La célébration annuelle Diwali, la fête des Lumières, organisée par le campus, est passée de moins de 200 participants à environ 2500 visiteurs en novembre.

Les provinces de l’Atlantique misent sur les étudiants étrangers

Gunny Brar a vu Sydney, en Nouvelle-Écosse, se transformer depuis qu’il a mis le pied à l’Université du Cap-Breton en 2015.

La petite communauté de l’institution, qui compte environ 4000 étudiants, est à présent composée à moitié ou presque d’une clientèle internationale. Environ un quart, comme Gunny Brar, vient de l’Inde.

Dans son nouveau rôle de président du syndicat étudiant de l’université, le jeune homme a été témoin de l’accélération de la diversification de la petite ville de la côte Est grâce à l’afflux de jeunes universitaires.

La célébration annuelle Diwali, la fête des Lumières, organisée par le campus, est passée de moins de 200 participants à environ 2500 visiteurs en novembre.

Ces éléments qui rappellent l’Inde sont importants pour les étudiants qui s’expatrient loin de leur famille, souligne M. Brar, tandis que les autres membres de la communauté semblent emballés par la bouffée d’air frais qu’apportent ces nouveaux arrivants.

Un propriétaire de logements a appelé Gunny Brar, en septembre, pour lui demander quel plat il devrait préparer pour ses nouveaux locataires qui arrivaient de l’Inde. Il a poursuivi en disant à quel point il était heureux de voir des jeunes louer son appartement.

«Je reçois des appels presque chaque jour de gens d’ici qui me disent combien ils se sentent chanceux de faire partie de cette croissance», raconte l’étudiant.

«C’est presque comme leur apporter le monde, non?»

L’Université du Cap-Breton est l’un des nombreux établissements d’éducation supérieure des provinces de l’Atlantique qui recrutent activement des étudiants étrangers, en partie pour attirer de jeunes professionnels instruits dans une région du pays qui vieillit rapidement.

La population étudiante de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard est maintenant composée d’environ 25 % d’étudiants internationaux.

À l’Université Memorial de Terre-Neuve-et-Labrador, les étudiants canadiens et les étudiants étrangers sont encore pratiquement à égalité, mais cette année, les étudiants internationaux étaient légèrement plus nombreux.

Une bouffée de fraîcheur

Cette poussée de croissance représente une bouffée de fraîcheur pour une région qui cherche à stimuler une économie en difficulté et à soutenir une population en déclin.

«La plupart des universités canadiennes ne se considéraient pas traditionnellement comme faisant partie du mécanisme de la croissance démographique, elles se considéraient comme des établissements d’enseignement», souligne Michael Haan, professeur de sociologie à l’Université Western, qui a étudié la mobilité des étudiants internationaux dans les provinces de l’Atlantique.

«Il y a un déficit démographique partout au Canada, mais il est particulièrement frappant dans le Canada atlantique. Ces étudiants étrangers sont donc potentiellement une partie de la solution», analyse M. Haan.

Deux initiatives fédérales-provinciales, la Stratégie de croissance de l’Atlantique et le Programme pilote d’immigration au Canada atlantique, comprennent des mesures visant à accroître le recrutement et la rétention d’étudiants étrangers.

Les étudiants internationaux paient des droits de scolarité plus élevés que leurs homologues canadiens, mais le tarif en vigueur dans plusieurs établissements de l’Atlantique demeure plus abordable que dans certaines autres régions du Canada.

Une année de baccalauréat à l’Université Memorial, à Saint-Jean, coûte environ 11 460 $ pour un étudiant étranger, contre 35 000 $ à 48 000 $ pour le même étudiant inscrit à l’Université de la Colombie-Britannique.

Les étudiants sont également séduits par l’attrait des petits campus dans des communautés chaleureuses.

Mengyu Zang, étudiante de troisième année en informatique à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, est arrivée dans l’île après une année d’études en Chine.

Elle est venue en partie pour les fruits de mer et le style de vie décontracté de l’île, mais elle se réjouit de la grande attention des professeurs qui la connaissent par son nom.

«Les gens ici sont très gentils, a-t-elle commenté. Les professeurs, ils connaissent votre nom. Quand j’étais en Chine, l’université était plus grande, mais je n’avais pas vraiment d’attention des professeurs.»

