Lise Vadeboncoeur ­
Lise Vadeboncoeur ­

Les proches aidants doivent s'adapter: «C’est beaucoup, beaucoup d’inquiétude»

Marie-Eve Lafontaine
Marie-Eve Lafontaine
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Alors que les personnes âgées de plus de 70 ans sont cloîtrées chez elles en raison de la crise de la COVID-19, les proches aidants doivent tenir le fort plus que jamais. Le Regroupement des aidants naturels de la Mauricie s’inquiète des risques d’épuisement.

«Chaque jour, il y a des mesures qui s’ajoutent. On va voir dans les jours qui vont suivre l’impact qu’elles vont avoir, mais pour l’instant, on croit que l’aidant va devoir subir un peu plus d’isolement et beaucoup d’incertitudes», estime Christiane Guilbeault, coordonnatrice du Regroupement des aidants naturels de la Mauricie.

Les proches aidants d’une personne âgée de plus de 70 ans à la maison vont probablement éviter de sortir en plus de ne plus recevoir de visites. «On a peur que les aidants soient très isolés. Ils ne peuvent plus venir aux activités et ils vont être confinés à domicile avec leur aidé. Ils vont aussi avoir beaucoup moins d’aide parce que la famille n’osera plus les visiter. Ça nous fait peur par rapport aux risques d’épuisement», estime Mme Guilbeault.

L’organisme, qui compte quelque 800 membres dont près de 500 viennent en aide à un aîné, a d’ailleurs dû annuler ou reporter toutes ses activités prévues dans les prochaines semaines. Formation, conférence, café-rencontre et même des cours de danse et une sortie à la cabane à sucre: autant d’événements, qui permettaient aux proches aidants de se divertir, qui ne pourront se tenir pour le moment, à tout le moins.

Pour ce qui est des CHSLD, des résidences de personnes âgées et des hôpitaux, les visites sont interdites depuis samedi. Toutefois, en conférence de presse lundi, le premier ministre François Legault, a précisé que des exceptions étaient possibles pour ceux qui font «du travail de bénévole ou d’aidant naturel». Le Centre intégré universitaire de santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) a pris note de cet assouplissement. «Ça va être une évaluation vraiment au cas par cas. S’il y a une histoire de voyage dans les 14 derniers jours ou des symptômes, c’est sûr que c’est non négociable», mentionne Guillaume Cliche, porte-parole du CIUSSS MCQ.

Il faut dire que dans la situation actuelle de pénurie de main-d’œuvre, plusieurs proches d’usagers des CHSLD notamment viennent non seulement leur tenir compagnie mais aussi les aider dans leur quotidien que ce soit en leur donnant à manger ou en lavant leurs vêtements, par exemple.

Lise Vadeboncoeur a dû se résoudre, samedi, à dire au revoir à sa mère de 91 ans, qui se trouve au CHSLD Roland-Leclerc. «Ç’a été déchirant», mentionnait-elle, avec émotion, lundi matin. «Elle n’a pas compris. Elle ne saisit pas.»

Comme sa mère est en isolation en raison de la grippe et qu’elle refuse de prendre ses traitements sans la présence de sa fille, Mme Vadeboncoeur a été autorisée à lui rendre visite, en fin d’après-midi, lundi, pour cause humanitaire. Elle a dû signer un contrat certifiant qu’elle n’a pas de symptômes de grippe ou de rhume. «Je suis très soulagée, très contente», a-t-elle souligné.

Mme Vadeboncoeur a l’habitude de rendre visite à sa mère tous les jours. Les longues heures durant lesquelles elle ignorait quand elle pourrait la revoir ont été très pénibles. «J’avais peur qu’elle se laisse aller. C’est beaucoup, beaucoup d’inquiétude.»

De plus, le dévouement de ces proches permet de donner un coup de main au personnel, rappelle-t-elle. «C’est beaucoup demandé au personnel. Quand la famille est là, c’est du soutien», fait valoir Mme Vadeboncoeur, qui comprend toutefois la nécessité des recommandations gouvernementales concernant les aînés.

Mais cela représente un très grand sacrifice pour eux, souligne la Trifluvienne. «Derrière chaque fenêtre en CHSLD, il y a des gens qui attendent les leurs»,image-t-elle.

Ces inquiétudes, le Regroupement des aidants naturels de la Mauricie les comprend très bien. Certains de ses membres vont voir un proche au CHSLD, en résidence ou à l’hôpital tous les jours. «C’est sûr que ça cause beaucoup d’inquiétude. Comment va mon conjoint, ma conjointe, mon parent? Est-ce qu’il manque de quoi que ce soit? C’est sûr que ça va avoir un impact», souligne Mme Guilbeault. «Il faut faire confiance au personnel, mais en même temps, on sait qu’il est débordé», ajoute-t-elle.

En attendant une reprise de la vie normale, le Regroupement va tout faire pour aider ses membres avec les moyens dont il dispose actuellement. «On va suivre la situation de près, et on va soutenir le proche aidant du mieux qu’on peut avec du support téléphonique.»