, Shawinigan demeure toujours en zone orange. Les restaurateurs peuvent donc accueillir des clients dans leur salle à manger, tout en respectant bien sûr les restrictions de la santé publique. La crainte de voir la ville passer au prochain palier d'alerte demeure cependant une préoccupation constante chez eux.

«Pour l'instant, ça va, parce qu'on est dans l'orange. Mais c'est très instable. Hier soir, on a eu un gros souper, on était très satisfaits. Mais on a toujours une épée de Damoclès au-dessus de la tête», affirme Jean Nadeau, propriétaire du restaurant St-Hubert de Shawinigan.

Or, outre les pertes financières qui sont à craindre si les salles à manger devaient fermer, les restaurants risquent également de se retrouver avec un surplus de stocks pour la préparation des repas. Bien que cela ne soit pas le cas de son restaurant, M. Nadeau reconnaît qu'il s'agit d'une source d'inquiétude pour ses collègues du domaine de la restauration.

«Plusieurs ont commencé à s'adapter. Quand tout a fermé, en mars, plusieurs de mes collègues restaurateurs se sont lancés dans les commandes à emporter. Mais c'est sûr que c'est difficile pour eux. Nous, on a la chance d'être soutenu par la franchise, mais ce n'est pas le cas de tout le monde», concède-t-il.

Au restaurant Chez Grace, au centre-ville de Shawinigan, les propriétaires demeurent optimistes, malgré l'incertitude.

«Oui, la crainte de passer en zone rouge est présente, mais c'est juste une question d'adaptation. Dans la première vague, on s'est adapté très vite, on a trouvé des solutions adaptées à la situation et à notre réalité», mentionne Kevin Dubord, copropriétaire.

Des Trifluviens en visite en zone orange

En annonçant que la ville de Trois-Rivières et trois MRC du Centre-du-Québec passeraient en zone rouge, il y a un peu plus d'une semaine, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, avait été catégorique: on attend des résidents des zones rouges qu'ils ne se rendent pas en zone orange pour pratiquer des activités qu'ils ne peuvent pas faire en zone rouge. Or, malgré cet appel du ministre, des résidents de zones rouges sont tout de même allés casser la croûte à Shawinigan.

«On tient un registre de tous nos clients, alors on le sait quand des gens viennent de l'extérieur et oui, il y a des gens qui sont venus de zones rouges. On ne peut pas les refuser, on ne peut pas jouer à la police tout le temps. Mais il faut être vigilants et bien appliquer toutes les mesures de sécurité», indique Jean Nadeau.

Sur les réseaux sociaux, une publication sur Facebook d'une page Spotted dénonçait, plus tôt cette semaine, le fait qu'un résident de Trois-Rivières était venu s'inscrire à un centre d'entraînement shawiniganais. Après vérification, un employé a effectivement confirmé au Nouvelliste que plusieurs résidents de Trois-Rivières sont venus s'inscrire au centre d'entraînement dans la dernière semaine.

«Je ne sais pas si on a le droit, mais mon gérant m'a dit de les prendre», a-t-il indiqué.

Le CIUSSS a indiqué au Nouvelliste, samedi, ne pas savoir si des entreprises en zone orange qui reçoivent des clients de zone rouge tout en connaissant leur provenance pourraient être mis à l'amende pour cette région. Du côté de la Sûreté du Québec, on indique qu'un commerçant en zone orange qui serait préoccupé par la présence de clients venant d'une zone rouge dans son établissement pourrait demander que des policiers interviennent, minimalement pour se faire une idée de la situation. À savoir si un rapport d'infraction pourrait être remis au commerçant, le corps policier n'a pas souhaité s'avancer sur la question.

Il est d'ailleurs à noter que la Santé publique n'interdit pas les déplacements entre les zones rouges et les zones orange, jaunes ou vertes. Elle les déconseille toutefois fortement.