Les universités s’efforcent de faciliter les démarches en vue de l’obtention de la résidence permanente pour des étudiants comme Mengyu Zang.

Sur le campus de Memorial à Saint-Jean, les étudiants peuvent prendre rendez-vous avec des conseillers du bureau provincial de l’immigration pour discuter et planifier leur avenir au Canada.

Lynn Walsh, du Bureau de l’internationalisation de l’université, rapporte que les séances d’information ont attiré de nombreux étudiants prêts à naviguer dans le système d’immigration.

Les recherches montrent que les étudiants étrangers ont un impact énorme sur l’économie des provinces.

Un rapport publié en février par le Conseil des ministres de l’Éducation et de la Formation de l’Atlantique a révélé que les étudiants étrangers injectaient 795 millions $ par année dans l’économie de la côte Est.

Selon le document, environ les deux tiers des étudiants ont déclaré qu’ils prévoyaient rester dans leur province d’études après avoir obtenu leur diplôme.

Cependant, selon un rapport publié en 2017 par le professeur Michael Haan pour le compte de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique, environ les deux tiers des étudiants internationaux de la côte Est ont quitté le Canada après l’expiration de leur permis d’études. Environ 11 % des étudiants étrangers sont demeurés dans leur région d’études lorsqu’ils sont devenus résidents permanents.

En scrutant les visas d’étudiants, les registres aéroportuaires et les données fiscales jusqu’en 2013, le rapport a établi que plus de la moitié des étudiants ayant affirmé avoir l’intention de rester à l’Île-du-Prince-Édouard après avoir obtenu leur diplôme avaient fini par partir.

Les données n’incluent pas les années ayant suivi l’introduction de la Stratégie de croissance de l’Atlantique et du Programme pilote d’immigration au Canada atlantique, mais les résultats suggèrent que les étudiants sont peut-être attirés vers les provinces de l’Ouest pour les mêmes raisons que leurs camarades canadiens.

Le défi de la rétention

Pour des étudiants comme Gunny Brar, partir pour un autre établissement est parfois nécessaire pour poursuivre des études aux cycles supérieurs.

Maintenant étudiant en sciences infirmières, M. Brar espère éventuellement être admis dans une faculté de médecine, mais le programme n’est pas disponible sur l’île du Cap-Breton, même s’il adore la communauté.

D’autres ne savent pas où trouver du travail, comme beaucoup d’étudiants canadiens dans l’est du pays.

Michael Haan pense que c’est un domaine où les établissements d’enseignement pourraient mieux faire.

«Les universités font des trucs de préparation professionnelle. Je ne sais pas si elles ont compris le genre de choses que les étudiants étrangers doivent faire pour survivre sur le marché du travail local.»

Dans de nombreux cas, les étudiants trouvent des moyens d’entrer sur le marché du travail, parfois en devenant eux-mêmes entrepreneurs.

L’été dernier, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a annoncé la création de deux nouvelles filières d’immigration entrepreneuriale destinées aux diplômés internationaux ou aux nouveaux arrivants qui cherchent à créer ou à gérer une entreprise.

L’annonce a été faite au siège social de HeyOrca, à Saint-Jean, une jeune entreprise prospère de logiciels fondée par des diplômés internationaux de Memorial, Joe Teo et Sahand Seifi.

«J’ai rencontré un nombre incalculable de diplômés internationaux qui ont dû abandonner temporairement leurs projets d’entrepreneuriat, car aucun programme ne leur permettait de rester. Pour la première fois, ces entrepreneurs ont une voie claire vers la résidence permanente», a commenté Joe Teo dans un communiqué.

Au printemps dernier, l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard a organisé ses premières formations sous le thème «Job Ready Bootcamp», conçues pour aider les étudiants à améliorer leur connaissance du marché du travail et à mettre en pratique des techniques telles que les compétences de communication et l’aisance dans les entretiens d’embauche.

Mengyu Zang a participé à la formation et a réussi à décrocher un emploi d’été au service informatique de l’université.

«J’aimerais travailler sur l’île après avoir obtenu mon diplôme, mais pour être honnête, je ne savais pas trop si je devais partir ou rester quand je suis arrivée ici», a-t-elle confié.

«Maintenant, après avoir eu ces sessions d’études, après avoir eu ces expériences de travail, je suis assez confiante.»