Guy Bourassa, président et directeur général de Nemaska Lithium.

Les portes s’ouvrent enfin

SHAWINIGAN — Après quelques mois de flottement causé par une intense recherche de partenaires financiers, Nemaska Lithium peut enfin réaliser son plan arrêté depuis l’acquisition d’une partie de l’ancienne papeterie Laurentide, soit l’exploitation de la mine Whabouchi et de l’usine commerciale à Shawinigan. Le financement de 1,1 milliard $ annoncé à la fin mai constituait la clé qui permet d’ouvrir la porte de ces perspectives et tout indique maintenant qu’au dernier trimestre de 2020, le site reconnu pendant 126 ans pour la production de pâte et papier enverra de l’hydroxyde et du carbonate de lithium partout à travers le monde.

Le président-directeur général de l’usine, Guy Bourassa, a connu un premier semestre déterminant pour l’avenir de Nemaska Lithium en 2018. Des ententes avec de nouveaux clients se sont succédé, mais surtout, ce financement de 1,1 milliard $ est venu éclaircir les horizons.

«Ça nous mène jusqu’à l’année complète suivant la mise en service de l’usine commerciale, avec les fonds nécessaires pour démarrer et monter en puissance», précise M. Bourassa. «Par la suite, nous générerons nos fonds.»

M. Bourassa convient que Nemaska Lithium a vécu une période de «ralentissement» entre l’automne 2017 et le printemps dernier, en raison de cette quête de financement qui s’est intensifiée sur environ neuf mois. Le rythme est plus soutenu depuis la conclusion du montage.

«Ça nous a permis de reprendre les travaux à la mine: continuer l’aménagement du site, préparer les fondations pour les équipements de concassage et de triage de minerai, embaucher du personnel permanent, passer des commandes pour des équipements», énumère M. Bourassa. «Nous avons un échéancier de douze mois avant sa mise en service.» Rappelons que le 29 mai, l’entreprise annonçait une entente pour la vente de concentré de spodumène avec Hanwa à compter du dernier trimestre de 2019. M. Bourassa anticipe des revenus nets de 50 millions $ par année grâce à ce partenariat.

À Shawinigan, on sait que les échéanciers de construction de l’usine électrochimique ont bougé au cours des dernières années. Avec le succès de la dernière ronde de financement, toutes les incertitudes sont levées.

«Les échéanciers risquent de changer pas mal moins», s’enthousiasme M. Bourassa. «Nous avons un rythme de croisière déterminé et établi.»

Les travaux de démolition sur la propriété de Nemaska Lithium à Shawinigan sont terminés depuis la fin mai. «Le site est prêt à recevoir le calcinateur», précise le président-directeur général. «À l’intérieur, il faut refaire les planchers, s’assurer des portances, changer des supports pour recevoir ces équipements.»

«Nous avons pu accélérer l’ingénierie de détail pour commander les équipements à long délai de livraison, soit environ douze mois. Nous avions des soumissions dont les dates étaient expirées et nous les réactivons.»

L’usine commerciale doit entreprendre sa production annuelle de 33 000 tonnes d’hydroxyde et de carbonate de lithium vers le dernier trimestre de 2020.

«Pour le moment, nous avons 94 % de cette production qui est déjà engagée par contrat», sourit M. Bourassa. «De s’être déjà autant commis à notre stade d’avancement, c’est du jamais-vu. Les gens avec qui nous avons ces ententes voulaient tous plus de matériel que ce que nous avons accepté de leur vendre. Selon les discussions que nous avons avec les utilisateurs, il y a vraiment une pénurie. Il y a de la demande pour de la qualité comme celle que nous produisons ici.»

Pendant ce temps, l’usine phase 1, qui produit de l’hydroxyde de lithium principalement pour Johnson Matthey Matériaux de batteries (JMMB) depuis le printemps 2017, continue à répondre aux attentes.

«Les livraisons se poursuivent au rythme demandé», raconte M. Bourassa. En 2016, JMMB avait conclu une entente avec Nemaska Lithium selon laquelle l’entreprise shawiniganaise garantissait un approvisionnement en sels de lithium en retour d’une avance de 12 millions $.

L’usine a également permis de fabriquer 80 kilogrammes d’échantillons pour qualifier le produit à une nouvelle série de clients.

En attente
Ce portrait représente une bonne nouvelle pour la Société de développement de Shawinigan, qui n’a encaissé qu’un montant de 300 000 $ jusqu’ici pour la vente d’une partie de l’ex-usine Laurentide à Nemaska Lithium. Le solde de 1,7 million $ devait être versé sous certaines conditions, dont la fin des travaux de démolition et l’obtention des permis nécessaires à la construction de l’usine commerciale. M. Bourassa s’attend à ce que ce paiement soit versé à l’automne.

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, considère qu’il demeurait inutile de mettre de la pression sur cette entreprise avant qu’elle respire un peu mieux.

«Le plus gros défi était d’attacher tout le financement», comprend-il. «La priorité, c’est la mine et parallèlement, ils mettent en place tout ce qu’il faut pour la construction de l’usine. L’objectif poursuivi, c’était de leur donner la marge de manœuvre nécessaire pour qu’ils mettent en place leur usine pilote.»