Les motoneigistes pourraient être forcés de repenser leurs stratégies cette année.
Les motoneigistes pourraient être forcés de repenser leurs stratégies cette année.

Les relais de motoneiges craignent le pire

Marc-André Pelletier, Initiative de journalisme local
Marc-André Pelletier, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
Saint-Séverin-de-Proulxville — Les relais de motoneiges de la région ne voient pas comment ils pourraient éviter le pire cet hiver, alors qu’à moins d’un changement de dernière minute, ils ne pourront ouvrir leurs salles à manger, principales sources de revenus de plusieurs.

Au Relais de la station à Saint-Séverin, le propriétaire Guy Leblond est catégorique: si les mesures sanitaires ne sont pas réduites, il n’entend pas se casser la tête et demeurera en formule mets à emporter.

«Si ça reste comme ça, c’est sûr à 100% qu’on reste fermé. Je ne peux pas ouvrir gratuitement comme le suggère la ministre du Tourisme Caroline Proulx. Je vais payer des employés, du chauffage, du nettoyage pour que les gens viennent chez nous manger de la nourriture d’ailleurs. On a tous les coûts, mais sans les revenus. C’est rire de nous. Est-ce qu’ils veulent qu’on fournisse la moutarde aussi?», peste-t-il.

Au sein des hôtels Marineau, notamment pour la Haute-Mauricie, on estime que le manque à gagner sera très important si les salles à manger ne sont pas permises.

«Si on n’a pas de motoneiges cet hiver, ça va faire vraiment mal. On ne peut toutefois pas avoir toutes les dépenses sans les revenus. En même temps, on ne veut pas laisser un motoneigiste manger son sandwich dehors à -40 degrés. Mon hôtel de Mattawin, sans motoneige, je ne suis vraiment pas certain que ce serait viable. Même chose pour La Tuque», explique Donald Desrochers, directeur général chez la chaîne mauricienne.

On dénote un peu plus d’optimisme au Relais 22 milles de La Tuque alors que la propriétaire Christine Rives soutient que l’endroit a su diversifier ses activités ces dernières années et croit pouvoir s’en sortir.

«Je me compte chanceuse parce qu’il y a une entreprise pas très loin et les travailleurs viennent chercher leurs lunchs. On va miser sur le ‘’takeout’’ et les prêt-à-cuire. Moi, ce qui me fait plus peur, c’est d’avoir trop de monde à l’intérieur. Où va-t-on les mettre si ça arrive? On ne sait pas ce qu’on fera, mais on espère aussi que notre personnel ne tombera pas malade.»

Tous essaient de se préparer comme ils le peuvent, en sachant que si les règles changent, ça risque d’arriver à la dernière minute.

«La motoneige, c’est un écosystème. Si on ne peut bénéficier des week-ends de janvier et février, là, ça va faire très mal. Depuis septembre que le tourisme va mal, après un été pas si pire. En plus, dans notre cas, on a le marché des groupes sportifs qui est tombé. On ne pourra pas faire vivre nos restaurants en comptant seulement sur des motoneigistes de la région», ajoute M. Desrochers.

«La dernière fois, on l’a su trois jours avant qu’il faudrait fermer. Je préfère y aller un peu plus à la dernière minute alors que normalement, j’aime être beaucoup en avance. La clientèle qui fait habituellement de grandes tournées, on ne compte pas sur eux cette année», prévient Mme Rives.

Monsieur Leblond estime qu’il en va aussi d’une question de sécurité. «Souvent, quand il y a quelque chose, un accident, un sentier endommagé, je le sais bien avant les clubs. Là, si on n’est pas là pour les aviser, il va arriver quoi?», se questionne-t-il, affirmant au passage que les relais de la région sont à se regrouper pour faire front commun. Une annonce en ce sens pourrait être effectuée au cours des prochains jours.

Un appui des chambres de commerce

Le Regroupement des chambres de commerce de la Mauricie (RCCM) donne par ailleurs son appui aux relais, estimant que le gouvernement doit «alléger les restrictions en zone rouge […] afin de ne pas seulement permettre d’accueillir les motoneigistes, mais bien de leur offrir au moins la nourriture, de les servir en bonne et due forme ou à offrir une aide subséquente qui pourrait faire en sorte que nos relais motoneiges y voient un intérêt à ouvrir et à accueillir la clientèle», peut-on lire dans un communiqué.

Le président de l’Association des pourvoiries de la Mauricie, Bruno Caron, va dans le même sens que le propriétaire du Relais de la station.

«En forêt, avoir un lieu pour se réchauffer et avoir accès à de l’essence est une nécessité pour la sécurité des motoneigistes. Ces relais, dont plusieurs sont des pourvoiries, sont des points de repère très importants pour les motoneigistes», rappelle-t-il.

Selon des estimations, l’industrie de la motoneige rapporte environ trois milliards $ annuellement au Québec.